Manifesta 2026 : quand l'art contemporain investit les églises abandonnées de la Ruhr
La 16e édition de la biennale européenne Manifesta s'installe dans des lieux de culte désaffectés de la Ruhr, transformant ces "églises pantoufles" en espaces de création et de réflexion sur les crises contemporaines.
Quand les églises deviennent des espaces de résistance artistique
La Ruhr, région industrielle allemande marquée par des décennies de déclin économique, accueille depuis le 25 juillet la 16e édition de Manifesta, la biennale nomade d’art contemporain. Cette année, les organisateurs ont choisi d’investir des lieux de culte abandonnés, surnommés localement « Kirchenpantoffeln » (« églises pantoufles »), pour y déployer des œuvres qui interrogent notre rapport aux crises écologiques et politiques. Un pari audacieux, alors que l’Europe traverse une période de tensions sans précédent.
Selon les organisateurs, une vingtaine de ces anciennes églises, souvent laissées à l’abandon après la désindustrialisation des années 1980, ont été réhabilitées pour l’occasion. « Ces bâtiments, autrefois symboles de foi et de communauté, sont aujourd’hui des espaces vides, témoins d’un monde en mutation », explique Hedwig Fijen, fondatrice de Manifesta, dans un entretien accordé au Monde. « L’art peut jouer un rôle de signal d’alarme, en révélant les fractures de notre société. »
Parmi les installations les plus remarquées, celle du duo catalan Cabosanroque, intitulée « Fail Again Fail Better » (2026), transforme une ancienne église de Dortmund en une machine sonore et lumineuse. Les artistes y explorent les notions d’échec et de résilience, en écho aux défis climatiques et aux recompositions géopolitiques actuelles.
Un laboratoire pour repenser l’art dans l’urgence écologique
Cette édition de Manifesta s’inscrit dans un contexte particulier : celui d’une Europe confrontée à la guerre en Ukraine, à la montée des extrêmes et aux conséquences du réchauffement climatique. « Nous vivons une époque où les certitudes s’effritent, et l’art doit en rendre compte », souligne Fijen. « La Ruhr, avec son histoire industrielle et ses paysages marqués par l’exploitation minière, est un terrain idéal pour questionner notre rapport à la nature et à la mémoire. »
Les œuvres présentées abordent des thèmes variés, allant de la désertification des territoires ruraux à la précarité énergétique. Certaines installations intègrent même des éléments interactifs, invitant les visiteurs à participer à des ateliers de réflexion sur la transition écologique. « L’art ne se contente plus de représenter le monde, il cherche à le transformer », note un critique présent lors de l’inauguration.
Cette dimension militante n’est pas sans susciter des débats. Certains observateurs reprochent à Manifesta de verser dans un activisme trop explicite, au détriment de la dimension esthétique. « Une biennale doit aussi être un lieu de beauté et de contemplation », estime un galeriste berlinois. « Pas seulement un manifeste politique. »
Gironde : après les mégafeux, l’urgence d’une réflexion sur l’aménagement du territoire
À quelques centaines de kilomètres de là, la Gironde fait face à une tout autre forme de crise. Depuis le 22 juillet, un mégafeu a ravagé plus de 42 000 hectares de forêt, rappelant douloureusement les incendies de 2022. Si les pompiers ont annoncé une stabilisation du sinistre ce 30 juillet, les questions sur la gestion des risques et l’aménagement du territoire restent entières.
Dans une tribune publiée par Le Monde, la géographe Christine Bouisset met en lumière un paradoxe inquiétant : « Les régions les plus exposées aux incendies sont aussi celles où l’artificialisation des sols a le plus progressé. » En Gironde, comme dans d’autres départements du Sud-Ouest, la pression immobilière a conduit à une urbanisation croissante des zones forestières, augmentant les risques pour les populations. « Les pompiers se retrouvent à devoir protéger des habitations construites en pleine forêt, ce qui complique considérablement leur travail », souligne-t-elle.
Cette problématique rejoint les réflexions menées dans le cadre de Manifesta. Plusieurs artistes exposés dans la Ruhr interrogent justement les limites de l’expansion humaine et ses conséquences sur les écosystèmes. « L’art et la science doivent dialoguer pour imaginer des solutions durables », plaide Joëlle Zask, philosophe, dans une autre tribune. « La lutte contre les mégafeux ne peut se limiter à des mesures techniques. Elle exige une refonte de notre rapport au territoire. »
Droit à la réparation : une petite révolution européenne
Alors que les crises écologiques et industrielles s’intensifient, l’Union européenne franchit une étape symbolique. Ce 31 juillet entre en vigueur une directive « visant à promouvoir la réparation des biens », qui impose aux fabricants de proposer des solutions de réparation plutôt que de remplacement systématique. Une mesure saluée par les associations de consommateurs, mais qui suscite déjà des résistances dans certains secteurs industriels.
Concrètement, le texte prévoit plusieurs avancées :
- Une prolongation de la garantie légale en cas de réparation (jusqu’à 12 mois supplémentaires).
- L’obligation pour les fabricants de fournir des pièces détachées à un « prix raisonnable ».
- Un accès facilité aux informations techniques nécessaires à la réparation, y compris pour les réparateurs indépendants.
« C’est une victoire pour l’économie circulaire », se réjouit l’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP). « Trop souvent, les consommateurs sont poussés à racheter un produit neuf plutôt qu’à le faire réparer. Cette directive pourrait changer la donne. »
Reste à voir comment les États membres transposeront ces mesures dans leur droit national. En France, où le « bonus réparation » existe déjà depuis 2022, certains acteurs craignent une complexité accrue pour les petites entreprises. « Les artisans réparateurs vont devoir s’adapter, mais c’est une opportunité pour créer des emplois locaux », tempère un représentant de la Chambre des métiers.
Ce qu’il faut retenir
- Manifesta 2026 transforme des églises abandonnées de la Ruhr en espaces de création, mêlant art contemporain et réflexion sur les crises écologiques et politiques. Une édition qui interroge le rôle de l’art dans un monde en mutation.
- Les mégafeux en Gironde soulèvent des questions sur l’aménagement du territoire. La pression immobilière et l’artificialisation des sols augmentent les risques d’incendie, tout en compliquant la tâche des pompiers.
- La directive européenne sur le droit à la réparation entre en vigueur, marquant une étape importante pour l’économie circulaire. Mais son application concrète dépendra des transpositions nationales et de l’adhésion des industriels.
Dans un été marqué par les urgences climatiques et les recompositions géopolitiques, l’art et les politiques publiques semblent converger vers une même préoccupation : comment repenser notre rapport au monde, avant qu’il ne soit trop tard ?