GITEX, cybersécurité, startups : le Maroc passe à l'offensive numérique
Revue de presse du 9 avril 2026
Dernière mise à jour : 11:16
Marrakech accueille cette semaine le gratin du numérique africain. Le GITEX Africa 2026 bat son plein, et le Maroc ne se contente pas d'héberger l'événement — il s'en sert comme levier stratégique. Mais derrière la vitrine, une réalité plus contrastée se dessine : celle d'un pays qui accélère sur le digital tout en découvrant l'ampleur de ses failles.
Le GITEX, bien plus qu'un salon
Troisième édition, et le rendez-vous s'impose désormais comme le carrefour incontournable de la tech sur le continent. Les African CIO Awards, tenus les 7 et 8 avril à Marrakech en marge du salon, ont réuni les décideurs numériques africains autour d'un mot d'ordre : l'excellence opérationnelle. Pas de discours creux sur la « transformation digitale » — on parle ici de gouvernance IT, de systèmes d'information qui tiennent la charge, de DSI qui livrent des résultats mesurables.
Tamwilcom a profité de la tribune pour afficher ses ambitions en matière de financement des startups. Panels, signatures de conventions, accompagnement ciblé : l'organisme public veut se positionner comme catalyseur d'un écosystème entrepreneurial encore fragile. Lamiae Benmakhlouf, directrice générale du Technopark, a quant à elle détaillé la stratégie du réseau de technopoles marocain pour structurer l'innovation au-delà de l'axe Casablanca-Rabat.
Le message est clair : le Maroc veut être le hub technologique de l'Afrique. La présence massive d'acteurs internationaux — dont Kaspersky, qui multiplie les rencontres partenaires sur place — confirme que le positionnement est pris au sérieux au-delà du continent.
La face sombre : des cybermenaces en forte hausse
Mais on ne devient pas puissance numérique sans en payer le prix. Et le prix, aujourd'hui, c'est la cybersécurité. Les chiffres sont sans appel : entre 2024 et 2025, la montée des cyberattaques ciblant le Maroc s'est nettement accélérée. Plusieurs incidents majeurs ont frappé des institutions et des entreprises, révélant des vulnérabilités structurelles que le rythme de digitalisation n'a fait qu'aggraver.
La souveraineté numérique, dont tout le monde parle au GITEX, ne se décrète pas dans un salon. Elle se construit dans les datacenters, dans les politiques de gestion des accès, dans la formation de spécialistes que le Maroc peine encore à produire en nombre suffisant. Le pays dispose d'une Direction Générale de la Sécurité des Systèmes d'Information (DGSSI) et d'un cadre réglementaire qui progresse. Mais la sophistication des attaques évolue plus vite que les défenses.
Le paradoxe est saisissant : au moment même où le Maroc ouvre grand les portes de sa transformation digitale, il expose une surface d'attaque de plus en plus large. Chaque service public dématérialisé, chaque startup connectée, chaque entreprise migrée vers le cloud ajoute un point d'entrée potentiel pour des acteurs malveillants.
Startups : le nerf de la guerre reste le financement
La présence de Tamwilcom au GITEX illustre un enjeu central : l'écosystème startup marocain a du talent, mais manque de carburant financier. Les mécanismes de garantie et les fonds d'amorçage existent, mais ils restent insuffisants face à l'ambition affichée. Un entrepreneur marocain qui lève un million de dirhams a franchi un obstacle que son homologue nigérian ou kenyan, adossé à des fonds panafricains plus matures, contourne plus facilement.
Le Technopark, avec ses antennes à Rabat, Tanger et bientôt ailleurs, tente de mailler le territoire. L'objectif : éviter que l'innovation ne reste concentrée dans deux ou trois villes, pendant que des régions entières décrochent numériquement. C'est un chantier de longue haleine, et le GITEX offre une visibilité précieuse — mais la visibilité ne remplace pas le capital.
Ce qu'il faut retenir
Le Maroc joue une partition ambitieuse sur la scène technologique africaine. Le GITEX 2026 confirme que le pays a les atouts pour s'imposer comme plateforme continentale : infrastructure, positionnement géographique, volonté politique. Mais trois chantiers urgents conditionnent la suite. La cybersécurité, d'abord, qui ne peut plus être traitée comme un sujet annexe alors que les attaques se multiplient. Le financement des startups, ensuite, sans lequel l'innovation restera un mot de salon. Et la décentralisation numérique, enfin, pour que Marrakech ne soit pas seulement la ville du GITEX, mais que chaque région du Royaume participe à cette accélération.
La vitrine est belle. Reste à solidifier ce qu'il y a derrière.