Football : la Liga au Maroc, la CAF en crise et les Lionnes rugissent
Tebas rêve d'un match de Liga à Casablanca, Motsepe répond aux accusations sénégalaises et le rugby féminin marocain prépare son baptême continental.
Revue de presse du 11 avril 2026
Dernière mise à jour : 14:33
Le sport marocain vit une semaine à plusieurs vitesses. D'un côté, le Royaume s'impose comme terre d'accueil incontournable du football mondial. De l'autre, il se retrouve au cœur d'une polémique continentale qui empoisonne la CAF. Et dans l'ombre des projecteurs, une équipe féminine de rugby écrit discrètement une page d'histoire.
La Liga à Casablanca : coup de com' ou virage stratégique ?
Javier Tebas ne fait jamais rien par hasard. Le patron de la Liga, dans une interview accordée à la MAP, a ouvert grand la porte à l'organisation de matchs du championnat espagnol au Maroc. Mieux : il a cité nommément le futur grand stade de Casablanca comme lieu possible. « Compte tenu du nombre de supporters qui suivent le championnat espagnol au Maroc, je pense qu'il serait plus facile de jouer au Maroc », a-t-il déclaré, évoquant des « contraintes logistiques minimes ».
La déclaration n'est pas anodine. La Liga tente depuis des années de délocaliser des rencontres hors d'Espagne — comme le fait déjà la Premier League avec ses tournées estivales ou la NBA avec ses matchs à Paris. Jusqu'ici, le projet s'est heurté aux syndicats de joueurs et aux associations de supporters espagnols, farouchement opposés.
Mais le Maroc présente un argument que Tebas connaît bien : un vivier de fans considérable, une proximité géographique qui neutralise le décalage horaire, et surtout un pays en pleine construction d'infrastructures sportives de niveau mondial à l'approche de la Coupe du monde 2030. Le mémorandum d'entente signé entre la Liga et les instances marocaines donne un cadre officiel à cette ambition. Reste à savoir si le projet dépassera le stade de la séduction diplomatique.
La CAF, le Sénégal et le titre qui fâche : Motsepe contre-attaque
L'ambiance est nettement moins cordiale du côté de la Confédération africaine de football. Le président Patrice Motsepe, en conférence de presse au Complexe Mohammed VI de Salé, a dû monter au créneau face aux accusations de corruption formulées par le gouvernement sénégalais. Le motif : le retrait du titre de champion d'Afrique au Sénégal au profit du Maroc.
La réponse de Motsepe a le mérite de la clarté : « Si quelqu'un veut engager une action en justice en alléguant qu'il y a de la corruption à la CAF, non seulement je l'accueille favorablement, mais je l'encourage. Il n'y a rien à cacher. » Une invitation ouverte, donc. Mais qui ne suffira probablement pas à éteindre l'incendie.
Car le problème dépasse le cas sénégalais. La CAF traîne depuis des années une réputation d'opacité que ses dirigeants successifs n'ont jamais réussi à dissiper complètement. Motsepe, qui insiste sur l'amélioration de la situation financière de l'instance et sur le développement du football continental, joue sa crédibilité sur ce dossier. Pour le Maroc, la situation est délicate : bénéficiaire de la décision contestée, le Royaume se retrouve malgré lui au centre d'une querelle qui fracture le football africain. La CAN organisée sur son sol — qualifiée par Motsepe de « plus réussie de l'histoire » — avait pourtant semblé faire consensus.
Les Lionnes du rugby préparent leur baptême africain
Loin du fracas des tribunes de football, une autre équipe nationale mérite qu'on s'y attarde. Le rugby féminin marocain à XV s'apprête à disputer sa toute première Coupe d'Afrique, programmée du 6 au 17 mai en Tunisie. Un événement fondateur.
Le groupe, qui a bouclé début avril un stage de préparation dans la région de Bordeaux, selon Morad El-Arf, manager général des équipes féminines auprès de la Fédération Royale marocaine de rugby, s'appuie sur un mélange de joueuses locales et d'internationales évoluant dans des clubs français de premier plan — Stade bordelais, Stade français, Section paloise, Aviron bayonnais. Un vivier binational qui rappelle, toutes proportions gardées, le modèle qui a fait le succès du football marocain masculin.
Le défi est considérable. Le rugby à XV féminin reste embryonnaire au Maroc, et la compétition servira autant de test grandeur nature que de vitrine. Mais la démarche est sérieuse, structurée, et portée par une fédération qui a compris que la diversification des disciplines était un levier de développement sportif — et de soft power.
Ce qu'il faut retenir
Trois histoires, un fil rouge : le Maroc sportif ne se contente plus de participer, il veut peser. Attirer la Liga, organiser la CAN, lancer une sélection féminine de rugby sur la scène continentale — chaque mouvement participe d'une même stratégie d'affirmation. Encore faut-il que la polémique autour de la CAF ne vienne pas ternir un tableau que Rabat construit patiemment depuis des années. Le sport, comme la diplomatie, se joue aussi en dehors du terrain.