Législatives 2026 : entre transparence électorale et tensions régionales, le Maroc vote dans 48 heures
À deux jours du scrutin, le Maroc s’apprête à élire ses députés dans un contexte marqué par des appels à la transparence, des critiques sur le Code de la famille et une mobilisation internationale sur l’IA. Décryptage.
Le Maroc aborde les dernières heures d’une campagne électorale aussi technique que tendue. À 48 heures du scrutin législatif du 23 septembre, les enjeux se cristallisent autour de trois défis : la crédibilité des urnes, la place des femmes dans la société, et la capacité du pays à peser dans un monde où l’intelligence artificielle redessine les équilibres géopolitiques. Entre promesses de réforme et critiques acerbes, les partis en lice doivent convaincre une opinion publique partagée entre lassitude et exigence de changement.
Législatives 2026 : la transparence électorale au cœur des débats
Alors que les bureaux de vote s’apprêtent à ouvrir mercredi, la question de la transparence du processus électoral s’est imposée comme un sujet central. Aucun incident majeur n’a été signalé depuis le début de la campagne, mais les appels à la vigilance se multiplient. Le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), par la voix de son secrétaire général Nabil Benabdallah, a dénoncé dimanche à Tanger ce qu’il qualifie de « gouvernement des conflits d’intérêts », accusant l’exécutif sortant d’avoir favorisé « les spéculateurs au détriment du pouvoir d’achat ». Une charge qui vise directement le Rassemblement National des Indépendants (RNI), dont l’ancien président Aziz Akhannouch a rétorqué lors d’un meeting à Tétouan que les promesses de l’opposition étaient « contradictoires avec la réalité ».
Ces échanges illustrent une campagne où le bilan économique du gouvernement Akhannouch est scruté à la loupe. Selon Mohamed Mehdi Bensaïd, ministre de la Jeunesse et membre du Parti Authenticité et Modernité (PAM), les critiques du PAM sur le pouvoir d’achat relèvent d’un « fonctionnement normal d’une coalition », mais ne remettent pas en cause la solidarité gouvernementale. Une position qui peine à convaincre une partie de l’électorat, alors que les prix des produits de première nécessité restent un sujet de préoccupation majeure.
Code de la famille : les féministes pointent l’absence de réformes concrètes
À quelques jours du vote, le collectif Kif Mama Kif Baba a passé au crible les programmes de huit partis sur trois sujets clés du Code de la famille : le mariage des mineures, la garde des enfants et l’héritage. Leur constat, relayé par Jeune Afrique, est sans appel : « Les engagements précis restent rares ». Si certains partis, comme le PPS, promettent une révision du texte, aucun ne propose de mesures claires pour aligner le droit marocain sur les conventions internationales ratifiées par le pays.
Cette frilosité contraste avec les attentes d’une société où les femmes représentent près de 50 % de la population active, mais restent sous-représentées dans les instances politiques. Le débat sur le Code de la famille, déjà sensible en 2004 lors de sa dernière réforme, resurgit alors que le Maroc s’apprête à accueillir en 2027 la Coupe du Monde féminine de football – un événement qui mettra en lumière les avancées, mais aussi les lacunes, en matière d’égalité.
L’ONU et l’IA : le Maroc face à un double défi géopolitique
Alors que les projecteurs se braquent sur les élections, le Maroc est également concerné par deux dynamiques internationales majeures. D’une part, le Conseil des présidents de l’Assemblée générale des Nations Unies (UNCPGA) a lancé un appel urgent à une « mobilisation face à la multiplication des crises », citant les risques nucléaires et le recul du multilatéralisme. Une déclaration qui résonne particulièrement au Maroc, engagé dans des médiations régionales et soucieux de préserver sa stabilité dans un environnement sahélien instable.
D’autre part, les discussions entre les États-Unis et la Chine sur la régulation de l’intelligence artificielle (IA) pourraient avoir des répercussions directes sur le royaume. Washington a proposé à Pékin un « mécanisme de notification » en cas d’incidents liés à l’IA, une initiative qui intervient alors que le Maroc tente de se positionner comme un hub technologique en Afrique. Le pays, qui a investi 347 millions de dirhams dans les startups numériques en 2025, doit désormais naviguer entre les standards américains et chinois – un équilibre délicat à l’heure où les tensions commerciales s’exacerbent.
Tournoi UNAF U20 : le Maroc en route pour la CAN avec un groupe relevé
Sur le plan sportif, la sélection marocaine des moins de 20 ans s’apprête à affronter l’Égypte, la Tunisie, l’Algérie et la Libye dans le cadre du tournoi UNAF, qualificatif pour la CAN 2027. Exempts de la première journée, les Lionceaux de l’Atlas débuteront leur campagne le 27 septembre contre la Tunisie, avant un choc contre l’Algérie trois jours plus tard. L’entraîneur Ludovic Batelli a convoqué 23 joueurs pour cette compétition, où le Maroc vise une place en phase finale continentale.
Ce tournoi s’inscrit dans une dynamique plus large pour le football marocain, qui mise sur sa jeunesse pour consolider ses performances après la Coupe du Monde 2022. Alors que les clubs locaux peinent à rivaliser avec les championnats européens, la formation des jeunes talents reste un enjeu stratégique – d’autant que le pays accueillera en 2030 une partie de la Coupe du Monde masculine, aux côtés de l’Espagne et du Portugal.
À l’aube d’un scrutin qui s’annonce serré, le Maroc doit composer avec des attentes contradictoires : une demande de transparence électorale, des revendications sociales persistantes, et une nécessité de s’adapter à un monde où la technologie et la géopolitique redéfinissent les règles du jeu. Les prochains jours diront si les urnes apporteront des réponses – ou de nouvelles questions.