Société : l'inceste, Rue des Rosiers, ces silences qui cèdent
Romain Lemire politise l'inceste masculin, l'attentat de la Rue des Rosiers jugé 45 ans après, réforme des études de santé floue : nos dossiers enfouis.
Revue de presse du 18 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:19
Quarante-quatre ans pour instruire un attentat. Des viols incestueux qu'il a fallu transformer en roman pour leur donner une voix politique. Une réforme des études de santé lancée sans budget arrêté. La société française excelle dans un exercice : enfouir, puis rattraper à contretemps.
« Clément » : Romain Lemire politise l'inceste masculin
Le musicien, parolier et comédien Romain Lemire publie « Clément », un récit d'autofiction où il raconte les viols que son père lui a infligés, à lui et à ses frères, rapporte Le Monde. L'ambition est claire : faire de l'inceste masculin un sujet politique, et non plus un fait divers isolé dans les colonnes société.
Le tabou tient à deux verrous. Celui de la honte, partagé avec toutes les victimes. Celui du genre, plus spécifique : un garçon violé par son père se heurte à une culture qui ne sait pas toujours où ranger son récit — trop loin des statistiques dominantes, trop proche d'un imaginaire qui préfère ne pas voir. Lemire écrit pour forcer ce classement.
Depuis le mouvement de libération de la parole sur l'inceste, les récits ont commencé à se déplacer. Ils restent inégalement reçus selon le sexe de la victime. Politiser, c'est ici exiger que les dispositifs d'écoute, de soin et de poursuite ne soient pas calibrés sur une seule figure de victime. Un livre ne fait pas une loi. Il peut déplacer une ligne.
Pourquoi un procès quarante-cinq ans après l'attentat de la rue des Rosiers ?
Hicham Harb, Palestinien soupçonné d'avoir supervisé l'attentat antisémite de la rue des Rosiers du 9 août 1982, a été extradé vers la France et placé en détention provisoire, rapportent Le Monde et Ouest-France. Le procès est attendu en 2027. Six morts, vingt-deux blessés — et une audience qui doit s'ouvrir quarante-cinq ans après les faits.
Le dossier judiciaire ne sera pas rouvert par cette extradition, précise Le Monde. L'instruction est close depuis longtemps. Les parties civiles attendront donc près d'un demi-siècle avant d'entrer dans une salle d'audience. On peut saluer la ténacité des magistrats antiterroristes, capables de remonter des pistes que beaucoup tenaient pour éteintes. On peut aussi interroger ce que signifie « juger » quand les témoins directs ont vieilli, quand les archives tiennent lieu de mémoire vive.
La justice française a prouvé qu'elle n'oubliait pas. Reste à savoir à quel prix, pour les familles, cette patience a été imposée.
Études de santé : une réforme actée, un financement flou
Les ministres de la santé et de l'enseignement supérieur ont annoncé le 17 avril l'ouverture, à la rentrée 2027, d'une première année unique pour accéder aux filières de santé, selon Le Monde. La mesure doit clore le cycle PACES-PASS-LAS, dont l'échec est documenté : sélection brutale, cohérence vacillante, cohortes décimées.
La transformation est saluée. Son financement, lui, n'est pas arrêté. Les universités qui vont absorber ce flux étudiant n'ont pas vu passer, à ce stade, de ligne budgétaire consolidée. Former plus de médecins, d'infirmiers, de kinés : tout le monde y souscrit, à commencer par les territoires en désertification médicale. Sans moyens, la réforme risque de reproduire le défaut majeur des précédentes — un entonnoir dont l'équité reste à démontrer.
La ministre de la santé Stéphanie Rist hérite du dossier. Elle dispose de dix-huit mois pour obtenir des arbitrages. Les amphithéâtres ne se construisent pas en décret.
Ce qu'il faut retenir
Trois dossiers, une même grammaire : la lenteur française à affronter ses zones d'ombre. Inceste masculin invisibilisé, terrorisme antisémite jugé quarante-cinq ans après les faits, réforme des études de santé annoncée sans ligne budgétaire claire. Les réponses arrivent. Souvent tard, souvent incomplètes. Mieux vaut tard que jamais — mais ce n'est pas à la hauteur de ce que ces dossiers exigent.