Gaza, Sahel, 11-Septembre : les trois fronts où la France doit naviguer en 2026

La France est sollicitée sur des dossiers explosifs : une force internationale à Gaza, le recul de l’aide humanitaire au Sahel et l’ombre saoudienne sur le 11-Septembre. Analyse des équilibres à trouver.

Gaza, Sahel, 11-Septembre : les trois fronts où la France doit naviguer en 2026
Photo de Karthik Balakrishnan sur Unsplash

La France se retrouve ce mardi 29 septembre 2026 au cœur de trois crises géopolitiques qui testent sa capacité à concilier principes, alliances et réalisme. À Gaza, où Donald Trump relance l’idée d’une force internationale de stabilisation ; au Sahel, où l’effondrement de l’aide humanitaire menace des millions de déplacés ; et aux États-Unis, où l’inertie judiciaire autour des attentats du 11-Septembre ravive les tensions avec Riyad. Trois dossiers qui, chacun à leur manière, obligent Paris à affiner une diplomatie prise entre héritage historique et impératifs contemporains.


Gaza : des soldats africains pour une paix improbable

L’annonce a surpris. Dans le cadre de son plan de paix pour Gaza, encore à l’état d’ébauche, l’administration Trump propose le déploiement d’une force internationale chargée de stabiliser la bande côtière. Une mission périlleuse, qui verrait des troupes étrangères s’interposer entre le Hamas et Israël, puis étendre leur contrôle au fur et à mesure du désarmement des islamistes. Parmi les contributeurs pressentis : le Maroc, l’Ouganda et le Somaliland, une région autonome de Somalie non reconnue par la communauté internationale.

Pour la France, cette initiative pose une question délicate. Paris, qui a toujours soutenu une solution à deux États, pourrait difficilement s’opposer à une démarche présentée comme une alternative à la guerre. Pourtant, l’idée même d’une force internationale suscite le scepticisme. "Le précédent du Liban montre les limites de ces missions : on ne pacifie pas un territoire sans l’adhésion des parties prenantes", rappelle un diplomate européen sous couvert d’anonymat. Le Maroc, allié traditionnel de la France, voit dans cette participation une occasion de renforcer son influence en Afrique de l’Est, mais aussi de se rapprocher des États-Unis – une équation qui complique la position française, déjà fragilisée par les tensions avec l’Algérie.

Autre écueil : le Somaliland. En acceptant de participer à cette force, la région autonome s’expose à des représailles de la part de la Somalie, qui considère ce territoire comme une partie intégrante de son pays. La France, qui entretient des relations discrètes mais suivies avec Mogadiscio, pourrait se retrouver prise entre deux feux. "La question n’est pas tant de savoir si cette force verra le jour, mais de mesurer les conséquences d’un échec", résume un analyste du Centre d’études stratégiques de l’Afrique.


Sahel : l’aide humanitaire en chute libre

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a lancé lundi 28 septembre une alerte sans précédent. La baisse des contributions internationales l’oblige à réduire ses programmes dans des pays comme le Tchad, la Syrie ou l’Afghanistan – mais c’est au Sahel que la situation est la plus critique. Plus de huit millions de réfugiés et de déplacés, fuyant les conflits et les sécheresses, risquent de se retrouver sans assistance vitale.

La France, ancienne puissance coloniale et acteur clé dans la région, est directement interpellée. Paris a déjà réduit son engagement militaire au Sahel après le coup d’État au Niger en 2023, mais son influence diplomatique et humanitaire reste forte. Pourtant, les financements se tarissent. "Les donateurs se lassent, et les crises se multiplient : Ukraine, Soudan, Yémen… Le Sahel n’est plus une priorité", explique un responsable du HCR. Au Tchad, où la France maintient une présence militaire, les coupes budgétaires pourraient aggraver l’instabilité et pousser davantage de migrants vers l’Europe.

Cette crise intervient alors que la France tente de redéfinir sa stratégie africaine. Emmanuel Macron a multiplié les voyages sur le continent, promettant un partenariat "d’égal à égal". Mais les critiques persistent, notamment sur le manque de transparence des accords militaires et économiques. "La France paie aujourd’hui le prix de décennies de relations asymétriques", estime un chercheur de l’Institut français des relations internationales (IFRI). Sans une relance rapide de l’aide, le risque est double : une crise humanitaire majeure, et une perte d’influence face à la Russie ou à la Chine, de plus en plus actives dans la région.


11-Septembre : l’ombre saoudienne et la justice empêchée

Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, le dossier judiciaire reste dans l’impasse. Plus de 10 000 plaignants, victimes ou familles de victimes, attendent toujours un procès. Les rapports d’enquête, déclassifiés au compte-gouttes, alimentent les soupçons d’une implication saoudienne – mais aucune procédure n’a abouti. L’inertie de la Maison Blanche, sous les présidences successives de Joe Biden et Donald Trump, est pointée du doigt.

Pour la France, ce dossier est un casse-tête. Paris entretient des relations étroites avec Riyad, notamment dans le domaine de l’armement et de la lutte contre le terrorisme. Mais les révélations sur le rôle possible de responsables saoudiens dans les attentats – notamment via le financement de mosquées radicales en Europe – compliquent la donne. "La France ne peut pas ignorer ces questions, surtout à l’heure où elle renforce sa coopération avec l’Arabie saoudite sur les dossiers énergétiques", souligne un ancien ambassadeur.

Le problème est aussi juridique. Les familles de victimes françaises, regroupées au sein de l’association 11-Septembre Justice, réclament depuis des années l’accès aux documents classifiés. Mais Washington oppose une fin de non-recevoir, invoquant la "raison d’État". "C’est une question de dignité : les victimes ont le droit de savoir", plaide un avocat de l’association. Pour la France, qui a perdu 12 ressortissants dans les attentats, la pression monte. "Paris pourrait jouer un rôle de médiateur, en poussant pour une déclassification partielle des documents, sans froisser Riyad", suggère un expert en droit international.


Ce qu’il faut retenir

Trois dossiers, trois équilibres à trouver. À Gaza, la France doit naviguer entre soutien à une solution négociée et méfiance envers une force internationale dont l’efficacité reste à prouver. Au Sahel, elle est sommée d’agir, alors que ses moyens et son influence déclinent. Et sur le 11-Septembre, elle se retrouve prise entre ses alliances stratégiques et les attentes des victimes.

Dans chacun de ces cas, la marge de manœuvre est étroite. Mais une chose est sûre : en 2026, la diplomatie française ne peut plus se contenter de réagir. Elle doit anticiper, sous peine de se retrouver marginalisée sur des dossiers qui engagent son avenir.