Hydrogène vert et ports : les nouveaux leviers économiques du Maroc
Le Maroc accélère ses projets d'hydrogène vert à Laâyoune et confirme Tanger Med comme hub portuaire mondial. Analyse des enjeux économiques et géopolitiques.
L’hydrogène vert s’installe à Laâyoune
Le Maroc franchit une étape concrète dans sa stratégie de transition énergétique. Ce mardi 29 juillet, la ville de Laâyoune a accueilli la signature d’un accord de subvention de 5,7 millions de dollars entre l’Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA) et la société marocaine ORNX. Ce financement, destiné aux études d’ingénierie préliminaires d’un projet d’ammoniac vert, marque le coup d’envoi d’une initiative industrielle ambitieuse dans les provinces du Sud.
Le projet, dont les travaux seront pilotés par l’entreprise américaine Black & Veatch, vise à produire de l’ammoniac vert à partir d’hydrogène renouvelable. Une première phase qui s’inscrit dans une vision plus large : positionner le Maroc comme un acteur clé de la filière hydrogène en Afrique. La présence de l’ambassadeur des États-Unis au Maroc, Duke Buchan III, lors de la cérémonie de signature, souligne l’importance géopolitique de ce partenariat. Pour Washington, il s’agit autant d’un investissement dans les énergies propres que d’un signal adressé à l’Afrique, où la demande en solutions bas carbone ne cesse de croître.
Le choix de Laâyoune n’est pas anodin. La région, riche en ressources solaires et éoliennes, offre un potentiel énergétique considérable. Mais au-delà des conditions naturelles, ce projet s’inscrit dans une dynamique de développement territorial. Comme l’a rappelé Abdesslam Bekrate, wali de la région Laâyoune-Sakia El Hamra, cette initiative pourrait générer des emplois locaux et stimuler l’écosystème industriel régional. Reste à voir comment les populations locales seront associées à ce projet, alors que les tensions autour des ressources naturelles dans les provinces du Sud ont souvent été un sujet sensible.
Tanger Med, hub mondial des échanges maritimes
À 1 200 kilomètres au nord, le complexe portuaire de Tanger Med confirme son statut de plateforme incontournable du commerce international. L’escale, ce 27 juillet, du CMA CGM Notre-Dame – le plus grand porte-conteneurs au monde propulsé au gaz naturel liquéfié (GNL) – illustre cette montée en puissance. Avec une capacité de 24 212 conteneurs EVP et une longueur de 400 mètres, ce navire, exploité par le groupe français CMA CGM, a été accueilli au terminal TC2, démontrant la capacité de Tanger Med à traiter les géants des mers.
Cette escale n’est pas qu’un exploit technique. Elle symbolise la confiance des armateurs internationaux dans les infrastructures marocaines. Comme l’a souligné Airports of Morocco (ex-ONDA), le premier port du Royaume joue un rôle croissant dans les échanges entre l’Asie et l’Europe, deux continents où la demande en logistique efficace ne faiblit pas. Le positionnement géographique du Maroc, à la croisée des routes commerciales, en fait un partenaire stratégique pour les acteurs du transport maritime.
Les performances du port ne se limitent pas à sa capacité d’accueil. Les indicateurs du premier semestre 2026 révèlent une amélioration significative des temps de passage aux contrôles aux frontières. À l’échelle nationale, le temps moyen de passage aux postes de contrôle aux frontières (PAF) au départ est passé à 3,6 minutes, en baisse de 24 % sur un an. À l’arrivée, ce délai s’établit à 9,6 minutes, soit une réduction de 22 %. Ces gains d’efficacité, obtenus grâce à des investissements dans les infrastructures et les technologies, renforcent l’attractivité du Maroc pour les investisseurs et les opérateurs logistiques.
Drâa-Tafilalet : les défis d’une économie régionale
Si Tanger Med et Laâyoune incarnent les ambitions économiques du Maroc, d’autres régions peinent à suivre le rythme. Dans le Drâa-Tafilalet, les dernières statistiques de l’Observatoire marocain de la TPME dressent un tableau contrasté. En 2024, la région a enregistré une chute de 22,6 % des créations d’entreprises, avec seulement 2 117 nouvelles structures. Parallèlement, les procédures de liquidation judiciaire ont augmenté de 5,4 %, portant leur nombre à 254 – un niveau record depuis cinq ans.
Cette morosité entrepreneuriale s’accompagne d’un marché du travail marqué par des rémunérations modestes. Plus de 92 % des salariés de la région perçoivent moins de 4 000 dirhams par mois, un seuil qui place une grande partie de la population active en dessous du revenu médian national. Ces chiffres reflètent les difficultés structurelles d’un territoire où l’économie reste largement dépendante de l’agriculture et du tourisme saisonnier.
Pourtant, le Drâa-Tafilalet dispose d’atouts indéniables, notamment son patrimoine culturel et naturel. Mais la transformation de ces ressources en leviers économiques nécessite des investissements publics et privés ciblés, ainsi qu’une meilleure intégration aux réseaux logistiques nationaux. Sans cela, la région risque de rester à l’écart des dynamiques qui animent les pôles économiques du pays.
Ce qu’il faut retenir
Le Maroc avance sur plusieurs fronts économiques, avec des projets qui mêlent transition énergétique et intégration aux chaînes de valeur mondiales. L’hydrogène vert à Laâyoune et la consolidation de Tanger Med comme hub portuaire illustrent cette double ambition : verdir l’économie tout en renforçant la compétitivité logistique. Ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie plus large, où les provinces du Sud et les infrastructures portuaires jouent un rôle central.
Pour autant, ces succès ne doivent pas occulter les déséquilibres régionaux. Le cas du Drâa-Tafilalet rappelle que la croissance économique ne se diffuse pas uniformément. Sans politiques publiques volontaristes, les écarts entre les territoires pourraient s’accentuer, avec des conséquences sociales et politiques difficiles à anticiper.
Enfin, ces projets soulignent l’importance des partenariats internationaux. Que ce soit avec les États-Unis pour l’hydrogène vert ou avec la France pour le transport maritime, le Maroc mise sur des alliances stratégiques pour accélérer son développement. Une approche qui, si elle se confirme, pourrait redessiner la place du Royaume dans l’économie mondiale.