Gaza : journaliste tué, Iran épuisé, Dakar en résistance

Gaza : journaliste tué, Iran épuisé, Dakar en résistance
Photo de Ewien van Bergeijk - Kwant sur Unsplash

Revue de presse du 10 avril 2026
Dernière mise à jour : 00:51

Pendant que les chancelleries comptent les heures de trêve et que les communiqués officiels s'accumulent, trois histoires se frayent un chemin dans l'indifférence générale. Un journaliste tué dans sa voiture à Gaza. Des Iraniens dévastés qui regardent les ruines et se demandent à quoi ça a servi. Des étudiants sénégalais qui commémorent un des leurs, mort pour réclamer sa bourse.

Mohammed Washah : quand Gaza tue ses témoins

L'armée israélienne a revendiqué l'attaque de drone qui a coûté la vie à Mohammed Washah, journaliste d'Al-Jazeera, mercredi dans la bande de Gaza. Le Monde a publié les images de son véhicule après l'impact. La revendication officielle de Tsahal est sans ambiguïté : ce n'était pas une erreur.

La question ne porte pas sur un "dommage collatéral". Elle porte sur le ciblage assumé d'un journaliste en exercice, dans un territoire où la presse internationale est déjà quasi-absente. Depuis le début des opérations militaires à Gaza, des dizaines de journalistes ont été tués. Chaque fois : les mêmes protestations de façade, les mêmes déclarations d'indignation, la même impunité.

Tuer les témoins, c'est effacer l'histoire en train de s'écrire. La liberté de la presse en zone de guerre n'est pas une abstraction — c'est la condition pour que le monde sache ce qui se passe. Quand on supprime les yeux, on supprime aussi les comptes à rendre.

L'Iran après la guerre : les ruines et l'arithmétique du désastre

Le cessez-le-feu entre Téhéran et Washington a monopolisé les unes. Mais Le Monde s'est intéressé à ceux qui vivent dans les décombres. Les témoignages sont édifiants : inflation record, pertes d'emploi massives, répression politique renforcée malgré l'accalmie militaire. "Tout n'a été que destruction, sans que rien ne change vraiment", résume un habitant de Téhéran.

C'est le paradoxe cruel de ces guerres modernes. On négocie le cessez-le-feu, on signe les accords de principe, on organise des réunions au Pakistan sur le sort du détroit d'Ormuz — Libération le souligne, le détroit reste au cœur des discussions prévues ce week-end. Et pendant ce temps, la population continue d'absorber le choc seule.

L'accalmie "fragile et incertaine" — c'est ainsi que les Iraniens la décrivent — n'est pas la paix. C'est une parenthèse dans un effondrement. Le vrai enjeu, la reconstruction, la levée des sanctions, l'avenir économique de millions de personnes, n'est inscrit dans aucun agenda diplomatique sérieux. Les grandes puissances ont arrêté de se tirer dessus. Elles n'ont pas pour autant décidé de penser aux Iraniens.

Sénégal : deux mois, un mort, toujours pas de réponse

À l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, les cours ont été suspendus ce jeudi. Cela fait exactement deux mois qu'Abdoulaye Ba, étudiant en médecine de 20 ans, est mort lors de manifestations réclamant le paiement de bourses — réprimées par les forces de l'ordre sur le campus même, selon RFI. Deux mois. Aucune réponse officielle satisfaisante.

L'université africaine est un baromètre politique. Quand elle se fige, c'est que quelque chose dans le contrat social a cédé. Le Sénégal, longtemps présenté comme un modèle démocratique en Afrique de l'Ouest, traverse depuis quelques années des secousses qui questionnent cette réputation. Un étudiant mort pour avoir réclamé ce que l'État lui devait légalement — c'est une phrase qui ne devrait pas être possible dans un État de droit. Elle l'est pourtant.

La question qui dérange : qui rend des comptes, et quand ?

L'envers du miroir mondial

Trois géographies. Trois violences d'échelle différente. Une même logique à l'œuvre : les puissants font la guerre, négocient la paix, signent les communiqués et reprennent leurs agendas. Et quelque part, un journaliste meurt dans sa voiture, un étudiant est enterré sans justice, une famille iranienne compte ses pertes dans une maison détruite.

Ces histoires ne sont pas le "contexte" de la grande actualité. Elles sont l'actualité, celle que la diplomatie préfère ne pas regarder en face. Le monde n'est pas seulement ce que les communiqués officiels disent de lui.