Géopolitique : la France refait surface en Afrique, le Maroc trie
Banques françaises en reconquête, visite papale à 50 milliards FCFA au Cameroun : la France retravaille son ancrage africain. Le Maroc observe.
114 ans après Lyautey, la France retente l'Afrique
Le 28 avril 1912, Paris nommait Louis Hubert Lyautey premier résident général du protectorat français au Maroc, rappelle Yabiladi. Cent quatorze ans plus tard, jour pour jour, les banques tricolores cherchent à revenir sur le continent et le Vatican s'attarde au Cameroun. Coïncidence de calendrier, mais signal stratégique : l'ancienne puissance retravaille son ancrage africain — sans plus en avoir le monopole.
Pourquoi les banques françaises veulent-elles revenir ?
Les établissements bancaires tricolores ont quasiment disparu du continent africain en quinze ans, écrit Jeune Afrique. Cessions, retraits successifs, désengagements progressifs : la France a vu son réseau s'étioler pendant que d'autres prenaient la place. Le timing du retour annoncé n'est pas anodin. Paris cherche un nouveau souffle financier avant le sommet Afrique-France de Nairobi.
Le problème, c'est que le terrain n'est plus libre. Entre contraintes réglementaires et concurrence locale, souligne Jeune Afrique, la reconquête s'annonce coûteuse. Pour le Maroc, c'est une donnée stratégique : Casablanca s'est imposée comme hub financier africain pendant que les filiales tricolores tournaient le dos au continent. Si Paris revient, ce sera face à un écosystème panafricain structuré — où les banques marocaines occupent désormais une partie des fauteuils que les Français avaient laissés vides. Pas un rétablissement, une renégociation.
Cameroun : 50 milliards de F CFA pour une visite papale
La visite de Léon XIV au Cameroun a coûté quelque 50 milliards de francs CFA, selon les informations de Jeune Afrique — soit autour de 76 millions d'euros. Au-delà du chiffre, l'enquête pointe des marchés publics contestés, de l'or prélevé sur fonds publics et des délégations étrangères qualifiées de fictives. Le Vatican n'est pas l'objet du scandale : c'est l'occasion d'une opacité budgétaire que Yaoundé devra documenter.
L'épisode rappelle un classique de la gouvernance dans plusieurs États francophones : la visite officielle qui sert de prétexte à des dépenses extraordinaires peu auditées. La comparaison s'impose avec ce qui s'écrit en parallèle au Maroc, où l'Inspection générale des finances passe au crible les marchés publics. Deux trajectoires cohabitent sur le continent : celle qui audite a posteriori, et celle qui dépense sans rendre les comptes attendus. Aucune des deux n'est immunisée contre l'opacité, mais l'une assume l'exigence du contrôle.
Que prépare Nizar Baraka avant les législatives de septembre ?
Sur le terrain politique intérieur, l'élection de Youssef Allakouch au secrétariat général de l'UGTM accentue la domination de Nizar Baraka sur l'Istiqlal, analyse Jeune Afrique. Le syndicat historique du parti — héritage de la lutte nationaliste — passe sous une direction alignée sur le secrétaire général. À cinq mois des législatives de septembre, Baraka verrouille l'appareil avant la campagne.
Lecture froide : un parti monolithique gagne mieux les batailles tactiques. Lecture critique : il s'expose à une homogénéisation idéologique qui peut peser dans les urnes, surtout dans une formation traditionnellement traversée par des courants concurrents. L'Istiqlal de 2026 n'a plus grand-chose à voir avec celui des années 2010, plus fragmenté. Septembre dira si la centralisation paie — ou si elle a éteint des voix qui votaient encore pour l'étiquette.
À retenir
- 114 ans après Lyautey, Paris relance sa diplomatie financière africaine. Mais le terrain est occupé, et le Maroc en a profité pour bâtir son hub bancaire à Casablanca.
- La visite de Léon XIV au Cameroun affiche une ardoise de 50 milliards de F CFA et soulève des questions de gouvernance, selon Jeune Afrique. À Rabat, où les marchés publics passent à l'audit IGF, on regarde de loin.
- L'Istiqlal se centralise autour de Nizar Baraka avant les législatives de septembre. Verrouillage tactique, pari idéologique : la cohésion forcée a un coût électoral à mesurer dans cinq mois.