Maroc : Apple alerte, accord de pêche et chaleur extrême, les défis du 15 août
Apple alerte 110 pays contre des logiciels espions, tandis que l'UE attend le feu vert de Rabat pour relancer l'accord de pêche. Canicule persistante et tensions énergétiques complètent une journée sous haute surveillance.
Le Maroc aborde ce 15 août 2026 avec une série de défis qui mêlent enjeux technologiques, diplomatiques et climatiques. Entre une alerte mondiale de cybersécurité touchant directement le pays, des négociations économiques suspendues à un accord crucial, et une chaleur persistante qui teste les infrastructures, la journée s’annonce comme un révélateur des tensions structurelles du royaume. Voici les fils qui tissent cette actualité.
Apple sonne l’alerte : 110 pays ciblés par des logiciels espions, le Maroc concerné
La multinationale Apple a émis une nouvelle vague d’alertes de sécurité jeudi, prévenant des utilisateurs d’iPhone dans 110 pays – dont le Maroc – qu’ils pourraient être la cible d’attaques par des logiciels espions mercenaires. Ces outils, souvent utilisés par des acteurs étatiques ou des groupes soutenus par des gouvernements, permettent d’infiltrer des appareils pour en extraire des données sensibles. Selon TechCrunch, qui a relayé l’information, cette alerte concerne des utilisateurs répartis sur les cinq continents, portant à plus de 150 le nombre de pays touchés depuis le lancement du programme de notification d’Apple.
Pour le Maroc, cette alerte intervient dans un contexte où la cybersécurité devient un enjeu national. Le pays a lancé en 2025 une stratégie ambitieuse pour renforcer ses infrastructures numériques, notamment dans les secteurs bancaire et énergétique. Pourtant, les récentes attaques subies par des entreprises marocaines – comme le piratage d’un data center à Casablanca en juin dernier – montrent que la menace reste prégnante. Selon des experts cités par Hespress, ces logiciels espions pourraient cibler des personnalités politiques, des journalistes ou des militants des droits humains, une hypothèse qui n’a pas été confirmée par Apple.
Cette alerte rappelle aussi les révélations de 2021 sur l’utilisation du logiciel Pegasus – développé par la société israélienne NSO Group – contre des journalistes et des opposants marocains. Si Apple ne nomme pas les responsables de ces nouvelles attaques, elle souligne que les cibles sont souvent sélectionnées individuellement, ce qui en fait des opérations coûteuses et sophistiquées. Pour les utilisateurs marocains, la recommandation est claire : mettre à jour leurs appareils et activer les protections avancées proposées par la marque.
Accord de pêche Maroc-UE : Bruxelles en attente d’un signal de Rabat
L’Union européenne (UE) a réaffirmé, ce vendredi, sa disposition à relancer les négociations pour un nouvel accord de partenariat dans le domaine de la pêche durable avec le Maroc, mais attend désormais un feu vert officiel de Rabat pour engager les discussions. Dans une déclaration à Hespress, la Commission européenne a décrit cette relation comme un partenariat « ancien, global et profond », tout en reconnaissant que le calendrier des négociations dépendra de la volonté marocaine.
Cet accord, qui permet aux navires européens – principalement espagnols – de pêcher dans les zones économiques exclusives (ZEE) marocaines, est un dossier sensible depuis des années. Le dernier accord, signé en 2019, avait été invalidé par la Cour de justice de l’UE en 2021, au motif que les eaux du Sahara occidental n’avaient pas été explicitement exclues. Depuis, les négociations sont au point mort, malgré les efforts de médiation et les pressions économiques.
Pour le Maroc, cet accord est stratégique à plusieurs titres. D’abord, il représente une source de revenus via les licences de pêche, estimées à plusieurs dizaines de millions d’euros par an. Ensuite, il s’inscrit dans une diplomatie économique qui vise à renforcer les liens avec l’Europe, notamment dans un contexte de tensions avec l’Espagne sur d’autres dossiers (migrations, Sahara occidental). Enfin, il permet au royaume de contrôler l’accès à ses ressources halieutiques, dans un contexte de surpêche et de déclin des stocks.
Du côté européen, la pression est tout aussi forte. L’Espagne, principal bénéficiaire de l’accord, voit ses pêcheurs privés d’accès à des zones de pêche traditionnelles, tandis que la Commission cherche à éviter un nouveau contentieux juridique. Pourtant, aucune date n’a été avancée pour la reprise des pourparlers. Selon des sources diplomatiques citées par Courrier International, Rabat pourrait conditionner son accord à des avancées sur d’autres dossiers, comme la reconnaissance européenne de sa souveraineté sur le Sahara occidental.
Canicule et tensions énergétiques : le Maroc face à ses limites infrastructurelles
Les températures continuent de grimper ce samedi 15 août, avec des maximales dépassant les 40°C dans plusieurs régions du pays, selon les prévisions de la Direction générale de la météorologie. À Marrakech, Errachidia et Ouarzazate, le mercure devrait atteindre 38°C, tandis que Dakhla et Es-Semara pourraient enregistrer des pointes à 44°C. Même les villes côtières, comme Agadir (24°C) et Essaouira (21°C), restent soumises à une chaleur humide, pesant sur les infrastructures et la consommation d’énergie.
Cette vague de chaleur, qui dure depuis plus de deux semaines, met à rude épreuve le réseau électrique marocain. Selon des données de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), la consommation a atteint des records historiques en début de semaine, avec des pics à plus de 7 000 mégawatts, soit une hausse de 15 % par rapport à la même période l’an dernier. Pour faire face à cette demande, le Maroc a dû importer de l’électricité depuis l’Espagne et l’Algérie, une solution coûteuse et dépendante des aléas géopolitiques.
Par ailleurs, la sécheresse persistante aggrave les tensions sur les ressources en eau. Les barrages, déjà à un niveau critique, voient leur capacité de production hydroélectrique réduite, forçant le pays à recourir davantage aux centrales thermiques, alimentées par des importations de gaz et de charbon. Cette situation intervient alors que le Maroc mise sur les énergies renouvelables – solaire et éolien – pour atteindre 52 % de son mix énergétique d’ici 2030. Pourtant, selon un rapport de la Banque mondiale publié en juin, les retards dans les projets d’infrastructures et les délais administratifs freinent cette transition.
À cela s’ajoute un incident énergétique survenu cette semaine : une cargaison d’essence marocaine, importée par la Russie pour pallier les pénuries causées par les attaques ukrainiennes sur ses raffineries, est bloquée dans le port de Mourmansk. Selon l’agence russe Infotec, les désaccords sur le prix de vente – les importateurs réclamant jusqu’à 150 000 roubles la tonne – ont gelé l’opération. Cet épisode illustre les dépendances croisées entre le Maroc et des partenaires aux agendas géopolitiques complexes, comme la Russie, dans un contexte de crise énergétique mondiale.
Disparition de Mohamed Serghini : le Maroc perd une figure intellectuelle
Le Maroc a perdu ce vendredi l’une de ses plus grandes plumes : l’écrivain, poète et critique Mohamed Serghini, décédé à l’âge de 96 ans des suites d’une longue maladie. Né à Fès en 1930, Serghini a marqué plusieurs générations par une œuvre foisonnante, à la croisée de la poésie, de la critique littéraire, de la philosophie et du théâtre. Son recueil « Tahta Al-Anqadh, Faouqa Al-Anqadh » (Sous les ruines, au-dessus des ruines), publié en 1975, lui avait valu le Prix du Maroc du Livre et une reconnaissance internationale.
Serghini était aussi un passeur de cultures. Traducteur de plusieurs œuvres majeures de la littérature française et espagnole, il a contribué à enrichir le patrimoine littéraire marocain et arabe. Son engagement pour la modernité poétique et sa réflexion sur les enjeux sémiotiques ont influencé des penseurs comme Abdellatif Laâbi ou Tahar Ben Jelloun, qui ont salué sa disparition comme une « perte immense pour la pensée arabe ».
Son décès intervient dans un contexte où la littérature marocaine connaît un renouveau, avec des auteurs comme Leïla Slimani ou Mahi Binebine qui portent la voix du pays à l’international. Pourtant, selon des éditeurs interrogés par Hespress, les difficultés de diffusion et le manque de soutien public aux petites maisons d’édition freinent encore l’émergence de nouveaux talents. Serghini, qui avait toujours défendu l’idée d’une culture accessible, aurait sans doute plaidé pour des politiques plus ambitieuses en la matière.
Casablanca, miroir des contradictions marocaines
La capitale économique du Maroc fait l’objet d’un reportage photographique signé par l’Italien Alessandro Gandolfi, publié par Courrier International. Intitulée « Casablanca Calling », cette série dépeint une ville jeune, créative et vibrante, mais aussi le théâtre des tensions d’un pays en pleine mutation. Entre les grands chantiers – comme la mosquée Hassan-II ou les nouveaux quartiers d’affaires – et les inégalités sociales, Casablanca incarne les défis du Maroc contemporain.
Gandolfi montre notamment comment la ville attire une jeunesse ambitieuse, avide de modernité, mais confrontée à des obstacles structurels : chômage des diplômés, précarité, et un marché du travail qui peine à absorber les nouveaux talents. Selon les dernières données du Haut-Commissariat au Plan (HCP), le taux de chômage des 15-24 ans dépasse 30 % à Casablanca, un chiffre qui grimpe à 45 % pour les jeunes femmes.
Pourtant, la ville reste un laboratoire d’innovations. Des initiatives locales, comme les espaces de coworking ou les projets d’agriculture urbaine, tentent de répondre à ces défis. Mais comme le souligne Gandolfi, ces efforts restent fragiles, souvent portés par des acteurs privés ou associatifs, sans un soutien massif de l’État.
Ce 15 août 2026 résume à lui seul les équilibres précaires du Maroc : entre modernité technologique et vulnérabilités structurelles, entre ambitions diplomatiques et dépendances économiques, entre héritage culturel et défis sociaux. Une journée où chaque dossier rappelle que le royaume avance, mais avec des freins qui persistent.