Économie : le Maroc ouvre son ciel et ferme son acier

Économie marocaine : trafic aérien ONDA en hausse de 11%, surtaxe sur les tôles laminées prolongée jusqu'en 2029. Rabat joue l'ouverture sélective.

Économie : le Maroc ouvre son ciel et ferme son acier
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Revue de presse du 23 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:17

Le Maroc avance sur deux voies qui semblent contradictoires. D'un côté, il ouvre grand son espace aérien au monde et encaisse une croissance record. De l'autre, il muscle son protectionnisme sur l'acier. Deux mouvements, une même logique : prendre les flux qui rapportent, bloquer ceux qui menacent.

Le ciel marocain affiche une croissance à deux chiffres

Selon l'Office National des Aéroports, le trafic commercial dans les aéroports du Royaume a progressé de 11,15% à fin mars 2026, pour atteindre 8.913.041 passagers. Mohammed V concentre plus de 30% du trafic global avec 2.730.209 voyageurs, soit une hausse de 15,92% sur un an. Les chiffres deviennent spectaculaires dans les plateformes régionales : Béni-Mellal bondit de 31,35%, Errachidia de 20,81%, Nador El Aroui de 13,83%, Rabat-Salé de 13,51%, Tanger Ibn Batouta de 11,86%, Marrakech-Menara de 11,68%, Agadir Al Massira de 10,76%.

Le moteur est international — l'ONDA le précise noir sur blanc. Ce n'est pas le trafic national qui pousse les compteurs. C'est l'étranger qui vient, qui transite, qui dépense. Et la Coupe du monde 2030 n'a même pas encore frappé à la porte. Le tourisme marocain bat déjà ses propres records sans l'effet mondial annoncé. Reste une question que personne ne pose assez fort à Rabat : l'infrastructure suivra-t-elle quand la demande explosera vraiment ?

Pourquoi Rabat prolonge-t-elle sa surtaxe sidérurgique ?

Pendant que l'aérien s'ouvre, l'industrie se ferme. Le ministère de l'Industrie et du Commerce a officialisé mardi la prorogation de la mesure de sauvegarde appliquée aux importations de tôles laminées à chaud, dans un avis public daté du 21 avril. Verdict : la surtaxe court désormais jusqu'en 2029.

Rabat justifie la décision par une enquête de réexamen ouverte en janvier. Conclusion : la branche nationale reste exposée à un risque de dommage grave. Les surcapacités mondiales persistent, les tensions sur les flux sidérurgiques internationaux s'accumulent, et la pression des importations bradées continue de peser sur les marchés émergents. Le produit visé n'est pas anodin. La tôle laminée à chaud alimente la construction, l'automobile et plusieurs filières industrielles stratégiques pour le Royaume. Laisser le marché national exposé, c'était prendre le risque de voir s'effondrer un pan de la souveraineté industrielle que Rabat se vante de consolider.

Le signal politique est clair. Le Maroc veut bien des touristes, des investisseurs, des capitaux. Il veut moins des imports qui tuent ses usines. Libre-échangiste sélectif, en somme. Le pragmatisme d'un pays émergent qui connaît ses lignes rouges.

Gaza : 71 milliards pour relever les ruines

Décalage brutal vers l'international. Un rapport conjoint de l'Union européenne, de l'ONU et de la Banque mondiale chiffre à 71,4 milliards de dollars sur dix ans la facture pour reconstruire Gaza après deux ans de guerre. Dont 26,3 milliards à mobiliser d'urgence dans les dix-huit prochains mois pour relancer les services vitaux et rebâtir les infrastructures dévastées, selon Hespress.

Les destructions matérielles sont estimées à 35,2 milliards. Les pertes économiques à 22,7 milliards. Additionnez : l'enclave palestinienne est réduite à un chantier dont personne, pour l'instant, ne dit qui paiera la facture. Le Maroc, qui a multiplié les positions diplomatiques sur le dossier palestinien, verra inévitablement la question revenir sur sa table : quelle contribution, quelle plateforme, quel rôle dans un effort de reconstruction qui mobilisera l'ensemble du monde arabe et musulman ? Rabat a les moyens diplomatiques. Reste à voir les moyens financiers — et la volonté d'exposition politique.

Ce qu'il faut retenir

Le Maroc calibre son ouverture économique avec méthode. Les passagers entrent par millions, les tôles d'acier restent bloquées aux frontières douanières. Cohérent dans la démarche : on accueille ce qui nourrit la croissance, on repousse ce qui la mine. L'aérien tire l'économie vers le haut, la sidérurgie obtient quatre années supplémentaires pour se restructurer. Et à l'horizon, un chantier à 71 milliards attend des bailleurs — une équation régionale dont Rabat devra, tôt ou tard, définir sa part.