GITEX, cybersécurité, archives : le Maroc construit sa souveraineté numérique

GITEX, cybersécurité, archives : le Maroc construit sa souveraineté numérique
Photo de Annie Spratt sur Unsplash

Revue de presse du 9 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:20

Marrakech accueille en ce moment la plus grande vitrine tech du continent. Mais derrière les stands et les poignées de main, GITEX Africa 2026 raconte autre chose qu'un simple salon professionnel. Il raconte un pays qui veut transformer son positionnement géographique en avantage technologique — et qui commence à en avoir les moyens.

Le GITEX, machine à structurer l'écosystème

La troisième édition des African CIO Awards, organisée en marge du GITEX les 7 et 8 avril à Marrakech, donne le ton. L'événement ne se contente plus de célébrer des parcours individuels : il ambitionne de créer un réseau continental de décideurs numériques, avec le Maroc comme point de ralliement. Que les directeurs des systèmes d'information de tout le continent se retrouvent ici, et non à Lagos, Nairobi ou Le Cap, n'est pas un hasard. C'est le résultat d'une stratégie d'accueil patiente, portée par les infrastructures et une volonté politique affichée.

Tamwilcom, l'organisme public de garantie du financement, a choisi ce cadre pour multiplier les annonces autour de l'accompagnement des startups. Panels, signatures de conventions, rencontres directes avec les entrepreneurs : la mécanique est rodée. L'enjeu dépasse le financement. Il s'agit de crédibiliser un écosystème encore jeune aux yeux des investisseurs internationaux. Quand un organisme étatique se déplace en force au GITEX, il envoie un signal clair : le Maroc ne se contente pas d'héberger l'événement, il y joue sa partition.

Lamiae Benmakhlouf, directrice générale du Technopark, l'a rappelé mercredi : le réseau des Technoparks — Casablanca, Rabat, Tanger, bientôt d'autres villes — constitue l'ossature physique de cette ambition. Sans lieux d'incubation, sans accompagnement de proximité, le discours sur la "startup nation" reste un slogan. Le Maroc l'a compris plus tôt que beaucoup de ses voisins.

Cybersécurité : le revers de la médaille numérique

Mais toute accélération numérique a son angle mort. Et celui du Maroc s'appelle la cybersécurité. L'adoption rapide de l'intelligence artificielle par les entreprises marocaines — un mouvement encouragé par les pouvoirs publics — a mécaniquement élargi la surface d'attaque. Les cybermenaces sont désormais automatisées, plus sophistiquées, et ciblent en priorité les économies en transition numérique, perçues comme moins protégées.

Kaspersky, présent au GITEX, mise justement sur ce terrain. L'éditeur russe de solutions de sécurité renforce ses partenariats locaux, conscient que le marché marocain — et plus largement africain — est en pleine structuration. La question n'est plus de savoir si les entreprises marocaines seront attaquées, mais quand et comment elles y répondront.

Le vrai sujet, c'est la capacité du tissu économique à intégrer la cybersécurité non pas comme un coût supplémentaire, mais comme un levier de compétitivité. Une PME marocaine qui exporte des services numériques vers l'Europe ne peut pas se permettre une faille de sécurité. La conformité aux standards internationaux devient un avantage commercial, pas seulement une contrainte réglementaire.

Les archives, angle mort de la souveraineté

Loin des projecteurs du GITEX, un autre événement mérite l'attention. Les premières Assises nationales sur les archives se sont ouvertes mercredi à Rabat. Le sujet paraît technique, presque austère. Il est en réalité profondément stratégique.

La souveraineté numérique ne se limite pas aux data centers et aux applications. Elle passe aussi par la maîtrise de la mémoire collective — administrative, juridique, culturelle. Un pays qui numérise son économie sans organiser la préservation de ses archives s'expose à une forme d'amnésie institutionnelle. Où sont stockées les données publiques ? Qui y a accès ? Dans quel format ? Avec quelle garantie de pérennité ?

Ces questions, longtemps reléguées au second plan, remontent dans l'agenda. Le Maroc, en organisant ces Assises pour la première fois, reconnaît implicitement un retard à combler. La numérisation des archives n'est pas un luxe de pays riche. C'est une brique fondamentale de l'État moderne que le Royaume prétend construire.

Ce qu'il faut retenir

Le Maroc avance sur plusieurs fronts numériques simultanément. Le GITEX offre la vitrine et l'effet de réseau. Le financement public structure l'écosystème entrepreneurial. La cybersécurité s'impose comme un chantier urgent. Et les archives rappellent que la technologie ne vaut rien sans mémoire.

La cohérence de l'ensemble reste à démontrer. Mais la direction est lisible : le Maroc ne veut pas simplement consommer du numérique. Il veut en maîtriser les conditions de production, de sécurisation et de conservation. C'est un programme ambitieux. La question désormais, c'est l'exécution.