Économie : Macron joue Notre-Dame, l'État serre les pauvres
Économie française : Macron veut accélérer 150 projets industriels façon Notre-Dame, pendant que la Défenseure des droits dénonce la chasse aux fraudeurs sociaux.
Revue de presse du 23 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:17
D'un côté, le chef de l'État dans une mine de lithium de l'Allier, promettant de fluidifier la machine pour 150 projets industriels. De l'autre, la Défenseure des droits qui sonne l'alarme sur l'industrialisation d'une autre machine : celle qui traque les bénéficiaires de prestations sociales. Même mot, deux France.
Pourquoi Macron veut-il dupliquer la « méthode Notre-Dame » ?
Mercredi, Emmanuel Macron a inauguré la mine de lithium d'Imerys à Echassières, dans l'Allier. Selon Le Monde, il y a annoncé vouloir transposer à 150 projets industriels stratégiques la recette qui a permis de rouvrir la cathédrale de Paris en cinq ans : simplification des procédures, accélération des autorisations, mise sous tension administrative.
L'argument est connu. Pour réindustrialiser, il faut percer le mille-feuille. Pour la souveraineté — lithium, défense, énergie — on ne peut plus attendre dix ans qu'un permis sorte d'un tiroir. La promesse séduit les industriels et les élus locaux qui voient passer des projets dans la file d'attente.
Reste la question gênante : ce qui a fonctionné pour un chantier patrimonial, ultra-médiatisé, doté de fonds dédiés et soustrait à la concertation publique, est-il transposable à 150 sites industriels qui touchent à l'eau, au sol, à la biodiversité, à la santé des riverains ? La « méthode Notre-Dame », ce fut aussi une exception législative. Cent cinquante exceptions, cela s'appelle une norme.
Dans le même registre industriel, Le Monde relève la montée en puissance du belge John Cockerill dans la défense, avec 2 milliards d'euros de commandes engrangées en 2025. La réindustrialisation européenne a un visage — et il porte de plus en plus souvent une tourelle télécommandée.
Fraude sociale : la chasse trop industrielle de l'État ?
Pendant que Bercy promet de la vitesse aux usines, la Défenseure des droits, Claire Hedon, publie ce jeudi un rapport qui pointe l'« industrialisation » de la lutte contre la fraude sociale. Selon Le Monde, l'institution appelle au respect des droits fondamentaux des bénéficiaires de prestations, et notamment du droit à l'erreur.
Le diagnostic est sévère. À force d'algorithmes, de scoring, de croisements de fichiers, l'administration traite les allocataires en suspects présumés plutôt qu'en ayants droit. Une erreur déclarative devient une fraude, un trop-perçu devient un indu réclamé sans dialogue, un dossier devient un dossier de plus à fermer.
Le rapport ne nie pas la fraude. Il rappelle simplement qu'une politique publique qui cible massivement les plus précaires, sans contrepartie procédurale, finit par produire ce qu'elle prétend combattre : non-recours, défiance, ruptures de droits. Une politique de pauvres qui appauvrit.
Contrôle biométrique des retraites : un risque pour 2 millions de pensionnés ?
Toujours selon la Défenseure des droits, citée par Challenges, un autre dossier inquiète : la généralisation à venir du contrôle biométrique pour le versement des pensions de retraite à l'étranger. Près de 2 millions d'assurés seraient concernés.
L'objectif est officiel : vérifier que le pensionné est bien vivant, lutter contre la perception indue. L'argument est imparable sur le papier. Dans les faits, le rapport pointe « un risque que certains soient privés de leur retraite », faute d'accès à la technologie, d'infrastructure, ou simplement à cause d'un appareil qui ne reconnaît pas un visage âgé.
L'enjeu dépasse la technique. À quel moment la lutte contre la fraude justifie-t-elle de suspendre, par défaut, le versement d'une prestation acquise par cotisation ? La réponse politique se fabrique en ce moment, dossier par dossier, décret par décret, sans grand débat public.
Énergie : la géothermie peut-elle vraiment offrir une souveraineté ?
À côté du lithium et de la défense, Sud Ouest Éco donne la parole à Pierre Brossollet, fondateur du groupe Arverne, leader français des solutions géothermales. Sa thèse : la géothermie reste un levier de souveraineté énergétique « largement sous-exploité ». Pas de panneau visible, pas de pale rotative, pas de polémique de voisinage : une chaleur stable, locale, décarbonée.
Le contraste avec le lithium d'Echassières est saisissant. D'un côté, une mine spectaculaire qui sert de décor à un discours sur la vitesse. De l'autre, une filière discrète qui demande surtout qu'on cesse de la traiter en énergie de second rang. Tout dépendra des fameux 150 projets : combien de mines, combien de forages, combien de câbles ?
Ce qu'il faut retenir
L'État accélère pour les usines, ralentit pour les allocataires. Le mot « industrialisation » désigne aujourd'hui deux politiques opposées : l'une qui veut faire pousser des sites en deux ans, l'autre qui transforme l'aide sociale en chaîne de contrôle. Macron a choisi ses priorités. La Défenseure des droits, elle, rappelle que les droits fondamentaux ne se classent pas par ordre stratégique.