Liban, France en Afrique, MRE : la géopolitique du 24 avril

Cessez-le-feu au Liban prolongé sans Hezbollah, recul français en Afrique de l'Ouest, Almería-Nador : les plaques géopolitiques du vendredi 24 avril.

Liban, France en Afrique, MRE : la géopolitique du 24 avril
Photo de Maksym Kaharlytskyi sur Unsplash

Revue de presse du 24 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:17

Trois semaines. C'est le sursis que Donald Trump a accordé au Liban et à Israël pour construire une paix que personne — dans les deux capitales — ne semble encore en mesure d'imaginer. Pendant ce temps, la France tente de sauver ses meubles au Togo, l'Afrique découvre à Nairobi sa fragilité énergétique, et le port espagnol d'Almería se prépare à accueillir un flux de Marocains qui n'a rien d'anecdotique. Vendredi géopolitique chargé.

Le Liban en sursis : une paix sans son protagoniste principal

La scène avait quelque chose d'étrange. Jeudi, à la Maison-Blanche, l'ambassadeur israélien et l'ambassadrice libanaise ont été reçus par Donald Trump, J.D. Vance et Marco Rubio. Toutes les parties ont qualifié ces discussions d'« historiques », selon Courrier International. Au terme de la rencontre, le cessez-le-feu entre Israël et le Liban a été prolongé de trois semaines.

Trois semaines, et puis quoi ? La presse internationale rappelle l'évidence que les diplomates s'évertuent à ne pas formuler : le Hezbollah n'était pas autour de la table. C'est pourtant lui qui tient le terrain au Liban-Sud, lui qui a conduit la guerre, lui qui conditionne tout accord durable. Une paix négociée sans l'un des belligérants principaux, c'est une suspension d'hostilités — pas une paix. Une parenthèse, pas une sortie de crise.

Pour le Maroc, le Proche-Orient reste une zone d'attention permanente. Rabat a adopté depuis des années une diplomatie de discrétion sur ce dossier — les accords d'Abraham ont redessiné les alliances, le 7 octobre a tout rebattu. Ce cessez-le-feu au Liban, même fragile, ménage une fenêtre que les acteurs de la région, Maroc compris, ont intérêt à ne pas voir se refermer.

La France au Togo : Barrot arrive après les Russes

Jean-Noël Barrot était à Lomé les 23 et 24 avril. Le ministre français des Affaires étrangères effectue une visite officielle au Togo — un pays qui s'est distingué ces dernières années par une habileté diplomatique remarquable : garder un pied dans les deux camps sans jamais claquer de porte. Selon Afrik, ce déplacement en dit long sur l'état de la présence française en Afrique de l'Ouest.

La France recule. Le Mali, le Burkina Faso, le Niger ont rompu leurs liens militaires avec Paris. D'autres ont suivi. Le Togo, lui, joue finement : il reçoit Barrot tout en ayant accueilli Moscou avant lui. Le régime de Faure Gnassingbé pratique la géopolitique à l'africaine — pragmatique, multilatérale, sans allégeance fixe. C'est une position que Rabat comprend mieux que Paris.

Ce rétrécissement français crée un espace que le Maroc n'est pas le dernier à occuper. Rabat a considérablement renforcé sa présence diplomatique et économique en Afrique subsaharienne depuis une décennie : tournées royales, accords bilatéraux, projets d'infrastructure, banques marocaines implantées dans toute la région. Pendant que Paris cherche à sauver ce qui reste de son influence, le Maroc construit méthodiquement la sienne — sans le poids de l'histoire coloniale, et avec l'avantage de la proximité géographique.

Almería-Nador : le pont humain qui pèse 70 %

Le port espagnol d'Almería a annoncé jeudi le renforcement de ses liaisons maritimes avec le Maroc, en particulier sur la ligne Almería-Nador, en vue de la saison estivale des Marocains résidant à l'étranger (MRE). La raison tient en un chiffre : le Maroc représente près de 70 % de l'activité annuelle du port, selon l'Autorité portuaire d'Almería. Une campagne de communication a été lancée à destination des MRE établis en France, en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas.

Ce chiffre mérite qu'on s'y arrête. Un port espagnol dont les trois quarts de l'activité dépendent du transit vers le Maroc — c'est une relation économique et humaine d'une intensité que les discours politiques européens sur l'immigration masquent systématiquement. Les MRE ne sont pas un sujet migratoire. Ils sont une force économique : pour l'Espagne qui les voit transiter, pour les compagnies maritimes qui les transportent, et pour le Maroc qui les voit rentrer avec leurs transferts de fonds, leurs projets d'investissement, leur double appartenance assumée.

La relation Maroc-Espagne se joue autant sur ces quais que dans les chancelleries.

L'Afrique et son addiction structurelle au carburant importé

À Nairobi, le sommet « Africa We Build » a posé sur la table un chiffre inquiétant : l'Afrique importe chaque année environ 230 milliards de dollars de biens, dont près de 70 % sont des carburants, selon un rapport de l'Africa Finance Corporation (AFC). En 2023, le continent a importé 74 millions de tonnes de carburant — un volume qui devrait grimper à 86 millions de tonnes d'ici 2040.

Les tensions au Moyen-Orient ont révélé à quel point les chaînes d'approvisionnement africaines sont exposées : disruptions des routes maritimes, fermetures de détroits, décisions de pays producteurs indifférents aux équilibres africains. Le Maroc, moins exposé que les pays d'Afrique orientale cités dans le rapport, n'est pas pour autant immunisé contre cette dépendance aux hydrocarbures importés.

C'est pourquoi les investissements marocains dans le solaire, l'éolien et l'hydrogène vert dépassent le simple calcul énergétique. L'indépendance énergétique est, de plus en plus, une question de souveraineté — et le Maroc l'a compris avant beaucoup.