Législatives 2026 : entre promesses électorales et bilan contesté, le Maroc vote dans trois jours
À trois jours du scrutin, les partis s'affrontent sur l'héritage du gouvernement sortant et la crédibilité de leurs programmes. Entre accusations de conflits d'intérêts et appels au vote sanction, l'élection se joue sur la capacité à transformer les engagements en actions.
Un scrutin sous le signe de la défiance
Le Maroc se rend aux urnes vendredi pour élire ses représentants à la Chambre des députés dans un climat marqué par une défiance record envers la classe politique. Selon les dernières déclarations des principaux partis rapportées par Hespress, l'élection se joue moins sur les programmes que sur la capacité des candidats à convaincre de leur crédibilité opérationnelle. "Entre des solutions encore théoriques et des politiques déjà mises à l'épreuve du terrain, le choix porte aussi sur le niveau de preuve que chacun est capable d'apporter", résumait Aujourd'hui le Maroc dans une analyse publiée dimanche.
Cette défiance s'incarne particulièrement dans les attaques croisées entre le Parti authenticité et modernité (PAM) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS). Mohamed Nabil Benabdallah, secrétaire général du PPS, a qualifié lors d'un meeting à Tanger le gouvernement sortant d'"équipe des conflits d'intérêts, de la corruption et de la connivence", appelant à un "vote sanction massif". Une rhétorique qui contraste avec les déclarations de Mohamed Mehdi Bensaïd, ministre de la Jeunesse et membre de la présidence collégiale du PAM, qui a rejeté dans Hespress toute velléité de désolidarisation avec le bilan gouvernemental, tout en reconnaissant des "réserves" sur certaines politiques publiques.
Pouvoir d'achat : le grand absent des débats ?
Si les accusations de conflits d'intérêts dominent la campagne, le pouvoir d'achat reste le sujet sous-jacent qui cristallise les tensions. Le PAM a explicitement pointé ce thème comme un point de divergence avec ses partenaires de coalition, sans pour autant proposer de mesures concrètes dans l'immédiat. "Nous avons exprimé des réserves sur certaines politiques publiques, notamment en matière de pouvoir d'achat", a déclaré Bensaïd, sans préciser quelles alternatives le parti comptait mettre en œuvre.
Cette focalisation sur le pouvoir d'achat intervient dans un contexte économique tendu, marqué par une inflation persistante et des tensions sur les prix des produits de première nécessité. Pourtant, le sujet peine à émerger comme un enjeu central de la campagne, éclipsé par les polémiques sur la gouvernance et les accusations de clientélisme. Aziz Akhannouch, ancien président du Rassemblement national des indépendants (RNI), a d'ailleurs taclé dimanche à Tétouan ceux qu'il qualifie de "faiseurs de promesses électorales", soulignant que leurs engagements sont "en contradiction avec la réalité, le terrain et leurs propres personnalités".
Régulation médiatique : la HACA frappe fort
Dans un tout autre registre, le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle (CSCA) a décidé de suspendre pour un mois l'émission "Dîn wa Dounia" diffusée sur Chada FM. La sanction, motivée par des manquements à l'objectivité et à la neutralité lors de l'épisode du 18 septembre, vise particulièrement les déclarations de l'invité permanent de l'émission, présenté comme un "cheikh prédicateur". Le Conseil a estimé que ses propos ont enfreint "le devoir de réserve lié au caractère religieux", tout en réaffirmant le principe de liberté de la communication audiovisuelle.
Cette décision intervient dans un contexte de vigilance accrue des autorités marocaines sur les contenus médiatiques, notamment à l'approche des élections. Elle rappelle les enjeux de régulation des discours religieux et politiques dans l'espace public, alors que la campagne électorale bat son plein.
Football et diplomatie : les Lionceaux de l'Atlas en Égypte
En marge de la campagne électorale, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) a dévoilé la liste des joueurs sélectionnés pour le tournoi de l'UNAF U20 en Égypte, qui se déroulera du 24 septembre au 6 octobre. Cette compétition, qualificative pour la CAN, verra les Lionceaux de l'Atlas affronter la Tunisie, l'Algérie, l'Égypte et la Libye. Exemptés de la première journée, les Marocains entameront leur parcours contre la Tunisie le 27 septembre, avant de rencontrer l'Algérie le 30 septembre et l'Égypte le 3 octobre.
Ce tournoi s'inscrit dans une dynamique plus large de préparation des jeunes talents marocains, alors que le pays se positionne comme une puissance footballistique émergente sur le continent. Il offre également une vitrine diplomatique, dans un contexte où le sport reste un outil de soft power pour le Maroc.
Ce qu'il faut retenir
À trois jours du scrutin, l'élection législative marocaine se joue sur un terrain miné par la défiance et les accusations croisées. Le bilan du gouvernement sortant, marqué par des tensions internes et des critiques sur le pouvoir d'achat, sert de toile de fond à une campagne où les promesses électorales sont systématiquement remises en question. Dans ce contexte, les électeurs devront trancher entre des propositions encore théoriques et des politiques déjà mises en œuvre, avec en ligne de mire la capacité des futurs élus à transformer leurs engagements en actions concrètes.
Parallèlement, les enjeux de régulation médiatique et les préparatifs sportifs rappellent que la vie publique marocaine ne se résume pas aux urnes. La suspension de l'émission "Dîn wa Dounia" et la participation des jeunes footballeurs au tournoi de l'UNAF illustrent les multiples facettes d'un pays en pleine effervescence, où les défis sociétaux, économiques et diplomatiques s'entremêlent.