Le Liban en deuil, le cessez-le-feu déjà au bord du gouffre

Le Liban en deuil, le cessez-le-feu déjà au bord du gouffre
Photo de Annie Spratt sur Unsplash

Revue de presse du 9 avril 2026
Dernière mise à jour : 13:53

---

Le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran n'a même pas tenu 48 heures avant que tout menace de basculer. Ce jeudi 9 avril, le Moyen-Orient retient son souffle — et la France avec lui.

Le Liban sous les bombes, la trêve sous tension

Le Liban est en deuil. Les drapeaux sont en berne. Le pays enterre ses morts — au moins 203 tués, plus d'un millier de blessés — après les frappes israéliennes les plus meurtrières depuis le début du conflit. Mercredi, sans avertissement, l'armée israélienne a frappé simultanément le cœur de Beyrouth et plusieurs régions du pays. Un déluge de feu que Jean-Noël Barrot, le chef de la diplomatie française, a condamné sans ambiguïté.

La réponse n'a pas tardé. Le Hezbollah a annoncé avoir tiré des roquettes sur le territoire israélien, invoquant une « violation du cessez-le-feu ». Benyamin Netanyahou, lui, assume : Israël « continuera à frapper le Hezbollah partout où il le faudra ». Deux logiques irréconciliables qui transforment la trêve en fiction.

Car c'est tout l'édifice diplomatique qui vacille. Le cessez-le-feu conclu mardi entre les États-Unis et l'Iran reposait sur un pari fragile : geler les hostilités le temps de négocier. Quarante jours de guerre, un avantage militaire américano-israélien incontestable, mais une situation politique qui n'a rien réglé. Les Gardiens de la Révolution sortent renforcés. Le Hezbollah, loin d'être neutralisé, riposte. Et le front libanais, que personne ne maîtrise vraiment, pourrait faire capoter l'ensemble.

Ormuz, le talon d'Achille

Le détroit d'Ormuz cristallise les tensions. La marine des Gardiens de la Révolution a imposé jeudi deux routes alternatives aux navires qui le traversent, invoquant la présence possible de « mines » sur l'itinéraire habituel. Les nouvelles routes longent les côtes iraniennes — un moyen pour Téhéran de reprendre le contrôle sur ce verrou stratégique par lequel transite un cinquième du pétrole mondial.

Le trafic est quasiment à l'arrêt. En 24 heures, un seul pétrolier et cinq vraquiers ont franchi le passage. Pour l'Europe, qui importe près de 60 % de son énergie, le signal est brutal. La dépendance énergétique, longtemps assumée comme un choix rationnel, se transforme en vulnérabilité aiguë à chaque soubresaut géopolitique.

Des pourparlers doivent s'ouvrir samedi à Islamabad. Une délégation iranienne arrive ce jeudi au Pakistan, à l'invitation du Premier ministre Shehbaz Sharif, pour des « pourparlers sérieux » fondés sur les dix points proposés par Téhéran. Côté américain, c'est J.D. Vance qui mènera la délégation — un signal fort, selon l'analyste David Khalfa : Trump envoie son numéro deux, pas un émissaire de second rang. L'enjeu central pour l'Iran reste la levée des sanctions. Pour Washington, c'est l'uranium. Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense, a prévenu mercredi : si l'Iran ne cède pas son uranium enrichi, « nous irons le prendre par tous les moyens nécessaires ». Une menace à peine voilée qui dit la distance entre les deux camps.

Gaza, l'ultimatum oublié

Éclipsé par l'Iran, le conflit à Gaza n'a pas disparu. Le Conseil de la paix — cet organe créé par Donald Trump pour concurrencer l'ONU — a posé un ultimatum au Hamas : désarmement complet d'ici la fin de la semaine, livraison des cartes du réseau de tunnels. En échange, un retrait israélien partiel et la levée des blocages sur l'aide humanitaire.

Le Hamas refuse catégoriquement. Qualifiant l'exigence de « manière grossière » de traiter le dossier des armes, le mouvement rejette ce qu'il perçoit comme une capitulation déguisée. Dix-neuf ans de pouvoir à Gaza ne se liquident pas sur un claquement de doigts américain. L'ultimatum a toutes les chances de rester lettre morte — mais il dit quelque chose de la méthode Trump : multiplier les fronts, poser des lignes rouges, et voir qui cède le premier.

Sarkozy, acte II

En France, un autre bras de fer se joue — judiciaire, celui-là. Nicolas Sarkozy est entré dans son deuxième jour d'interrogatoire au procès en appel du financement libyen de sa campagne de 2007. L'ancien président nie « tout pacte de corruption ». La défense s'arc-boute sur l'absence de preuves matérielles directes. L'accusation, elle, déroule un faisceau d'indices que la cour d'appel devra évaluer.

Ce procès, qui s'inscrit dans la durée, reste l'une des affaires judiciaires les plus lourdes jamais intentées contre un ancien chef d'État français. Quel que soit son dénouement, il pose une question que la démocratie française n'a toujours pas tranchée : jusqu'où peut-on remonter les circuits de financement politique sans que la preuve devienne insaisissable ?

À la pompe, la patience

Et puis il y a le quotidien. Les cours du Brent ont chuté avec l'annonce du cessez-le-feu iranien — mais à la pompe, rien ne bouge. Les stations-service écoulent d'abord le carburant acheté au prix fort. Du gazole payé 2,30 euros le litre ne sera pas vendu à 2,20 euros, même si le baril dégringole entre-temps. La mécanique est implacable : les prix montent en ascenseur, redescendent par l'escalier. Les automobilistes français devront patienter plusieurs semaines avant de voir un effet concret — à condition que la trêve tienne, ce qui, ce jeudi soir, n'a rien d'acquis.