Culture et environnement : Rabat peint, Santa Marta défie
JIDAR métamorphose Rabat en galerie à ciel ouvert, Santa Marta force la sortie des fossiles : la culture et l'environnement passent à l'acte ce mardi.
Rabat se peint, le monde regarde ailleurs
Pendant que les chancelleries s'écharpent sur les détroits et les barils, Rabat passe au rouleau. La 11e édition du festival JIDAR vient de transformer la capitale en parcours d'expositions urbain — fresques monumentales, interventions contemporaines, mur collectif. Dans le même temps, à Santa Marta, en Colombie, s'ouvre une conférence inédite censée faire ce que la COP n'arrive plus à faire : arracher une sortie réelle des énergies fossiles. Et un crâne vieux de 4 500 ans, découvert en Allemagne, vient nous rappeler que l'humanité opérait déjà des cerveaux quand on l'imaginait en train de cogner des silex. Trois nouvelles très éloignées. Une même question : qui se donne encore les moyens d'agir ?
Pourquoi Rabat devient-elle la capitale africaine du street art ?
L'argument tient en chiffres. Selon Hespress, JIDAR a livré cette année 15 fresques monumentales, plus un mur collectif. Depuis le lancement du festival en 2015, ce sont 146 œuvres murales qui sont venues recouvrir les façades de la ville. Onze éditions, une décennie de pinceaux à grande échelle, et un constat : Rabat n'a plus à imiter Berlin, Lisbonne ou Le Cap pour exister sur la carte du street art. Elle a la sienne.
Ce n'est pas anodin. Une capitale qui accepte que ses murs deviennent supports artistiques pose un acte politique discret mais clair : elle décide que l'espace public n'appartient pas qu'aux affichages institutionnels et aux panneaux publicitaires. Elle préfère la fresque au mur aveugle. C'est un pari sur l'identité visuelle d'une ville qui, longtemps, s'est laissée définir par ses quartiers administratifs et son tracé colonial. Aujourd'hui, le visiteur de Rabat peut suivre un parcours que des artistes marocains et internationaux dessinent à hauteur de trottoir.
Pour le pays, l'enjeu n'est pas seulement esthétique. Le tourisme culturel est une promesse de revenus encore largement sous-exploitée. Marrakech vit du folklore, Fès du patrimoine, Casablanca de l'art déco. Rabat, elle, peut désormais revendiquer un patrimoine vivant, qui se renouvelle chaque année et qui parle à un public jeune, urbain, instagrammable. Les institutions devraient en prendre note : la culture qui rapporte n'est pas celle qu'on muséifie, c'est celle qui se peint à huit mètres de hauteur.
Santa Marta peut-elle réussir là où la COP s'enlise ?
La conférence qui s'ouvre les 28 et 29 avril en Colombie n'est pas un sommet onusien de plus. Selon le quotidien britannique The Guardian, elle est née d'une frustration : celle de voir, année après année, les négociations climatiques de l'ONU bloquées par les principaux émetteurs de gaz à effet de serre. Bogota et La Haye ont décidé de court-circuiter le processus. La toute première conférence internationale spécifiquement consacrée à « transitionner hors des énergies fossiles » se tient sans pétro-États à la table.
Pour le Maroc, l'affaire est loin d'être lointaine. Le royaume a fait du solaire et de l'éolien un pilier de son discours diplomatique. Noor Ouarzazate, les parcs éoliens de Tarfaya, les ambitions sur l'hydrogène vert — autant d'arguments que Rabat met systématiquement en avant dans les enceintes africaines et euro-méditerranéennes. Une initiative comme celle de Santa Marta crée un précédent utile : elle prouve qu'on peut négocier une sortie des fossiles entre pays consentants, sans attendre l'unanimité de la planète. Reste à voir si Bogota tient la distance face aux lobbies pétroliers, et si l'Europe — Pays-Bas en tête, mais ensuite ? — embraye autrement qu'avec des communiqués.
Le test se jouera moins dans les déclarations finales que dans les engagements de financement. La transition n'est pas un slogan, c'est un poste budgétaire.
Que dit un crâne du néolithique sur notre rapport au savoir ?
C'est l'histoire détonnante remontée par Courrier international : un crâne humain découvert à Pritschöna, en Allemagne, daté de 2800-2200 avant notre ère, présente une double trépanation. Et selon les archéologues, ces opérations semblent avoir sauvé la vie de leurs patients. Quatre millénaires plus tard, on apprend que des chirurgiens de l'âge de pierre savaient ouvrir un crâne sans tuer celui qui dormait dessous.
Le détail vaut plus qu'une anecdote. Il rappelle que l'idée d'un progrès linéaire de l'humanité — barbares hier, savants aujourd'hui — est une illusion confortable. Le néolithique n'était pas peuplé de brutes hagardes. Des sociétés y développaient des compétences médicales, transmises, perfectionnées, qui exigeaient observation, manualité et patience. À l'heure où nos technologies promettent de tout résoudre par algorithme, c'est presque une leçon d'humilité : la science, c'est aussi 4 500 ans de mains qui apprennent.
Ce qu'il faut retenir
Rabat trace sa carte culturelle à coups de fresques et n'a plus à rougir face aux capitales européennes du street art. Santa Marta tente de sortir l'agenda climatique de l'ornière onusienne, et c'est un signal que le Maroc, fort de ses gigawatts renouvelables, a intérêt à suivre de près. Et un crâne préhistorique nous murmure que l'intelligence humaine ne s'est pas inventée hier. Trois rappels que la culture et l'environnement, ce sont d'abord des décisions — pas des décors.