Économie : Google mise 40 milliards sur Anthropic, l'IA s'emballe

Économie : Google injecte 40 milliards dans Anthropic, Polymarket transforme la météo en casino, Ryanair laisse des passagers au sol. Le capitalisme délire.

Économie : Google mise 40 milliards sur Anthropic, l'IA s'emballe
Photo de Zetong Li sur Unsplash

Revue de presse du 25 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:17

Quarante milliards de dollars pour une boîte qui n'existait pas il y a cinq ans. Pendant qu'à Roissy, des parieurs en ligne soupçonnent quelqu'un d'avoir trafiqué une sonde de Météo-France pour gagner sur Polymarket. Et qu'à Vatry, 192 passagers Ryanair regardent leur avion décoller sans eux. Bienvenue dans l'économie de 2026, où le sérieux a pris ses congés.

Anthropic vaut-il vraiment 380 milliards ?

L'annonce est tombée comme une gifle aux sceptiques de la bulle IA. Selon Le Figaro, Google va injecter 40 milliards de dollars dans Anthropic, dont 10 immédiatement, sur la base d'une valorisation de 380 milliards. Le rival le plus crédible d'OpenAI vaut désormais plus que Toyota, plus qu'Airbus, plus que la moitié des entreprises du CAC 40 réunies.

Le problème n'est pas qu'Anthropic ne mérite pas une valorisation élevée — Claude est un produit de référence, et les revenus grimpent. Le problème, c'est l'arithmétique. Google finance massivement un concurrent direct de Gemini, sa propre IA. Microsoft fait pareil avec OpenAI. Amazon a déjà mis 8 milliards dans Anthropic. Les hyperscalers américains s'échangent des dizaines de milliards en circuit fermé, chaque investissement gonflant la valorisation du suivant.

Cette compétition « sans merci », pour reprendre les termes du Figaro, ressemble surtout à une danse de Saint-Guy collective. Et l'Europe ? Elle régule. Mistral lève des centaines de millions là où ses rivaux américains lèvent des dizaines de milliards. Le décrochage capitalistique est consommé, et chaque trimestre creuse l'écart.

Polymarket à Roissy : quand parier sur la météo devient un sport de combat

L'histoire est délicieuse de bêtise. Le Monde rapporte que des soupçons de manipulation pèsent sur une sonde de Météo-France à Roissy-Charles-de-Gaulle. Le mobile présumé : faire basculer un pari sur Polymarket, la plateforme américaine de marchés prédictifs qui a inauguré ses bureaux à Washington le 20 mars dernier.

Le concept est simple : on parie sur tout, y compris les températures relevées dans des aéroports précis. Le résultat l'est moins. Quand un service public — la mesure officielle de la température — devient un actif spéculatif, on franchit un seuil. Les parieurs interrogés par Le Monde racontent des gains substantiels. Personne ne raconte ce que cela coûte à un pays de voir ses instruments de mesure publics transformés en enjeux de paris privés.

Polymarket s'est imposé en pariant sur les élections américaines. Le voilà qui s'attaque aux bulletins météo. Demain, quoi ? Les chiffres du chômage de l'INSEE ? Les statistiques de la délinquance ? Toute donnée publique, dès lors qu'elle est mesurable, devient un casino. Et la tentation de truquer la mesure, mécanique.

Ryanair : trois vols, des centaines de passagers au sol

Le plus prosaïque des dossiers est aussi le plus parlant. Le Figaro documente les cas de Tours, Vatry et Marseille : trois vols Ryanair partis sans tous leurs passagers en quelques semaines. À Vatry, mi-avril, 192 personnes en partance pour Marrakech sont restées clouées au sol, faute d'agents de sûreté pour contrôler les bagages.

Ryanair n'indemnise pas. Le règlement européen 261/2004 prévoit pourtant des compensations en cas de refus d'embarquement. La compagnie joue sur l'ambiguïté : annulation ? Refus d'embarquement ? Cas de force majeure ? Pendant que les juristes se renvoient la balle, les passagers attendent.

Le secteur aérien low-cost a bâti son modèle sur la compression des marges, l'externalisation des services de sûreté, et la dilution des responsabilités. Quand la chaîne casse, ce sont les voyageurs modestes — ceux pour qui le low-cost est la seule option — qui paient. Les aéroports régionaux comme Vatry, sous-équipés, deviennent les maillons faibles.

Côté épargne, Le Monde appelle à la sagesse

Pendant que le capitalisme financier joue à la roulette, Le Monde publie un guide sobre sur l'arbitrage entre encaissement et épargne de l'intéressement et de la participation. Quatorze cas de déblocage anticipé pour le PEE, six pour le PER collectif. Gregory Miroux, de l'Association française de la gestion d'actifs, recommande d'arbitrer selon ses besoins et ses projets.

Traduction : pendant que les milliards volent entre Mountain View et San Francisco, le salarié français se demande s'il peut piocher dans son intéressement pour refaire sa cuisine. Deux mondes, deux échelles, une seule économie.

Ce qu'il faut retenir

L'IA américaine vit une fuite en avant capitalistique dont l'Europe est spectatrice. Les marchés prédictifs colonisent des zones — la météo publique — qu'aucun régulateur n'avait imaginé devoir protéger. Et la dérégulation du transport aérien continue de produire ses effets : des passagers traités comme des variables d'ajustement. Trois symptômes, une même maladie : le glissement permanent du risque vers ceux qui n'ont pas les moyens de l'absorber.