Géopolitique : trois fronts où la France joue son influence en 2026

Entre l’Ukraine, le Yémen et la rivalité sino-américaine, Paris tente de peser sur des crises qui redessinent les équilibres mondiaux. Analyse des enjeux et des limites de son action.

Géopolitique : trois fronts où la France joue son influence en 2026
Photo de Markus Winkler sur Unsplash

Ukraine : Macron mise sur un moratoire énergétique pour calmer les prix

À New York, où se tient l’Assemblée générale des Nations unies, Emmanuel Macron a présenté à Donald Trump une proposition visant à stabiliser les cours du pétrole, en pleine flambée depuis l’intensification des frappes ukrainiennes et russes sur les infrastructures énergétiques. L’idée d’un « moratoire » sur ces attaques, avancée par le président français, marque un tournant dans la diplomatie occidentale. Jusqu’ici, les États-Unis et leurs alliés soutenaient Kiev dans sa stratégie de ciblage des raffineries russes, jugée cruciale pour affaiblir l’effort de guerre de Moscou. Mais l’envolée des prix du baril – qui a dépassé les 110 dollars en septembre – commence à peser sur les économies occidentales, déjà fragilisées par deux ans de tensions inflationnistes.

« La France joue ici une carte classique : celle de la médiation, analyse un diplomate européen présent aux discussions. Macron sait que Trump, obsédé par le prix de l’essence à la pompe avant les élections de mi-mandat, est sensible à cet argument. » Reste à savoir si la Russie acceptera de jouer le jeu. Vladimir Poutine a jusqu’ici rejeté toute trêve sur le front énergétique, y voyant un levier pour diviser l’Occident. Pour Paris, l’enjeu est double : éviter une crise économique en Europe tout en maintenant son soutien à l’Ukraine. Une équation délicate, alors que les réserves de munitions de Kiev s’épuisent et que les livraisons occidentales ralentissent.


Yémen : l’Arabie saoudite piégée par les houthistes

La prise du détroit de Bab Al-Mandab par les rebelles houthistes en août a bouleversé les équilibres régionaux. Ce passage stratégique, par lequel transite près de 10 % du commerce maritime mondial, est désormais sous le feu des drones et des missiles des combattants yéménites, alliés de l’Iran. Face à cette menace, l’Arabie saoudite, qui mène depuis 2015 une coalition contre les houthistes, a intensifié ses frappes aériennes. Mais les résultats sont maigres : malgré des bombardements quotidiens sur des villes comme Moka, où six civils ont été tués lundi, Riyad ne parvient pas à reprendre le contrôle du détroit.

Pour la France, cette crise est un casse-tête. Paris entretient des relations étroites avec l’Arabie saoudite, son deuxième client en matière d’armement après l’Inde. Mais elle doit aussi composer avec les houthistes, qui menacent directement les intérêts économiques européens – notamment le trafic de conteneurs vers le canal de Suez. « La France pousse pour une désescalade, mais sans illusion, confie un haut fonctionnaire du Quai d’Orsay. Les Saoudiens sont dans une logique de guerre d’usure, et les houthistes n’ont aucune raison de lâcher leur avantage. »

L’enjeu dépasse le Yémen. La mainmise des houthistes sur Bab Al-Mandab illustre la montée en puissance de l’axe Téhéran-Moscou, qui cherche à asphyxier les économies occidentales en ciblant les points névralgiques du commerce mondial. Une stratégie que la Russie applique déjà en mer Noire, où elle bloque les exportations ukrainiennes de céréales.


Chine : quand Trump offre un boulevard à Pékin

La visite de Xi Jinping à Washington, prévue jeudi, s’annonce sous de meilleurs auspices que prévu. Le président chinois, qui n’avait plus foulé le sol américain depuis 2015, profite de l’imprévisibilité de Donald Trump pour se poser en garant de la stabilité mondiale. « La Chine se présente comme une alternative crédible aux États-Unis, analyse Harold Thibault, correspondant du Monde à Pékin. Elle mise sur le chaos trumpien pour attirer les pays en quête de partenaires fiables. »

Les signes de ce basculement sont nombreux. En Afrique, où la France perd du terrain face à la Russie et à la Chine, Pékin multiplie les accords miniers et les investissements dans les infrastructures. En Asie du Sud-Est, plusieurs pays, échaudés par les revirements de Washington sous Trump, se tournent vers la Chine pour leurs besoins en énergie et en technologie. Même l’Arabie saoudite, allié historique des États-Unis, a signé en 2025 un partenariat stratégique avec Pékin, incluant des livraisons d’armes et des projets nucléaires civils.

Pour la France, cette rivalité sino-américaine est à la fois une opportunité et un risque. Paris tente de jouer les équilibristes, en maintenant un dialogue avec Pékin tout en renforçant ses liens avec Washington. Mais l’équation se complique à mesure que la Chine durcit sa position sur Taïwan et renforce son influence en Europe de l’Est. « Macron veut éviter un découplage total entre l’UE et la Chine, explique un conseiller de l’Élysée. Mais il sait que les marges de manœuvre se réduisent. »


Ce qu’il faut retenir

  1. L’énergie comme arme diplomatique : La proposition française d’un moratoire sur les frappes énergétiques en Ukraine illustre la volonté de Paris de peser sur un dossier où les États-Unis et la Russie campent sur leurs positions. Mais son succès dépendra de la bonne volonté de Moscou – et de la capacité de l’Occident à trouver des alternatives aux approvisionnements russes.
  2. Le Yémen, nouveau front de la guerre économique : La crise du détroit de Bab Al-Mandab montre comment les conflits régionaux peuvent déstabiliser l’économie mondiale. Pour la France, qui dépend du commerce maritime, la priorité est d’éviter une escalade – même si ses leviers d’action sont limités.
  3. La Chine, grande gagnante du trumpisme : En exploitant les faiblesses de la diplomatie américaine, Pékin s’impose comme un acteur incontournable. La visite de Xi Jinping à Washington sera un test pour la capacité de la France à maintenir son influence dans un monde de plus en plus bipolaire.

Dans un contexte marqué par les divisions occidentales et la montée des puissances révisionnistes, la France tente de jouer un rôle de médiateur. Mais ses marges de manœuvre se réduisent, et son action dépendra en grande partie des choix de ses alliés – et de ses adversaires.