Maroc : hydrogène vert, veille économique et innovation industrielle en août 2026
Le Maroc accélère ses projets d'hydrogène vert à Laâyoune, renforce sa surveillance des marchés et positionne son industrie face aux enjeux énergétiques et économiques.
L’hydrogène vert prend forme à Laâyoune
Le projet d’ammoniac vert porté par ORNX Green Hydrogen dans la région de Laâyoune franchit une étape clé. Le groupe américain KBR a été chargé de réaliser l’étude Pre-Front-End Engineering Design (Pre-FEED), financée par l’Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA). Ce projet, qui vise une production annuelle de 560 000 tonnes d’ammoniac, s’appuie sur une capacité d’électrolyse de 900 MW, alimentée par les ressources renouvelables locales. Son intégration industrielle – combinant production d’électricité, hydrogène et synthèse d’ammoniac – en fait un modèle pour les futures plateformes énergétiques du royaume.
La localisation du site, à proximité des infrastructures portuaires, souligne une volonté stratégique : exporter une partie de la production vers les marchés européens et asiatiques, où la demande en hydrogène vert est en forte croissance. Selon les projections de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le Maroc pourrait couvrir jusqu’à 4 % de la demande mondiale d’ici 2030, grâce à ses gisements solaires et éoliens. Ce projet s’inscrit dans la continuité de la stratégie nationale hydrogène, lancée en 2021, qui table sur un investissement de 10 milliards de dollars d’ici 2030.
Une veille économique renforcée face aux tensions sur les prix
Le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) a officialisé la création d’un observatoire des prix et de la concurrence, ainsi que d’une division dédiée au suivi de l’approvisionnement national. Ces structures, instituées par l’arrêté n° 1626.26 publié au Bulletin officiel du 6 août, visent à anticiper les risques de pénurie et à stabiliser les prix sur les marchés locaux. La Direction de la concurrence, des prix et de la compensation se voit ainsi dotée de deux nouvelles antennes : l’une chargée des données et statistiques, l’autre de l’évaluation et du contrôle.
Cette réforme intervient dans un contexte de volatilité des prix des denrées de base, aggravée par les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. En juillet 2026, l’inflation annuelle au Maroc s’établissait à 3,8 %, selon Bank Al-Maghrib, un niveau supérieur à la moyenne des cinq dernières années. Les produits alimentaires, qui représentent près de 40 % du panier de consommation des ménages, restent le principal moteur de cette hausse. L’observatoire aura pour mission de croiser les données des importations, des stocks et des prix de détail pour identifier les secteurs les plus exposés.
Le dirham face aux devises : une stabilité relative
Entre juin et juillet 2026, le dirham a enregistré une légère appréciation de 0,1 % face à l’euro, tandis qu’il se dépréciait de 0,7 % par rapport au dollar américain. Cette évolution reflète la dépréciation de 0,8 % de l’euro face au billet vert sur la même période, selon les données de Bank Al-Maghrib. Le volume des échanges de devises contre dirham sur le marché interbancaire a progressé de 13,4 % en glissement annuel, atteignant 32,7 milliards de dirhams (MMDH) en juin.
Les opérations entre les banques et leur clientèle ont également connu une hausse significative : les achats au comptant par la clientèle ont bondi de 32,6 % sur un an, à 46,8 MMDH, tandis que les achats à terme ont totalisé 16,8 MMDH. Cette dynamique s’explique en partie par l’augmentation des investissements étrangers dans les secteurs des énergies renouvelables et des infrastructures, ainsi que par la reprise des échanges commerciaux avec l’Afrique subsaharienne. Toutefois, la Banque centrale reste vigilante face aux risques de spéculation, dans un contexte de resserrement monétaire aux États-Unis et en Europe.
Pêche à Larache : une reprise contrastée
Les débarquements de la pêche côtière et artisanale au port de Larache ont atteint 11 407 tonnes à fin juillet 2026, en hausse de 25 % par rapport à la même période de l’année précédente. Cette progression masque cependant des disparités importantes selon les espèces. Les poissons pélagiques, qui représentent 82 % des volumes débarqués, ont vu leurs quantités augmenter de 29 %, mais leur valeur marchande n’a progressé que de 2 %, à 60,85 MMDH. À l’inverse, les poissons blancs, bien que moins nombreux (532 tonnes, +13 %), ont vu leur valeur s’apprécier de 18 %, reflétant une demande soutenue sur les marchés locaux et européens.
Ces chiffres illustrent les défis structurels du secteur : dépendance aux espèces à faible valeur ajoutée, pression sur les stocks halieutiques et concurrence des importations. L’Office national des pêches (ONP) souligne que cette reprise reste fragile, notamment en raison des aléas climatiques et de la surpêche dans certaines zones. Le Maroc, qui figure parmi les 20 premiers producteurs mondiaux de poissons, mise sur une modernisation de sa flotte et une meilleure traçabilité pour renforcer sa compétitivité.
Ce qu’il faut retenir
- L’hydrogène vert devient une réalité industrielle : Le projet d’ORNX à Laâyoune, soutenu par des financements américains, marque une avancée concrète dans la transition énergétique du Maroc. Son intégration verticale – de l’électricité renouvelable à l’ammoniac – en fait un modèle pour les futures plateformes du continent.
- La surveillance économique se structure : La création d’un observatoire des prix et d’une division dédiée à l’approvisionnement répond à une nécessité : protéger les ménages contre les chocs inflationnistes, tout en sécurisant les filières stratégiques.
- Le dirham résiste, mais reste exposé : La stabilité relative de la monnaie nationale face à l’euro contraste avec sa vulnérabilité face au dollar. Cette configuration reflète les déséquilibres monétaires mondiaux, où le Maroc doit naviguer entre attractivité des investissements et maîtrise des risques.
- La pêche, secteur à deux vitesses : La reprise des débarquements à Larache cache des fragilités persistantes, notamment pour les espèces à haute valeur ajoutée. Le secteur reste tributaire des politiques de gestion des stocks et de la demande internationale.
Ces développements illustrent une économie marocaine en mouvement, où l’innovation industrielle, la régulation des marchés et la transition énergétique dessinent les contours d’un modèle en mutation.