Hydrocarbures russes, Ceuta et budget : les trois fronts géopolitiques qui engagent la France

L'Europe importe encore 19 milliards d'euros d'hydrocarbures russes en 2026, malgré les sanctions. À Ceuta, l'Espagne réaffirme sa souveraineté face au Maroc, tandis que le budget français suscite des tensions à l'Assemblée.

Hydrocarbures russes, Ceuta et budget : les trois fronts géopolitiques qui engagent la France
Photo de Markus Winkler sur Unsplash

L'Europe dépendante des hydrocarbures russes : un paradoxe persistant

En 2026, l'Union européenne continue d'importer pour plus de 19 milliards d'euros d'hydrocarbures en provenance de Russie, selon les données compilées par Le Dauphiné Libéré. Ce montant, bien que inférieur aux niveaux d'avant-guerre, illustre la persistance d'une dépendance énergétique que les sanctions occidentales peinent à éradiquer. Les États membres justifient ces importations par l'absence d'alternatives immédiates, notamment pour le gazole et certains produits raffinés, tout en critiquant les positions de Donald Trump, accusé de faciliter ces flux via des accords bilatéraux.

Cette situation révèle une tension structurelle au sein de l'UE : alors que la guerre en Ukraine a accéléré la transition vers des sources d'énergie renouvelables et diversifiées, les infrastructures existantes et les réalités industrielles maintiennent une dépendance aux approvisionnements russes. Les pays baltes et la Pologne, moins exposés grâce à leurs terminaux GNL, poussent pour un embargo total, tandis que l'Allemagne et l'Italie, plus dépendantes, plaident pour une approche progressive. La France, qui a réduit ses importations de 40 % depuis 2022, se trouve dans une position intermédiaire, mais reste vulnérable aux fluctuations des prix sur les marchés spot.


Ceuta : l'Espagne réaffirme sa souveraineté face aux revendications marocaines

La visite du roi Felipe VI à Ceuta, ce 13 octobre, marque un tournant dans la diplomatie espagnole. Pour la première fois depuis près de vingt ans, un souverain espagnol se rend dans cette enclave située sur la côte nord-africaine, revendiquée par le Maroc. Le discours de Felipe VI, prononcé devant les autorités locales, a été sans ambiguïté : "L'intégrité territoriale de l'Espagne n'est pas négociable", une déclaration qui intervient deux mois après la crise migratoire ayant vu plus de 70 000 personnes, majoritairement marocaines, traverser la frontière en quelques jours.

Cette crise, perçue comme une pression délibérée de Rabat, a ravivé les tensions entre les deux pays. Le Maroc, qui considère Ceuta et Melilla comme des "territoires occupés", n'a pas réagi officiellement à la visite royale, mais les médias d'État ont relayé des critiques voilées contre une "provocation". Pour l'Espagne, Ceuta est un symbole de souveraineté, mais aussi un défi sécuritaire et humanitaire. La ville, où cohabitent communautés chrétiennes et musulmanes, est devenue un laboratoire des tensions migratoires et géopolitiques en Méditerranée.

La France, qui entretient des relations complexes avec le Maroc (premier partenaire commercial en Afrique), observe cette escalade avec prudence. Paris a récemment renforcé sa coopération avec Madrid sur les questions migratoires, tout en évitant de prendre parti dans le différend territorial. Une position délicate, alors que le Maroc joue un rôle clé dans la stabilisation du Sahel et la lutte contre les trafics.


Budget 2027 : la France face à un défi de crédibilité

Le projet de loi de finances pour 2027, présenté à l'Assemblée nationale, cristallise les tensions politiques et économiques. Le gouvernement, par la voix de Sébastien Lecornu, maintient son objectif de ramener le déficit à 2,8 % du PIB d'ici 2029, contre 5,4 % en 2026. Un ajustement jugé "irréaliste" par les économistes, alors que la dette publique française dépasse désormais 110 % du PIB. La motion de rejet déposée par l'opposition a été repoussée, mais les débats s'annoncent houleux, avec des accusations de "casse sociale" et de "démagogie budgétaire".

Kristalina Georgieva, directrice du FMI, a tempéré les attentes en déclarant qu'il faudrait "du temps" avant que la France ne retrouve "l'entière confiance des marchés". Une mise en garde qui résonne alors que les taux d'emprunt restent élevés, malgré une légère détente depuis l'été. Le gouvernement mise sur une croissance de 1,4 % en 2027, un chiffre optimiste au regard des prévisions de la Banque de France (1,1 %) et de la Commission européenne (1,2 %).

Les arbitrages budgétaires révèlent les priorités de l'exécutif : maintien des niches fiscales pour les entreprises, gel des dépenses de fonctionnement de l'État, et hausse ciblée des investissements dans la transition écologique. Mais ces choix sont contestés, y compris au sein de la majorité, où certains élus réclament un effort plus marqué sur la réduction des dépenses sociales. La question des tickets-restaurant, déjà au cœur des débats en 2025, refait surface, avec des propositions de modulation selon les revenus.


Ce qu'il faut retenir

  1. L'Europe reste dépendante des hydrocarbures russes, malgré les sanctions. La France, comme d'autres États membres, navigue entre réalisme économique et soutien à l'Ukraine, illustrant les limites des politiques de découplage énergétique.
  2. La visite de Felipe VI à Ceuta a ravivé les tensions entre l'Espagne et le Maroc, posant la question de la souveraineté territoriale dans un contexte migratoire explosif. La France, alliée des deux pays, doit gérer un équilibre diplomatique fragile.
  3. Le budget 2027 met à l'épreuve la crédibilité économique de la France, avec des objectifs de réduction du déficit jugés trop ambitieux par les observateurs internationaux. Les débats à l'Assemblée nationale s'annoncent comme un avant-goût des clivages de la présidentielle de 2027.

Ces trois fronts – énergétique, territorial et budgétaire – dessinent les contours d'une Europe confrontée à ses contradictions, entre ambitions géopolitiques et réalités économiques.