Golfe Persique : la guerre des ports et des taxes qui fait trembler l'économie mondiale

Les Émirats misent sur le golfe d'Oman pour contourner Ormuz, tandis que Trump impose un péage maritime. Décryptage des tensions qui menacent les flux pétroliers et les prix.

Golfe Persique : la guerre des ports et des taxes qui fait trembler l'économie mondiale
Photo de Yibo Wang sur Unsplash

Le golfe d'Oman, nouveau cœur stratégique des Émirats

Les Émirats arabes unis accélèrent leur bascule vers le golfe d'Oman pour réduire leur vulnérabilité face aux tensions récurrentes dans le détroit d'Ormuz. Selon Le Monde, les ports de Foujeyra, Khor Fakkan et Dibba font l'objet d'extensions massives, avec des investissements visant à compenser le ralentissement de Djebel Ali, principal hub conteneurisé du pays situé dans le golfe Arabo-Persique. Cette réorientation géographique n'est pas neutre : elle intervient alors que le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, par où transite près d'un tiers du pétrole mondial, a chuté de 40 % depuis le début des hostilités entre l'Iran et les États-Unis en juin 2026.

Les travaux, décrits comme "titanesques" par les sources aéroportuaires citées, incluent l'approfondissement des chenaux et l'extension des terminaux pour accueillir des méga-porte-conteneurs. L'objectif affiché est clair : faire de Foujeyra une alternative crédible à Djebel Ali, dont les capacités sont saturées et dont la localisation expose directement aux risques de blocage. "Les Émirats jouent leur autonomie stratégique", résume un analyste maritime interrogé par Le Figaro. "En cas de nouvelle escalade, ils ne veulent plus dépendre d'un goulot d'étranglement contrôlé par l'Iran."


Trump relance la guerre économique avec un péage à Ormuz

La réponse américaine ne s'est pas fait attendre. Lundi 13 juillet, Donald Trump a annoncé la mise en place d'un péage maritime de 20 % pour les navires souhaitant traverser le détroit d'Ormuz. "Nous allons rétablir le blocus des ports iraniens et taxer ceux qui persistent à emprunter cette voie", a déclaré le président américain depuis la Maison Blanche, sans préciser les modalités pratiques de cette mesure. Selon les experts, ce projet, s'il était appliqué, pourrait ajouter entre 5 et 15 dollars au coût de chaque baril de pétrole transitant par la zone – une hausse qui se répercuterait directement sur les prix à la pompe.

Cette annonce a immédiatement provoqué une flambée des primes d'assurance pour les tankers, déjà multipliées par trois depuis le début des tensions. Le Figaro note que les marges des raffineurs, habituellement comprises entre 5 et 6 dollars par baril, oscillent désormais entre 10 et 15 dollars. "Les consommateurs ne voient pas encore la baisse des cours, mais ils paient déjà la prime de risque", explique un courtier en énergie. Les prix des carburants, qui avaient brièvement reculé en juin, sont repartis à la hausse depuis une semaine, avec une augmentation moyenne de 3 centimes par litre en France.


La Fed sur le qui-vive face à un risque inflationniste

Alors que les tensions géopolitiques menacent la stabilité des prix, la Réserve fédérale américaine adopte une posture prudente. Christopher Waller, gouverneur de la Fed, a averti lundi que la banque centrale pourrait relever ses taux si l'inflation repartait à la hausse. "Nous devons nous tenir prêts à resserrer notre politique monétaire pour éviter une répétition de l'épisode 2021-2022", a-t-il déclaré, faisant référence à la flambée des prix post-Covid.

Cette déclaration intervient dans un contexte où les indicateurs économiques restent contrastés. Aux États-Unis, l'inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) s'est stabilisée autour de 3,2 % en juin, mais les prix de l'énergie pourraient rebondir en cas d'escalade dans le Golfe. En Europe, la BCE a déjà relevé ses taux en mai, mais les marchés anticipent une pause lors de sa prochaine réunion, prévue fin juillet. "La Fed et la BCE sont prises en étau entre la nécessité de soutenir la croissance et celle de contenir les pressions inflationnistes importées", analyse un économiste de la Banque de France.


Infrastructures françaises : l'été teste la résilience du système

En France, les conséquences des tensions internationales se superposent aux défis climatiques. Les incendies qui ont frappé la forêt de Fontainebleau et les abords de Sens lundi ont paralysé la LGV Sud-Est, contraignant les TGV à emprunter la ligne classique entre Paris et Vergigny, où la vitesse est limitée à 120 km/h. Le Figaro rapporte que dix départs de feu à proximité des voies ferrées ont été recensés dans le pays, provoquant des retards en cascade pour des milliers de voyageurs en pleine période de grands départs.

Face à ces perturbations, EDF explore des solutions innovantes pour limiter l'impact des canicules sur ses centrales nucléaires. À Civaux, en bord de Vienne, l'électricien utilise déjà ses réacteurs pour refroidir les eaux du fleuve, une pratique qui pourrait être étendue à d'autres sites. "Les centrales nucléaires ne sont pas seulement des producteurs d'électricité, elles peuvent aussi jouer un rôle dans la gestion des ressources en eau", explique un responsable d'EDF. Cette approche pourrait s'avérer cruciale alors que les températures élevées contraignent régulièrement l'arrêt de réacteurs en bord de fleuve.


Ce qu'il faut retenir

  1. Une nouvelle carte maritime : Les Émirats arabes unis accélèrent leur bascule vers le golfe d'Oman pour contourner le détroit d'Ormuz, devenu un point de tension géopolitique majeur. Cette stratégie vise à sécuriser leurs flux commerciaux, mais elle pourrait aussi redessiner les routes du pétrole à moyen terme.
  2. Un choc sur les prix : La décision de Donald Trump d'instaurer un péage maritime à Ormuz, si elle est mise en œuvre, pourrait faire grimper les coûts de l'énergie. Les marges des raffineurs ont déjà doublé depuis le début des hostilités, et les consommateurs européens en paient le prix.
  3. La Fed en alerte : La Réserve fédérale américaine laisse planer la menace d'un nouveau relèvement des taux si l'inflation repart à la hausse. Une perspective qui pèse sur les marchés, alors que les banques centrales européennes hésitent sur la marche à suivre.
  4. La France sous pression : Entre canicules et tensions internationales, les infrastructures françaises sont mises à rude épreuve. Les incendies près des voies ferrées et les difficultés de refroidissement des centrales nucléaires rappellent l'urgence d'adapter le système aux aléas climatiques et géopolitiques.