Investissements et eau : le Maroc redessine sa carte économique

Le Maroc accélère ses projets d'infrastructures hydrauliques et décentralise ses investissements, avec 8 milliards de DH pour le rural et 500 millions pour la pêche durable.

Investissements et eau : le Maroc redessine sa carte économique
Photo de Joseph Barrientos sur Unsplash

Des territoires longtemps marginalisés entrent dans la danse économique

Le Maroc est en train de réécrire sa géographie économique. Lors de la dernière réunion de la Commission nationale des investissements, des provinces comme Al Haouz, El Jadida, Moulay Yacoub, Nador, Rehamna ou Taroudant ont été retenues pour accueillir des projets structurants. Ces territoires, traditionnellement moins attractifs que les grands pôles urbains, deviennent désormais des destinations privilégiées pour les investisseurs.

Cette évolution n’est pas le fruit du hasard. Elle répond à une volonté politique de rééquilibrer le développement entre les régions. Comme le souligne l’éditorial d’Aujourd’hui le Maroc, cette nouvelle carte économique reflète une prise de conscience : les dynamiques d’investissement ne peuvent plus se concentrer uniquement sur Casablanca, Rabat ou Tanger. Les provinces du Haut Atlas et du Souss, par exemple, bénéficient désormais d’un dispositif itinérant dédié à l’emploi et à l’entrepreneuriat, combinant accompagnement de proximité et rencontres avec des entreprises locales.

Pourtant, cette décentralisation ne va pas sans défis. Les infrastructures restent inégales, et l’accès aux services de base – notamment l’eau – demeure un enjeu crucial. C’est là que les investissements récents prennent tout leur sens.

L’eau, nouveau pilier de la souveraineté économique

La région Casablanca-Settat a annoncé avoir mobilisé 2,5 millions de mètres cubes d’eau grâce à ses stations de dessalement, un chiffre qui illustre l’urgence de sécuriser l’approvisionnement hydrique. Avec des températures dépassant régulièrement les 40°C dans le Sud et des épisodes de sécheresse récurrents, le Maroc mise sur des solutions technologiques pour éviter une crise majeure.

Les projets hydrauliques ne se limitent pas aux zones urbaines. Dans le rural, une enveloppe de 8 milliards de dirhams est en cours de déploiement, avec un taux d’avancement de 30 %. Ces investissements visent à désenclaver des communes souvent oubliées, comme le souligne Abdellatif Maâzouz, président du Conseil régional de Casablanca-Settat. L’objectif est double : garantir l’accès à l’eau potable et soutenir les activités agricoles, pilier de l’économie locale.

Cette stratégie s’inscrit dans une vision plus large de souveraineté hydrique. Le gouvernement a d’ailleurs réaffirmé sa priorité pour la durabilité des ressources, notamment dans le secteur de la pêche maritime.

Pêche durable : 500 millions de DH pour un secteur sous pression

La secrétaire d’État à la Pêche maritime, Zakia Driouich, a défendu lundi une approche centrée sur la préservation des ressources halieutiques. Face au changement climatique et à la surpêche, le Maroc investit 500 millions de dirhams dans la recherche scientifique et la modernisation des outils de gestion.

Ce budget servira à renforcer les capacités de surveillance et à améliorer les conditions de travail des professionnels du secteur. Une mesure d’autant plus cruciale que les disparités régionales sont flagrantes : selon le Rapport mondial sur les drogues des Nations unies, la prévalence du VIH parmi les usagers de drogues injectables atteint 87,1 % en Libye, contre seulement 1,1 % au Maroc. Si ce chiffre ne concerne pas directement la pêche, il rappelle l’importance d’une gestion rigoureuse des ressources humaines et naturelles.

Ce qu’il faut retenir

Le Maroc est en train de transformer ses priorités économiques. La décentralisation des investissements, la sécurisation de l’eau et la durabilité de la pêche sont désormais au cœur de sa stratégie. Ces choix répondent à des urgences climatiques et sociales, mais ils posent aussi des questions sur leur mise en œuvre effective.

Reste à savoir si ces milliards de dirhams parviendront à réduire les fractures territoriales ou s’ils ne feront que creuser de nouvelles inégalités. Une chose est sûre : le pays ne peut plus se permettre de laisser des régions entières à l’écart de sa croissance.