Économie : Lacq parie sur les terres rares pendant que Paris vend ses marches

De la reconversion industrielle de Lacq en hub d'aimants permanents aux enchères du patrimoine parisien, l'économie française oscille entre souveraineté et nostalgie.

Économie : Lacq parie sur les terres rares pendant que Paris vend ses marches
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Revue de presse du 12 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:17

Deux images de la France économique de ce dimanche. D'un côté, au pied des Pyrénées, un ancien bassin gazier tente sa mue en capitale européenne des aimants permanents. De l'autre, à Paris, on s'apprête à mettre aux enchères quatorze marches de la tour Eiffel — estimées entre 120 000 et 150 000 euros. Un pays qui cherche à reprendre la main sur ses chaînes industrielles tout en monétisant sa propre mémoire. Le grand écart est spectaculaire.

Lacq peut-il briser le monopole chinois des terres rares ?

C'est le pari le plus ambitieux de la réindustrialisation française. À Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, un hub européen de recyclage de terres rares et de production d'aimants permanents sort de terre, selon Le Monde. L'usine Caremag, dédiée au recyclage et au raffinage, matérialise ce que les discours sur la souveraineté promettent depuis des années sans livrer grand-chose.

Le contexte est limpide. La Chine contrôle plus de 60 % de l'extraction mondiale de terres rares et écrase la concurrence sur le raffinage. Sans ces matériaux, pas de moteurs électriques, pas d'éoliennes, pas d'électronique de défense. L'Europe le sait, le déplore, et — jusqu'ici — n'y faisait pas grand-chose.

Lacq a un atout : le territoire connaît l'industrie lourde. L'ancien gisement de gaz naturel, exploité pendant des décennies, a laissé des infrastructures, des compétences, et surtout une culture industrielle que les zones vierges n'ont pas. La reconversion n'est pas un caprice politique. C'est un pari rationnel sur un savoir-faire existant. Reste la question qui fâche : à quel prix et à quelle échelle ? Un hub de recyclage, même européen, ne renverse pas un monopole. Il réduit une dépendance. La nuance compte.

150 000 euros pour quatorze marches : le patrimoine parisien comme actif financier

Pendant ce temps, Artcurial met en vente une volée de l'escalier hélicoïdal originel de la tour Eiffel — celui de 1889, en acier et tôle rivetée, qui reliait les deuxième et troisième étages. Estimation : 120 000 à 150 000 euros pour quatorze marches.

Ce n'est pas un événement isolé. Réverbères, banquettes de métro, colonnes Morris, boîtes aux lettres « Mougeotte » : le mobilier urbain parisien alimente un marché de collectionneurs en pleine expansion. Le patrimoine s'est financiarisé. Ce qui appartenait à l'espace public devient objet de spéculation privée.

L'engouement dit quelque chose de l'époque. On achète des morceaux d'une ville idéalisée, d'un Paris qui n'existe plus — celui de Gustave Eiffel, pas celui des JO et des travaux permanents. La nostalgie a un prix, et il monte à chaque vacation.

La mer n'est plus un espace libre : ce que le détroit d'Ormuz rappelle à l'économie mondiale

L'économiste et historien Arnaud Orain le formule avec une clarté salutaire dans Le Monde : « Une des grandes leçons de la guerre contre l'Iran, c'est qu'on ne contrôle pas si facilement la mer. » Le blocage du détroit d'Ormuz confirme ce que le commerce mondial refuse d'admettre : la fluidité des échanges maritimes de la fin du XXᵉ siècle n'était pas la norme. C'était une parenthèse.

Les frontières sont de retour sur l'eau. Concurrence entre puissances, militarisation des passages stratégiques, perturbation des routes commerciales — le modèle du libre-échange maritime se fissure. Pour la France, importatrice nette d'énergie et de matières premières, la leçon est directe : chaque goulet d'étranglement non sécurisé est une vulnérabilité économique.

2027 en embuscade : Hollande et Philippe croisent les budgets

Le signe ne trompe pas. François Hollande et Édouard Philippe se sont retrouvés devant le think tank des Gracques pour un duel de visions budgétaires, selon Challenges. Un ancien président face à un ancien Premier ministre, chacun déroulant sa feuille de route pour le pays. La précampagne présidentielle 2027 a bel et bien commencé — par le portefeuille.

Le choix du terrain est révélateur. On ne parle pas de valeurs, d'identité ou de sécurité. On parle de comptes publics. Dans une France endettée à plus de 110 % du PIB, le sujet budgétaire est redevenu ce qu'il aurait toujours dû être : le cœur de la politique.


Ce qu'il faut retenir. La France économique de ce dimanche joue sur trois temporalités. Le temps long de la souveraineté industrielle, avec Lacq qui tente de desserrer l'étau chinois sur les terres rares. Le temps court de la spéculation patrimoniale, avec Paris qui vend ses propres escaliers. Et le temps politique, avec 2027 qui s'annonce par les chiffres avant les slogans. Trois mouvements, une même question : ce pays sait-il encore ce qu'il produit, ou se contente-t-il de vendre ce qu'il a été ?