Royaume-Uni, Belgique, 2027 : la France regarde ses voisins jouer leur partition

Entre Burnham qui défie Starmer, la Belgique qui rompt avec le RN et Retailleau en quête d’espace, la France observe un jeu européen dont elle semble exclue.

Royaume-Uni, Belgique, 2027 : la France regarde ses voisins jouer leur partition
Photo de Guillaume Périgois sur Unsplash

La France se croyait encore au centre du jeu. Elle se découvre spectatrice. Pendant que ses voisins réécrivent les règles, Paris regarde, médusé, les lignes bouger sans elle. Trois événements, trois pays, une même leçon : l’Europe politique se recompose, et la France n’y a plus le premier rôle.

1. Royaume-Uni : Burnham contre Starmer, ou la fin du Labour monolithique

Andy Burnham n’a pas attendu son élection pour jouer les trouble-fêtes. Dès son arrivée à la Chambre des communes, le maire de Manchester a annoncé la couleur : "Keir Starmer a trahi les classes populaires. Je suis là pour le rappeler à l’ordre." En une phrase, il enterre l’illusion d’un Labour unifié et remet en selle la vieille garde travailliste, celle qui refuse de céder aux sirènes du libéralisme social-démocrate.

Pour la France, c’est un séisme. Starmer était le partenaire rêvé d’Emmanuel Macron : pro-européen modéré, pragmatique, prêt à des compromis sur la défense ou l’énergie. Burnham, lui, incarne l’aile gauche du parti, celle qui veut renationaliser les chemins de fer, taxer les superprofits et rompre avec l’OTAN sur la question ukrainienne. Autant dire que les dossiers franco-britanniques – migration, pêche, nucléaire – viennent de prendre un coup de vieux.

Pire : Burnham a déjà prévenu qu’il briguerait la direction du Labour. Si Starmer trébuche aux prochaines législatives, c’est un allié clé de la France qui disparaît. Et avec lui, l’espoir d’un axe Paris-Londres capable de peser face à Berlin ou Washington.

2. Belgique : le cordon sanitaire, ou comment l’Europe dit non au RN

À Huy, une plaque commémore les mineurs de Grenay déportés par les nazis en 1941. Jusqu’ici, cette ville wallonne était jumelée avec Grenay, dans le Pas-de-Calais. Plus maintenant. La commune belge a rompu son partenariat après la victoire du Rassemblement national aux municipales de mars. Motif officiel : "Le cordon sanitaire contre l’extrême droite."

La Belgique n’est pas seule. Namur, Liège, Mons : des dizaines de villes wallonnes coupent les ponts avec leurs homologues françaises passées au RN. Une première. Et un camouflet pour Marine Le Pen, qui misait sur ces victoires locales pour crédibiliser sa normalisation.

Pour la France, c’est une double humiliation. D’abord, parce que Bruxelles rappelle à Paris que son extrême droite reste infréquentable en Europe. Ensuite, parce que cette mise au ban arrive au pire moment : à un an de la présidentielle, alors que le RN caracole en tête des sondages. Si même la Belgique, pays divisé et coutumier des compromis, refuse de serrer la main au RN, comment espérer convaincre l’Allemagne ou l’Italie ?

3. 2027 : Retailleau en quête d’un espace politique qui n’existe plus

"On trace notre sillon." La formule de Bruno Retailleau, ce samedi à Paris, sonne comme un aveu d’impuissance. Le candidat LR tente désespérément de se frayer un chemin entre le RN et Horizons. Problème : ce chemin n’existe plus.

Les Républicains sont pris en étau. D’un côté, le RN phagocyte leur électorat populaire. De l’autre, Édouard Philippe capte les modérés. Résultat : Retailleau, crédité de 8 % dans les sondages, se raccroche à des thèmes éculés – la souveraineté, l’ordre, la ruralité – sans parvenir à incarner une alternative.

Pour la France, cette impasse est lourde de conséquences. Elle signifie qu’en 2027, le second tour opposera probablement Macron (ou son successeur) au RN. Pas de troisième homme, pas de surprise. Et surtout, pas de débat de fond : juste un référendum pour ou contre l’extrême droite.

Ce qu’il faut retenir : la France, grande absente d’un jeu qui se joue sans elle

Trois événements, trois pays, une même réalité : l’Europe politique avance, et la France reste sur le quai.

  • Le Royaume-Uni bascule à gauche, mais une gauche divisée, dont Paris ne sait plus qui écouter.
  • La Belgique rappelle que le RN, même élu, reste un paria en Europe.
  • Les Républicains, eux, jouent leur survie dans un espace politique qui se rétrécit comme peau de chagrin.

Pendant ce temps, à Paris, on débat encore des holdings et des successions. Comme si la géopolitique se jouait dans les salons feutrés de Bercy, et non dans les rues de Manchester, les mairies wallonnes ou les meetings de Retailleau.

La France a cru pouvoir exporter son modèle – diplomatie de Versailles, alliances à géométrie variable. Elle découvre, un peu tard, que ses voisins préfèrent écrire leur propre partition. Sans elle.