Maroc : partenariat décennal avec la Banque mondiale et tensions sur l'emploi
Le Maroc signe un cadre de partenariat 2026-2036 avec la Banque mondiale pour stimuler l'emploi et les investissements, tandis que l'UNESCO alerte sur un recul de 30% de l'aide à l'éducation.
Un partenariat stratégique pour transformer l'économie marocaine
Le Maroc et la Banque mondiale ont officialisé lundi un nouveau Cadre de partenariat-pays (CPF) couvrant la période 2026-2036. Ce plan décennal, présenté comme l'un des plus ambitieux conclus par l'institution avec un pays de la région, vise à accompagner le Royaume dans sa transition vers un modèle économique davantage porté par le secteur privé. L'objectif central est clair : créer des emplois de qualité, en particulier pour les jeunes et les femmes, tout en renforçant la compétitivité et la résilience climatique du pays.
Selon les termes du partenariat, révélés par un communiqué de la Banque mondiale, ce cadre s'inscrit dans la continuité des réformes engagées dans le cadre du Nouveau modèle de développement marocain. Il met l'accent sur plusieurs axes prioritaires : l'amélioration du climat des affaires, le développement des compétences, l'inclusion financière et la transition verte. "Ce partenariat marque une nouvelle étape dans notre relation avec le Maroc, qui fait figure de leader régional en matière de réformes structurelles", a souligné un responsable de l'institution.
L'emploi au cœur des priorités nationales
La question de l'emploi, particulièrement sensible dans un pays où les moins de 35 ans représentent près de 60% de la population, constitue le fil rouge de ce partenariat. Le CPF prévoit des mesures concrètes pour stimuler l'entrepreneuriat, faciliter l'accès au financement pour les PME et renforcer les liens entre formation professionnelle et besoins du marché du travail. "Le Maroc a fait des progrès significatifs en matière de stabilité macroéconomique, mais le défi de l'emploi reste entier", analyse un économiste basé à Casablanca.
Les chiffres officiels du Haut-Commissariat au Plan (HCP) pour le premier trimestre 2026 montrent une situation contrastée : si le taux de chômage national s'établit à 12,3%, il atteint 33,4% chez les jeunes urbains. Dans ce contexte, le partenariat avec la Banque mondiale apparaît comme un levier supplémentaire pour accélérer les réformes structurelles nécessaires.
L'éducation en péril : l'alerte de l'UNESCO
Alors que le Maroc mise sur le développement des compétences pour booster son économie, une alerte sérieuse vient tempérer cet optimisme. L'UNESCO a publié vendredi un rapport prévoyant un "net recul" de l'aide internationale à l'éducation, pouvant atteindre 30% entre 2023 et 2027. "Cette baisse pourrait perpétuer un cycle de sous-investissement, d'inégalités et de développement au ralenti", a averti Khaled El-Enany, directeur général de l'organisation.
Pour le Maroc, qui bénéficie traditionnellement d'une part importante de cette aide, cette tendance représente un défi majeur. Le pays a fait de l'éducation une priorité nationale, avec des investissements massifs dans les infrastructures scolaires et la formation des enseignants. Cependant, les disparités régionales persistent, notamment entre zones urbaines et rurales. "Cette réduction de l'aide internationale pourrait compromettre les efforts pour généraliser l'accès à une éducation de qualité", s'inquiète un responsable du ministère de l'Éducation nationale.
Ce qu'il faut retenir
- Un partenariat ambitieux : Le cadre 2026-2036 avec la Banque mondiale marque une nouvelle phase dans la relation entre le Maroc et les institutions financières internationales, avec un focus particulier sur l'emploi et la transition verte.
- Urgence emploi : Malgré des progrès macroéconomiques, le chômage des jeunes reste un défi majeur, justifiant l'accent mis par le CPF sur la formation professionnelle et l'entrepreneuriat.
- Alerte éducative : La baisse annoncée de l'aide internationale à l'éducation représente un risque pour les ambitions marocaines en matière de développement des compétences, alors même que le pays mise sur son capital humain pour sa transformation économique.
- Équilibre délicat : Le Maroc doit concilier ses engagements internationaux, ses réformes structurelles et les attentes d'une population jeune en quête d'opportunités, dans un contexte économique mondial incertain.
Ce partenariat décennal offre une feuille de route claire, mais sa réussite dépendra de la capacité du pays à mobiliser l'ensemble des acteurs - publics, privés et internationaux - autour de ces objectifs ambitieux.