Géopolitique : Gaza chiffre sa reconstruction, Ormuz se ferme

Géopolitique du 23 avril : 71 milliards pour reconstruire Gaza, l'Iran verrouille Ormuz, le Tchad négocie à Alger. Trois chantiers qui concernent Rabat.

Géopolitique : Gaza chiffre sa reconstruction, Ormuz se ferme
Photo de zhao chen sur Unsplash

Revue de presse du 23 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:15

Trois cartes se rebattent ce jeudi, et aucune n'est anodine pour Rabat. Gaza chiffre sa reconstruction à 71 milliards de dollars. Téhéran referme le robinet d'Ormuz. N'Djamena s'installe à Alger pour y signer 27 accords. Le Maroc n'est au cœur d'aucun de ces dossiers, mais il est au bord de tous.

Pourquoi la reconstruction de Gaza va-t-elle coûter 71 milliards ?

Le chiffre est brutal : 71,4 milliards de dollars sur dix ans pour remettre Gaza debout. La note émane d'un rapport conjoint de l'Union européenne, de l'ONU et de la Banque mondiale, rapporté par Hespress. Dans le détail, 35,2 milliards couvrent les destructions matérielles, 22,7 milliards les pertes économiques. Et 26,3 milliards doivent être trouvés dans les dix-huit mois à venir, simplement pour rétablir les services vitaux — eau, électricité, santé, écoles.

Autrement dit, la paix, si elle tient, coûtera plus cher que la guerre. Et la question qui suit est celle du guichet. Les bailleurs du Golfe vont-ils signer des chèques à la hauteur ? L'Europe, déjà essoufflée budgétairement, peut-elle suivre ? Washington mettra-t-il la main à la poche après deux ans d'alignement sur Israël ? Le Maroc, lui, est signataire des Accords d'Abraham et entretient un canal avec Tel-Aviv. Rabat a déjà acheminé de l'aide humanitaire. La reconstruction, elle, ouvrira des appels d'offres. Les entreprises marocaines du BTP, de l'ingénierie et de la logistique portuaire auraient tort de ne pas regarder ce dossier.

La vraie interrogation reste politique : reconstruire pour qui, et sous quelle autorité ? Le rapport chiffre les besoins, il ne tranche pas la gouvernance. Tant que cette inconnue demeure, chaque milliard promis restera suspendu.

Le détroit d'Ormuz, nouvelle arme iranienne

L'Iran a saisi mercredi deux navires dans le détroit d'Ormuz — le MSC Francesca et l'Epaminondas, selon la télévision iranienne reprise par Courrier international. Téhéran l'a dit sans détour : pas de réouverture du passage tant que les États-Unis maintiennent leur blocus des ports iraniens. Washington minimise, entretient le flou sur la date butoir du cessez-le-feu, mais le message est clair : l'Iran joue Ormuz comme levier de négociation.

Ormuz, c'est près d'un cinquième du pétrole mondial qui transite chaque jour. Et pour le Maroc, c'est 100 % des hydrocarbures importés qui dépendent, à un moment ou à un autre, de la stabilité du Golfe. Le Royaume ne produit pas de brut, il l'achète — saoudien, émirati, parfois russe. Chaque tension à Ormuz se lit à la pompe à Casablanca et dans la facture énergétique de l'ONEE.

La presse internationale, citée par Courrier international, voit dans ces saisies un "levier dans les négociations". C'est l'euphémisme de la semaine. Quand Téhéran saisit, les assureurs maritimes relèvent les primes, les tankers dévient, les marchés spot s'affolent. Le Maroc n'a aucun levier sur Ormuz. Il n'a que des factures.

Le Tchad à Alger : équilibre ou signal ?

Mahamat Idriss Déby Itno est à Alger pour une visite officielle ponctuée par la signature de 27 accords bilatéraux, rapporte Jeune Afrique. La formulation du magazine panafricain est sobre mais limpide : N'Djamena "entend consolider un partenariat stratégique, sans tourner le dos au Maroc".

Traduction : le Tchad refuse de choisir entre Rabat et Alger. Et c'est précisément ce qui doit intéresser la diplomatie marocaine. Depuis des années, le Royaume mise sur une profondeur africaine patiemment tissée — retour à l'Union africaine en 2017, percée dans l'espace CEDEAO, alliance atlantique avec les États sahéliens. Alger répond avec ses propres cartes : énergie gratuite, coopération militaire, accueil diplomatique.

Vingt-sept accords en une visite, c'est volumineux. Mais la phrase clé n'est pas dans les communiqués, elle est dans la nuance de Jeune Afrique : "sans tourner le dos au Maroc". Le Tchad de Déby fils veut jouer sur les deux tableaux. Pour Rabat, c'est à la fois une bonne nouvelle — le rival algérien n'a pas verrouillé N'Djamena — et un avertissement. L'Afrique centrale, longtemps négligée par la diplomatie marocaine, redevient un champ de bataille silencieux.

Ce qu'il faut retenir

Gaza acte l'entrée dans une ère de reconstruction à facture ouverte. Ormuz rappelle que le Maroc importe sa vulnérabilité énergétique avec chaque baril. Alger avance sur l'Afrique centrale, mais le Tchad refuse de trancher. Trois dossiers lointains, trois répercussions très concrètes. La géopolitique, ce n'est pas ce qui se passe ailleurs. C'est ce qui finit, toujours, par atterrir ici.