Géopolitique : de Téhéran à Islamabad, le monde retient son souffle

Pourparlers Iran-USA à Islamabad, déportations de migrants vers l'Afrique, Djibouti figé dans l'éternel : trois fronts géopolitiques qui concernent directement le Maroc.

Géopolitique : de Téhéran à Islamabad, le monde retient son souffle
Photo de Ijaz Rafi sur Unsplash

Revue de presse du 11 avril 2026
Dernière mise à jour : 14:30

Ce samedi 11 avril, J.D. Vance pose le pied à Islamabad. L'ancien sénateur de l'Ohio, propulsé vice-président, se retrouve chargé d'une mission que personne ne lui enviait il y a encore un mois : négocier avec l'Iran. Pendant ce temps, Washington continue d'expédier des migrants vers des pays africains qui n'ont rien demandé. Et à Djibouti, un président se fait réélire à 97,81 %. Le monde tourne — mais pas toujours dans le bon sens.

Pourquoi les pourparlers d'Islamabad sont-ils si risqués pour Vance ?

Le vice-président américain mène la délégation chargée de discuter avec Téhéran sur le sol pakistanais. Selon le Courrier international, qui relaie plusieurs médias internationaux, Vance était « en retrait durant les semaines de guerre » et se retrouve désormais « propulsé au premier plan ». Un baptême du feu diplomatique qui ressemble à un piège autant qu'à un tremplin.

Car le contexte est chargé. L'ancien secrétaire d'État John Kerry, rapporte Hespress, a déclaré que « cette guerre n'aurait jamais dû avoir lieu, absolument pas ». Kerry pointe nommément le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, affirmant que celui-ci « avait demandé à plusieurs présidents américains d'attaquer l'Iran » — sans succès, jusqu'à l'administration actuelle.

Pour le Maroc, ces négociations ne sont pas un spectacle lointain. Rabat, qui entretient des relations diplomatiques avec Téhéran au point mort depuis 2018, observe la recomposition des alliances régionales avec une attention particulière. Une désescalade américano-iranienne reconfigurerait les équilibres au Moyen-Orient et, par ricochet, en Méditerranée occidentale. Un échec, en revanche, prolongerait une instabilité dont les répercussions sur les marchés énergétiques touchent directement l'économie marocaine.

Le Courrier international qualifie ces pourparlers de « champ de mines politique ». La formule n'est pas exagérée.

Comment Trump fait-il de l'expulsion des migrants un levier diplomatique en Afrique ?

Dix pays africains. C'est le nombre d'États qui ont accepté d'accueillir des migrants expulsés des États-Unis, selon une enquête de Jeune Afrique. La RDC est le dernier à avoir rejoint cette liste. Le magazine parle d'un « scandaleux marché » et d'un système « qui ne respecte ni les droits humains ni le droit international ».

Le mécanisme est simple et brutal : Washington conditionne une partie de sa coopération — visas, aide, relations commerciales — à l'acceptation par des pays tiers de ressortissants qui ne sont même pas originaires de ces pays. C'est de la diplomatie coercitive, version migratoire.

Le Maroc n'est pas cité parmi les dix pays concernés. Mais la question de la migration est un levier que Washington utilise avec une décomplexion croissante. Rabat, partenaire stratégique des États-Unis et pays de transit majeur vers l'Europe, connaît bien la mécanique des pressions croisées. La politique migratoire marocaine — souvent saluée pour son approche de régularisation — se trouve prise entre les durcissements européens et les nouvelles méthodes américaines.

Djibouti : que signifie une élection à 97,81 % ?

Ismaïl Omar Guelleh est réélu pour un sixième mandat avec 97,81 % des voix, annonce Jeune Afrique en précisant laconiquement « sans surprise ». Voilà un homme au pouvoir depuis 1999 — vingt-sept ans — dans un pays qui abrite la plus grande base militaire américaine en Afrique, une base française, une base chinoise et une base japonaise.

Ce score soviétique interroge moins sur Djibouti que sur ce que l'Afrique accepte comme normalité démocratique. Quand un président obtient la quasi-totalité des suffrages, l'élection ne mesure plus l'adhésion populaire — elle mesure l'absence d'alternative organisée.

Pour les observateurs marocains, le parallèle ne se fait évidemment pas avec la situation intérieure du Royaume. Mais Djibouti illustre un phénomène continental qui concerne l'ensemble du partenariat Maroc-Afrique : la stabilité que procurent ces régimes inamovibles est-elle un atout ou une bombe à retardement ?

Ce qu'il faut retenir

Trois scènes, un même fil rouge : le rapport de force brut prime sur les principes. Washington négocie avec Téhéran après une guerre que ses propres anciens responsables jugent injustifiée. Washington expulse des migrants vers des pays africains sans lien avec ces personnes. Et à Djibouti, un homme s'accroche au pouvoir depuis plus d'un quart de siècle, sous le regard indifférent de la communauté internationale — qui y stationne pourtant ses armées.

Le Maroc, dans cette cartographie des rapports de force, occupe une position singulière : suffisamment proche de tous ces dossiers pour en subir les ondes de choc, suffisamment autonome pour ne pas y être aspiré. C'est un équilibre précieux. Reste à savoir combien de temps il tient quand le monde décide de ne plus faire semblant.