Innovation verte au Maroc : entre Jawaz et fiscalité carbone, le grand écart
Le système Jawaz réduit les émissions aux péages, mais la fiscalité carbone reste inégale. Le Maroc innove-t-il vraiment ou seulement par endroits ?
Revue de presse du 13 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:20
Le Maroc se targue d'être un champion climatique. Sur le papier, les résultats sont là : deux millions de feuilles économisées par an grâce à la numérisation des autoroutes, un télépéage qui fluidifie le trafic et réduit les émissions de CO₂. Mais derrière ces vitrines, une question persiste : le coût de la transition est-il réparti de manière juste dans l'économie marocaine ?
Jawaz, vitrine numérique ou vrai levier écologique ?
Nizar Baraka, ministre de l'Équipement et de l'Eau, a choisi ses chiffres avec soin. Selon ses déclarations devant les conseillers parlementaires, la Société Nationale des Autoroutes du Maroc (ADM) a réduit sa consommation de papier de 81 % grâce à la numérisation de ses procédures. Le système de télépéage Jawaz, lui, aurait « contribué à fluidifier la circulation et à réduire les émissions de dioxyde de carbone générées par l'arrêt des véhicules aux gares de péage ».
Le mérite est réel. Supprimer l'arrêt de milliers de véhicules quotidiens aux barrières de péage, c'est supprimer des tonnes de CO₂ inutiles. Deux millions de feuilles en moins, c'est concret. Mais il faut garder la tête froide : un système de télépéage, aussi efficace soit-il, ne constitue pas une politique climatique. C'est un outil de gestion autoroutière qui produit, en bonus, un bénéfice environnemental. La nuance compte.
Car le risque est connu : confondre la modernisation numérique d'un service public avec une stratégie de décarbonation. L'un ne remplace pas l'autre. Et ce qui manque aujourd'hui au Maroc, ce n'est pas l'innovation ponctuelle — c'est la cohérence d'ensemble.
Fiscalité carbone : pourquoi le signal-prix reste flou ?
C'est là que le bât blesse. Selon une analyse publiée par Hespress, le signal-prix envoyé aux émetteurs de carbone au Maroc demeure « partiel et concentré sur certains secteurs ». Autrement dit : certaines industries paient le coût de leur pollution, d'autres non. L'effort est inégalement réparti.
Le Royaume multiplie les projets structurants en énergies renouvelables et se positionne à l'international comme un acteur engagé. Personne ne conteste les ambitions de Noor-Ouarzazate ou la montée en puissance de l'éolien. Mais une transition énergétique sans fiscalité verte cohérente, c'est un moteur sans carburant. Le dernier rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pointe précisément ce décalage : les pays qui progressent le plus vite sont ceux qui envoient un signal économique clair et universel à leurs pollueurs.
Au Maroc, ce signal reste brouillé. Qui paie ? Combien ? Sur quels critères ? Ces questions n'ont toujours pas de réponse publique lisible. Et tant qu'elles resteront sans réponse, les avancées — aussi louables soient-elles — ressembleront davantage à des coups d'éclat qu'à une trajectoire.
210 milliards pour les territoires : l'innovation sera-t-elle au rendez-vous ?
Le plan de développement territorial de 210 milliards de dirhams sur huit ans, décrypté par Aujourd'hui le Maroc, porte une ambition qui dépasse le financier. Le journal le souligne : ce qui se joue n'est pas seulement budgétaire, c'est un changement de modèle. Pendant des décennies, l'action publique marocaine a fonctionné en mode descendant — le centre décide, les territoires exécutent. Ce schéma a montré ses limites.
La promesse est celle d'une gouvernance plus horizontale, plus proche du terrain. Mais pour que cette promesse tienne, il faudra de l'innovation institutionnelle, pas seulement des enveloppes budgétaires. Des outils numériques de suivi, des indicateurs de performance territoriale, des mécanismes de remontée d'information en temps réel. Le Maroc sait investir. La question est de savoir s'il sait piloter autrement.
Ce qu'il faut retenir
L'innovation marocaine avance, mais en ordre dispersé. D'un côté, des réussites concrètes comme Jawaz qui prouvent que la numérisation produit des résultats mesurables. De l'autre, une fiscalité verte encore floue qui empêche de transformer les bonnes intentions en politique structurelle. Entre les deux, un plan territorial massif dont le succès dépendra moins des milliards investis que de la capacité du pays à innover dans sa manière de gouverner. Le Maroc a les moyens de ses ambitions. Il lui reste à en trouver la méthode.