Géopolitique : la France mise à l'écart au Moyen-Orient

Blocus iranien désormais opérationnel, France exclue des négociations sur le Liban : la géopolitique du Moyen-Orient se recompose sans Paris.

Géopolitique : la France mise à l'écart au Moyen-Orient
Photo de Jaanus Jagomägi sur Unsplash

Revue de presse du 15 avril 2026
Dernière mise à jour : 07:16

La guerre se fait aussi par les mers. Et la diplomatie, parfois, par l'exclusion. En quarante-huit heures, le Moyen-Orient a livré deux signaux clairs sur la place que Paris occupe — ou n'occupe plus — dans les équilibres régionaux.

Le blocus iranien : de la menace à l'acte

Ce n'était pas du bluff. Depuis lundi, le contre-blocus maritime imposé par Donald Trump à l'Iran est opérationnel. Selon l'armée américaine, six navires marchands ont déjà été empêchés de quitter les ports iraniens dans les premières vingt-quatre heures. Trump avait été explicite sur Truth Social : tout navire s'approchant du dispositif "sera immédiatement détruit". Téhéran, de son côté, dénonce un acte "illégal" de "piraterie" et menace de s'en prendre aux ports de ses voisins du Golfe si sa sécurité portuaire est compromise.

La mécanique d'escalade est là, visible, presque mathématique dans sa logique. Un ancien officier de l'US Navy interrogé par L'Express met en garde : si l'Iran lâche des essaims de drones dans le détroit d'Ormuz, la situation peut dégénérer dans des proportions imprévisibles. Le blocus s'applique, précise-t-on côté américain, aux navires de toutes les nations — y compris donc les tankers qui alimentaient l'économie iranienne en contournant les sanctions. C'est là qu'entre Moscou : Sergueï Lavrov a assuré ce mercredi que la Russie était prête à "compenser" le déficit énergétique de la Chine et des autres pays affectés. Le pivot eurasiatique fonctionne à plein régime. Trump construit, peut-être malgré lui, l'axe dont il prétend limiter l'influence.

Liban : Israël dit clairement non à Paris

La gifle diplomatique est venue d'un autre front. Israël a signifié sans détour qu'il ne souhaitait pas la France comme intermédiaire dans ses négociations avec le Liban. La formulation rapportée par Le Parisien ne laisse aucune place à l'interprétation : "Nous aimerions garder les Français aussi loin que possible."

On pouvait s'y attendre. Depuis les tensions répétées entre Paris et Tel-Aviv sur Gaza et les discussions autour de l'accord UE-Israël, la relation est distante, rugueuse. Mais l'exprimer aussi crûment, c'est autre chose : c'est signifier à la France que son rôle de médiateur historique au Levant — assumé depuis le mandat français au Liban, réactivé à chaque crise régionale — n'est plus reconnu. Pas contesté. Pas négocié. Simplement écarté.

Macron, qui avait tenté une médiation lors de la précédente escalade israélo-libanaise, se retrouve doublement marginalisé : tenu à l'écart du dossier libanais par Israël, sans prise sur la crise iranienne dont les leviers sont à Washington, Téhéran et Pékin. La puissance d'équilibre que la France se plaît à incarner sur la scène internationale se heurte à une réalité brutale : les belligérants choisissent leurs médiateurs, pas l'inverse.

Soudan : trois ans, trente millions, une conférence

À Berlin ce mercredi, une conférence internationale se réunit sur le Soudan. Trois ans que la guerre entre l'armée régulière et les Forces de soutien rapide ravage le pays. Trente millions de Soudanais ont besoin d'une aide humanitaire, rappelle Patrick Youssef, directeur régional pour l'Afrique du Comité international de la Croix-Rouge, cité par Libération. "Les combats se poursuivent donc les besoins continuent d'augmenter." Formulation sobre pour une réalité catastrophique.

Le Soudan est le conflit oublié. Pendant que les projecteurs restent braqués sur Gaza, l'Ukraine, l'Iran, le pays s'enfonce dans une crise humanitaire de premier rang sans que la communauté internationale parvienne à imposer un cessez-le-feu. Les conférences sur le Soudan ont une longue et décevante histoire. Berlin sera peut-être différente. Rien, pour l'instant, ne le garantit.

Ce qu'il faut retenir

La géopolitique de cette semaine dessine un monde en accélération, où les grandes puissances posent les termes et où les autres s'adaptent. Le blocus iranien remodèle les flux énergétiques mondiaux au profit d'une architecture Moscou-Pékin que Washington contribue, paradoxalement, à consolider. Israël assume son isolement vis-à-vis de Paris sans complexe. Le Soudan brûle dans l'indifférence relative des chancelleries occupées ailleurs.

Ce n'est pas une crise de plus. C'est une tectonique.