Géopolitique africaine : le Mali lâche le Polisario, Rabat engrange
Le Mali retire sa reconnaissance de la RASD tandis que des militants marocains rejoignent la flottille pour Gaza. L'Afrique bouge, le Maroc aussi.
Revue de presse du 14 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:16
Le Mali qui tourne le dos au Polisario. Des militants marocains qui s'embarquent pour Gaza. Et trois pays d'Afrique centrale et de l'Ouest où la démocratie prend des formes très personnelles. Ce mardi 14 avril, la carte géopolitique du continent se redessine — et le Maroc n'est jamais loin des lignes de faille.
Pourquoi le retrait malien de la RASD change-t-il la donne au Sahel ?
Bamako ne reconnaît plus la « RASD ». Le geste n'est pas anodin. Le Mali, pays enclavé du Sahel en pleine recomposition sécuritaire, a décidé d'appuyer le plan d'autonomie marocain pour le Sahara. Selon Hespress, cette décision s'inscrit dans ce que le média qualifie de « basculement sahélo-atlantique » — une formule qui résume bien le mouvement tectonique en cours.
Car il ne s'agit pas d'un repositionnement isolé. Les États sahéliens, confrontés à l'instabilité chronique et à la recomposition de leurs alliances post-françaises, réorganisent leurs priorités stratégiques. Dans ce jeu-là, le Maroc dispose d'atouts concrets : le gazoduc Nigeria-Maroc, les investissements dans les provinces du Sud, la coopération religieuse via la Fondation Mohammed VI des oulémas africains. Rabat ne se contente plus de plaider sa cause aux Nations unies — il construit un réseau d'intérêts partagés qui rend le soutien au Polisario de plus en plus coûteux pour ses voisins.
La résolution 2797 du Conseil de sécurité a acté le recentrage du processus onusien. Chaque reconnaissance retirée à la « RASD » enfonce un clou supplémentaire. La question n'est plus de savoir si le Polisario perd du terrain diplomatique — c'est un fait —, mais à quel rythme.
Des Marocains dans la flottille pour Gaza : l'autre front
Pendant que la diplomatie officielle engrange au Sahara, la société civile marocaine s'active sur un tout autre théâtre. Selon Hespress, des militants marocains — dont certains vétérans de précédentes expéditions — s'apprêtent à rejoindre la « Flottille de la Résilience Mondiale », dont l'objectif est de briser le blocus imposé à la bande de Gaza.
Une première vague de 40 navires devait quitter Barcelone dimanche, mais les conditions météorologiques ont retardé le départ, indique l'AFP relayée par le média. Des militants marocains résidant à l'étranger sont déjà à bord ; d'autres, restés au pays, doivent les rejoindre.
Le sujet est sensible. Le Maroc a normalisé ses relations avec Israël dans le cadre des accords Abraham en 2020, obtenant en échange la reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le Sahara. Mais la rue marocaine n'a jamais cessé de manifester sa solidarité avec les Palestiniens. Cette participation à la flottille illustre la tension permanente entre la Realpolitik de Rabat et le sentiment populaire — un grand écart que la monarchie a l'habitude de gérer, mais qui reste un exercice d'équilibriste.
Bénin, Cameroun, Congo : quand l'Afrique vote sans surprises
Ailleurs sur le continent, la démocratie fonctionne — à sa manière. Au Bénin, Romuald Wadagni, ministre de l'Économie et candidat de la majorité, vient d'être élu président avec 94,05 % des voix, selon les résultats provisoires rapportés par Jeune Afrique. Un score qui, sous d'autres latitudes, ferait sourire.
Au Congo, Denis Sassou Nguesso — réélu avec un « score record » — prépare une investiture d'ampleur inédite au Stade de la Concorde de Kintélé pour son cinquième mandat. Cinquième. Au Cameroun, Paul Biya crée un poste de vice-président nommé, capable de lui succéder sans passer par les urnes — une réforme qui, selon Jeune Afrique, fait du RDPC, son propre parti, le « grand perdant ».
Le dénominateur commun ? Des présidences qui se perpétuent par des mécanismes constitutionnels taillés sur mesure. Ce n'est pas une anomalie — c'est un modèle de gouvernance qui persiste sur le continent, et que chaque élection « sans surprise » vient normaliser un peu plus.
Ce qu'il faut retenir
La géopolitique africaine de ce mardi raconte deux histoires parallèles. D'un côté, un Maroc qui consolide méthodiquement sa position sur le Sahara tout en naviguant entre ses alliances internationales et les aspirations de sa population sur Gaza. De l'autre, une Afrique subsaharienne où le renouvellement du pouvoir reste, dans plusieurs pays, un exercice essentiellement formel. Deux dynamiques distinctes, mais un même continent en quête d'un modèle qui lui ressemble.