Maroc 2026 : quand le foot, le cannabis et les animaux errants redessinent l'État

Qualification historique en 8es de finale du Mondial 2026, légalisation du cannabis cosmétique, loi sur les animaux errants : le Maroc accélère ses réformes sous pression sociale et économique. Analyse.

Maroc 2026 : quand le foot, le cannabis et les animaux errants redessinent l'État
Photo de Shawn Rain sur Unsplash

Le Maroc se réveille ce mardi 30 juin 2026 avec trois victoires en une nuit. Sur le terrain de Monterrey, les Lions de l’Atlas ont terrassé les Pays-Bas aux tirs au but (3-2), s’offrant une place en huitièmes de finale du Mondial. À Rabat, la Chambre des représentants a adopté une loi historique sur la protection des animaux errants. À Casablanca, une première gamme de cosmétiques au cannabis légal a été lancée. Trois fronts, une même question : le royaume est-il en train de réinventer ses priorités sous la pression des urgences ?

Mondial 2026 : le Maroc écrit l’histoire, mais à quel prix ?

La qualification face aux Pays-Bas, après un match haletant conclu aux tirs au but, est déjà célébrée comme un exploit. Pour la deuxième fois consécutive, le Maroc atteint les huitièmes de finale d’un Mondial. Mais derrière les drapeaux rouges et verts agités dans les rues de Casablanca ou de Tanger, une réalité moins glorieuse persiste.

Les infrastructures sportives, promises depuis des années, restent inégalement réparties. Les stades flambant neufs de Rabat ou Marrakech contrastent avec l’état des terrains de quartier à Ouarzazate ou à Kénitra, où les jeunes joueurs s’entraînent sur des surfaces poussiéreuses. La victoire des Lions de l’Atlas masque-t-elle une fracture territoriale que l’État n’a toujours pas comblée ? La question se pose d’autant plus que le Mondial 2026, coorganisé avec les États-Unis et le Canada, place le Maroc sous les projecteurs du monde entier.

Et ces projecteurs révèlent aussi les contradictions. Alors que le pays mise sur son soft power sportif pour attirer investisseurs et touristes, les inégalités sociales, exacerbées par la canicule et les pénuries d’eau, restent un sujet tabou. La victoire face aux Pays-Bas est une bouffée d’oxygène pour une population asphyxiée par les crises. Mais pour combien de temps ?

Cannabis légal : quand le Maroc mise sur la cosmétique pour redorer son image

Casablanca, vendredi dernier. Une première gamme de cosmétiques à base d’huile de cannabis légal est lancée sous les applaudissements des investisseurs. Trois ans après la légalisation du cannabis à usage médical et industriel, le Maroc franchit une nouvelle étape : celle de la transformation à haute valeur ajoutée.

La filière, longtemps associée à la contrebande et aux trafics, se diversifie. Après les usages pharmaceutiques, voici les crèmes hydratantes, les sérums anti-âge et les shampoings. Une stratégie payante ? Peut-être. Mais à quel prix ?

Le cadre réglementaire, salué pour son attractivité, reste flou sur un point crucial : la répartition des bénéfices. Les petits producteurs du Rif, qui cultivaient autrefois illégalement la plante, sont-ils intégrés dans cette nouvelle économie ? Rien n’est moins sûr. Les grands groupes industriels, souvent liés à des capitaux étrangers, semblent les mieux placés pour engranger les profits.

Et puis, il y a l’image. Le Maroc veut se présenter comme un hub africain de l’innovation, mais la légalisation du cannabis, même encadrée, continue de diviser. Entre les conservateurs qui y voient une porte ouverte à la dépravation et les progressistes qui applaudissent une avancée économique, l’État marche sur une ligne de crête. Une chose est certaine : le royaume ne peut plus se permettre de laisser cette filière dans l’ombre.

Animaux errants : une loi historique, mais des questions qui persistent

La Chambre des représentants a adopté lundi un projet de loi sur la protection des animaux errants. Une première au Maroc, où chiens et chats abandonnés étaient jusqu’ici gérés par des associations locales, souvent débordées, ou par des méthodes controversées (abattages massifs, empoisonnements).

La nouvelle loi prévoit des mesures pour stériliser, vacciner et identifier les animaux errants, tout en sanctionnant les abandons et les maltraitances. Un pas en avant, sans conteste. Mais comme souvent au Maroc, le diable se cache dans les détails.

D’abord, le texte ne sera applicable que deux ans après sa publication au Bulletin officiel. Deux ans, c’est long, surtout quand les associations tirent la sonnette d’alarme depuis des années. Ensuite, la loi ne précise pas qui financera ces mesures. Les communes, déjà en difficulté financière, auront-elles les moyens de mettre en place des refuges et des campagnes de stérilisation ?

Enfin, il y a la question culturelle. Au Maroc, les animaux errants sont souvent perçus comme une nuisance, voire un danger sanitaire. Changer les mentalités prendra du temps. La loi est un outil, mais sans éducation et sans moyens, elle risque de rester lettre morte.

Hydrocarbures : le Maroc attire les investisseurs, mais à quel jeu joue-t-il ?

La ministre de la Transition énergétique, Leïla Benali, a annoncé que dix entreprises, dont des acteurs marocains pour la première fois, explorent actuellement les hydrocarbures dans le pays. Quarante permis offshore, neuf onshore et quatre concessions d’exploitation sont en cours. Un signe que le Maroc mise sur cette ressource pour diversifier son mix énergétique.

Pourtant, cette stratégie interroge. Le royaume, champion des énergies renouvelables en Afrique, se lance dans l’exploration pétrolière et gazière au moment où le monde entier cherche à réduire sa dépendance aux énergies fossiles. Certes, le cadre juridique est attractif, mais à quel prix écologique et géopolitique ?

Les investisseurs marocains qui se lancent dans l’aventure le font-ils par conviction ou par opportunisme ? Difficile à dire. Une chose est sûre : le Maroc joue sur tous les tableaux. Entre les méga-projets d’hydrogène vert, les parcs éoliens et solaires, et maintenant les hydrocarbures, le pays tente de se positionner comme un acteur incontournable de l’énergie en Afrique. Mais cette stratégie à géométrie variable risque de brouiller son image.


Le Maroc de 2026 est un pays en mouvement, où les réformes s’enchaînent à un rythme soutenu. Mais derrière les annonces et les victoires, les mêmes questions reviennent : qui profite vraiment de ces changements ? Et surtout, ces avancées suffiront-elles à combler les fractures d’un pays où le thermomètre flirte avec les 50°C, où l’eau manque et où les inégalités persistent ? Une chose est certaine : le monde regarde, et le Maroc n’a plus le droit à l’erreur.