9 mai 2026 : quand la géopolitique se joue entre trêves et trahisons

Trêve en Ukraine, journaliste assassiné en Colombie, silence iranien : ce 9 mai révèle les fractures d'un monde où les symboles masquent mal les rapports de force.

9 mai 2026 : quand la géopolitique se joue entre trêves et trahisons
Photo de Ivana Medic sur Unsplash

La trêve du 9-Mai : quand Trump impose sa paix en 140 caractères

Ce matin, Moscou et Kiev observent une trêve de trois jours. Officiellement, c’est pour commémorer la victoire de 1945. Officieusement, c’est Donald Trump qui l’a décrétée sur X, hier soir, avec cette formule : "Three days of silence. Let the world remember who won WWII. Then we talk." Une paix par tweet, en somme – et une première depuis le début de la guerre.

La Russie avait déjà annoncé une trêve unilatérale pour le 9-Mai. L’Ukraine, elle, a accepté celle de Trump sans broncher. Derrière cette apparente unité, deux lectures s’affrontent. Pour Moscou, c’est une victoire symbolique : le 9-Mai, fête nationale russe, devient un moment de légitimité historique, où la guerre en Ukraine se mue en continuation de la "Grande Guerre patriotique". Pour Kiev, c’est une pause tactique, un répit avant une contre-offensive annoncée pour juin.

Mais le plus troublant, c’est le rôle de Trump. En imposant cette trêve, il se pose en arbitre d’un conflit qu’il a lui-même alimenté en bloquant les livraisons d’armes à l’Ukraine pendant des mois. "La géopolitique se joue désormais en temps réel, sur des plateformes conçues pour les clashs et les memes", note un diplomate européen sous couvert d’anonymat. "Trump transforme la guerre en spectacle, et la paix en produit dérivé."

Reste une question : que se passera-t-il lundi ? Personne ne croit à une paix durable. Mais tout le monde craint que cette trêve ne soit qu’un leurre – un moyen pour Moscou de gagner du temps, et pour Washington de reprendre la main sur un conflit qui lui échappe.


Colombie : quand le journalisme devient une cible

Mateo Pérez n’a pas eu cette chance. Le journaliste colombien a été retrouvé mort hier dans le département d’Antioquia, une région contrôlée par des groupes armés et des narcotrafiquants. Son crime ? Avoir enquêté sur l’exploitation illégale de l’or, un business qui rapporte plus que la cocaïne dans certaines zones du pays.

Le président colombien, Gustavo Petro, a immédiatement pointé du doigt "les groupes qui pillent nos ressources et assassinent ceux qui les dénoncent". Une accusation lourde, mais qui sonne comme un aveu d’impuissance. Car en Colombie, les journalistes meurent encore. En 2025, Reporters sans frontières a recensé 12 assassinats de reporters dans le pays – un record depuis dix ans.

Pérez travaillait pour un média local, La Verdad, connu pour ses enquêtes sur les liens entre paramilitaires et élites économiques. Son dernier article, publié il y a une semaine, révélait comment des entreprises minières légales collaboraient avec des groupes armés pour exploiter des gisements illégaux. "Il savait qu’il était en danger", confie un confrère. "Mais il disait toujours : ‘Si je me tais, qui parlera ?’"

La Colombie n’est pas une exception. Au Mexique, au Honduras, aux Philippines, les journalistes sont des cibles. Mais ce qui frappe ici, c’est l’impunité. Selon l’ONG Fundación para la Libertad de Prensa, 90 % des meurtres de journalistes en Colombie restent impunis. "On tue un journaliste, on tue la vérité", résume un éditorialiste de El Espectador. "Et dans un pays où l’État ne contrôle pas son territoire, la vérité est une menace."


Iran : le silence qui en dit long

Pendant ce temps, à Téhéran, on attend. Depuis hier, les États-Unis et le Qatar multiplient les appels du pied à l’Iran pour qu’il accepte une trêve durable au Moyen-Orient. Mais Téhéran ne répond pas.

Pourquoi ce silence ? Parce que l’Iran joue un jeu plus subtil qu’il n’y paraît. Depuis des mois, le régime des mollahs alterne entre provocations (attaques contre Israël, soutien au Hezbollah) et ouvertures diplomatiques. "L’Iran ne veut pas la guerre, mais il ne veut pas non plus la paix", analyse un expert du Washington Institute. "Il veut être incontournable – et pour cela, il a besoin de maintenir une tension permanente."

La dernière proposition américaine, transmise via le Qatar, prévoit un cessez-le-feu immédiat en échange d’un allègement des sanctions économiques. Mais Téhéran exige d’abord la fin des frappes israéliennes en Syrie et au Liban – une condition inacceptable pour Washington.

Ce qui se joue ici, c’est bien plus qu’une trêve. C’est la place de l’Iran dans le nouvel ordre régional. "Les États-Unis veulent isoler Téhéran, mais ils ont besoin de lui pour stabiliser l’Irak et la Syrie", explique un diplomate français. "L’Iran le sait, et il en profite."

Reste à voir combien de temps ce silence durera. Car dans cette partie de poker menteur, chaque jour sans réponse est un jour de plus où l’Iran dicte sa loi.


France : le PS se déchire, et la gauche avec lui

En France, c’est une autre guerre qui fait rage – une guerre intestine. Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, a annoncé hier sa démission de la direction du PS. Dans une lettre cinglante, il accuse Olivier Faure, le premier secrétaire, de mener le parti "vers l’isolement et l’enlisement".

Le timing n’est pas anodin. Nous sommes à un an et demi de la présidentielle de 2027, et la gauche française est plus divisée que jamais. Vallaud, figure des "socialistes réalistes", reproche à Faure sa stratégie d’alliance avec La France insoumise (LFI) – une alliance qui, selon lui, "aliène les électeurs modérés sans convaincre les radicaux".

La réponse de Faure ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué, il dénonce "une manœuvre de division" et réaffirme sa ligne : "La gauche ne gagnera qu’unie, ou ne gagnera pas."

Mais derrière ces querelles de personnes, c’est une question plus profonde qui se pose : comment la gauche peut-elle reconquérir les classes populaires, sans perdre son âme ? "Aucune force de gauche ne peut prétendre au leadership en ignorant les électorats captés par LFI, notamment dans les quartiers populaires", écrit Adrien Broche, directeur d’études chez Viavoice, dans une tribune au Monde. "Mais elle ne peut pas non plus se contenter de surenchérir sur le discours insoumis."

Le problème, c’est que le PS n’a plus les moyens de ses ambitions. Avec moins de 20 % des intentions de vote, il est pris en étau entre LFI (30 %) et Renaissance (25 %). "Le PS est en train de devenir un parti fantôme", estime un ancien ministre socialiste. "Il a encore des élus, des réseaux, mais plus d’idées – et surtout, plus de base."


Secret-défense : quand l’Élysée perd le contrôle

Enfin, une affaire qui pourrait bien ébranler les institutions françaises. Six personnes, dont un ancien collaborateur de l’Élysée, ont été mises en examen pour "compromission du secret de la défense nationale". Les détails restent flous, mais selon Le Monde, il s’agirait de fuites concernant des opérations militaires françaises en Afrique – notamment au Sahel, où la France a perdu pied ces dernières années.

Ce qui est inquiétant, ce n’est pas tant l’affaire elle-même que ce qu’elle révèle : une porosité croissante entre les sphères du pouvoir et des réseaux d’influence. "On a l’impression que l’État ne maîtrise plus ses propres secrets", confie un haut fonctionnaire. "Entre les mercenaires, les lobbyistes et les officines privées, les informations sensibles circulent comme des marchandises."

Pire encore : ces fuites pourraient avoir des conséquences géopolitiques. Si des détails sur les opérations françaises au Sahel ont été divulgués, cela pourrait expliquer certains revers militaires récents – et renforcer la méfiance des pays africains envers Paris.

"C’est un scandale d’État en puissance", estime un député de la majorité. "Et le pire, c’est que personne ne semble s’en émouvoir."


Ce qu’il faut retenir

  1. La trêve ukrainienne est un leurre – Trump l’a imposée par tweet, mais personne ne croit à une paix durable. Moscou y voit une victoire symbolique, Kiev une pause tactique.
  2. En Colombie, le journalisme est une profession à haut risque – Mateo Pérez est le 12e journaliste assassiné en 2025. Et dans 90 % des cas, les coupables restent impunis.
  3. L’Iran joue la montre – Téhéran ne répond pas aux propositions américaines, parce qu’il a tout intérêt à maintenir la tension. "L’Iran ne veut pas la guerre, mais il ne veut pas non plus la paix."
  4. Le PS est en train de mourir de ses divisions – Entre Vallaud et Faure, c’est la guerre ouverte. Et la gauche française n’a toujours pas de stratégie pour 2027.
  5. La France perd le contrôle de ses secrets – Les fuites sur les opérations militaires au Sahel révèlent une faille majeure dans la sécurité nationale.

Ce 9 mai 2026, les commémorations masquent mal les fractures d’un monde où les symboles ne suffisent plus. Entre trêves imposées, journalistes assassinés et secrets d’État compromis, une chose est sûre : la géopolitique n’a jamais été aussi instable – et aussi dangereuse.