Gaza, Mali, Kenya : les accords qui redessinent les conflits estivaux

Désarmement du Hamas, frappes russes au Mali, spoliations foncières au Kenya : trois fronts où les rapports de force évoluent cet été, entre diplomatie fragile et violences persistantes.

Gaza, Mali, Kenya : les accords qui redessinent les conflits estivaux
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Le 31 juillet 2026 marque une journée paradoxale sur les fronts géopolitiques. Alors que des avancées diplomatiques fragiles émergent à Gaza et au Yémen, des violences ciblées au Mali et des tensions foncières au Kenya rappellent la persistance des conflits structurels. Ces dynamiques, souvent éclipsées par les urgences climatiques en Europe, dessinent pourtant les contours d’un été où la guerre et la négociation coexistent sans se résoudre.

Gaza : un désarmement sous conditions

Pour la première fois depuis le début de la guerre en octobre 2023, le Hamas a accepté un principe de désarmement partiel dans la bande de Gaza, lié à un retrait progressif des forces israéliennes. L’annonce, confirmée vendredi par le mouvement islamiste, s’inscrit dans la deuxième phase d’une trêve négociée sous l’égide de l’Égypte et du Qatar. Selon les termes rapportés par RFI, ce désarmement serait "graduel et conditionnel", dépendant de l’avancée des troupes israéliennes hors des zones densément peuplées.

Cette concession intervient après des mois de blocage, alors que les frappes israéliennes ont repris en mai 2026, ciblant notamment les tunnels du Hamas dans le sud de Gaza. Les Nations unies, via leur porte-parole, ont salué "une lueur d’espoir", tout en soulignant que "les détails opérationnels restent à préciser". Sur le terrain, les habitants interrogés par des médias locaux décrivent une situation inchangée : les coupures d’électricité persistent, et les hôpitaux, saturés, fonctionnent avec des générateurs de fortune.

L’accord, s’il se concrétise, pourrait ouvrir la voie à une troisième phase de négociations, incluant la reconstruction de Gaza et le retour des déplacés. Mais les observateurs restent prudents. "Le Hamas a toujours lié son désarmement à une solution politique globale, rappelle un analyste du Middle East Institute. Or, Israël refuse pour l’instant toute discussion sur un État palestinien." La fragilité de l’équilibre actuel rappelle celle des précédentes trêves, souvent rompues par des violences localisées.

Mali : les civils pris entre jihadistes et frappes russes

À plus de 4 000 kilomètres de Gaza, le village de Kirnya, dans la région de Mopti, est devenu le symbole des dérives de la guerre contre le terrorisme au Sahel. Le 15 juin 2026, des frappes aériennes attribuées à l’Africa Corps – la nouvelle appellation des mercenaires russes opérant aux côtés de l’armée malienne – ont tué huit civils, dont trois enfants, selon une enquête publiée vendredi par Human Rights Watch (HRW). L’ONG précise que des combattants du Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin (JNIM, lié à Al-Qaïda) étaient bien présents dans le village au moment des bombardements, mais que les frappes ont visé "sans discrimination" des zones résidentielles.

Ce drame illustre l’escalade militaire dans un pays où la junte au pouvoir, dirigée par le colonel Assimi Goïta, s’appuie de plus en plus sur Moscou pour combattre les groupes jihadistes. Depuis le départ des forces françaises en 2023 et le retrait progressif de la mission de l’ONU (MINUSMA), l’armée malienne et ses alliés russes ont intensifié leurs opérations, souvent au prix de victimes civiles. "Les frappes aériennes sont devenues la principale cause de mortalité parmi les populations rurales", souligne HRW, qui appelle à une enquête indépendante.

Pour la Russie, engagée dans une stratégie d’influence en Afrique, le Mali représente un terrain clé. L’Africa Corps, successeur de l’ancien groupe Wagner, y déploie des conseillers militaires et des drones, tout en exploitant les ressources minières du pays. Mais cette présence suscite des tensions croissantes avec les pays voisins, comme le Niger et le Burkina Faso, où des juntes militaires rivales cherchent à s’affirmer. "La région est entrée dans une phase de fragmentation accélérée, analyse un chercheur de l’International Crisis Group. Chaque acteur – États, groupes armés, puissances étrangères – joue sa propre partition, sans coordination ni vision à long terme."

Kenya : la bataille des terres, miroir des inégalités

À Ndabibi, dans le sud du Kenya, une centaine de familles se battent depuis 2023 pour récupérer des terres qu’elles cultivent depuis des générations. Ces terres, autrefois exploitées par le ranch de Gilbert Colville, un Britannique installé sous le colonialisme, ont été vendues à un mystérieux investisseur, déclenchant une vague d’expulsions. Les habitants, descendants des travailleurs du ranch, accusent le président William Ruto d’être impliqué dans cette spoliation, une allégation que son gouvernement dément vigoureusement.

Le conflit, documenté par Libération, est emblématique des tensions foncières qui minent le Kenya. "On a compris que celui qui accaparait nos terres était puissant, raconte un paysan de Ndabibi. Les autorités locales nous ont dit de partir, sans explication." Les familles, privées de leurs moyens de subsistance, ont saisi la justice, mais les procédures traînent en longueur. "Le système judiciaire kenyan est lent, et souvent corrompu, explique un avocat spécialisé dans les droits fonciers. Les petits propriétaires n’ont pas les moyens de rivaliser avec les investisseurs proches du pouvoir."

Ce cas s’inscrit dans un contexte plus large de concentration des terres au Kenya, où 0,1 % des propriétaires détiennent 65 % des surfaces arables, selon un rapport de l’ONG Land Matrix. Les terres fertiles, convoitées par des acteurs nationaux et étrangers, sont au cœur de conflits récurrents, notamment dans les régions de la vallée du Rift et de la côte. "Le gouvernement de Ruto a fait de l’agro-industrie une priorité, mais sans cadre légal clair pour protéger les petits exploitants", souligne un expert de la Food and Agriculture Organization (FAO).

La question foncière est d’autant plus sensible qu’elle se superpose à des clivages ethniques et politiques. À Ndabibi, les habitants appartiennent majoritairement à la communauté Kikuyu, historiquement opposée au président Ruto, issu de l’ethnie Kalenjin. "C’est une bombe à retardement, estime un universitaire kenyan. Si le gouvernement ne trouve pas de solution équitable, ces conflits locaux pourraient dégénérer en violences généralisées."


Ce qu’il faut retenir

  1. Gaza : Le Hamas accepte un désarmement partiel, mais l’accord reste fragile, dépendant du retrait israélien et de garanties politiques encore floues.
  2. Mali : Les frappes russes, menées au nom de la lutte antiterroriste, tuent des civils, révélant les limites d’une stratégie militaire sans garde-fous humanitaires.
  3. Kenya : Les spoliations foncières, souvent liées à des réseaux politiques, alimentent une crise sociale qui pourrait s’étendre au-delà des zones rurales.

Ces trois fronts montrent que les conflits, qu’ils soient armés ou socio-économiques, évoluent rarement de manière linéaire. Les avancées diplomatiques côtoient des violences persistantes, et les solutions locales peinent à émerger face aux intérêts géopolitiques et économiques. En Europe, où l’attention se porte sur les incendies et les débats climatiques, ces dynamiques rappellent que la stabilité mondiale reste un équilibre précaire.