Forêts, art brut et édition : les fronts culturels et écologiques de l'été

Après les mégafeux en Gironde, la reconstruction des forêts interroge. En parallèle, l'art brut et les tensions dans l'édition redessinent les paysages culturels français.

Forêts, art brut et édition : les fronts culturels et écologiques de l'été
Photo de Denny Müller sur Unsplash

La Gironde, encore marquée par les mégafeux de juillet, tente de se projeter dans l’après-catastrophe. Alors que les flammes ont enfin été fixées, une question émerge : comment reconstruire une forêt résiliente face au réchauffement climatique ? Pendant ce temps, le monde culturel français traverse ses propres bouleversements, entre l’émergence d’artistes autodidactes et les secousses dans l’édition, où les tensions autour de la concentration des maisons se cristallisent.


Gironde : vers une « nouvelle forêt » après les mégafeux ?

Les pins maritimes calcinés du Temple, en Gironde, témoignent de l’ampleur du désastre. Après quatorze jours d’incendie, les autorités ont annoncé que le feu était « fixé » – mais pas encore éteint. Sur le terrain, propriétaires forestiers, élus et écologues s’interrogent : faut-il replanter à l’identique ou repenser entièrement l’écosystème ?

Les débats portent sur plusieurs pistes. Certains plaident pour une diversification des essences, avec des espèces moins inflammables comme le chêne-liège ou le pin d’Alep, mieux adaptées aux étés caniculaires. D’autres misent sur une gestion plus dynamique des sous-bois, avec un débroussaillement accru et des coupes sélectives pour limiter la propagation des flammes. « La monoculture de pins maritimes a montré ses limites », souligne un agent de l’Office national des forêts (ONF), interrogé par Le Monde. « Il faut accepter que la forêt de demain ne ressemblera pas à celle d’hier. »

La question du financement reste entière. Le député LFI Éric Coquerel a réclamé un budget rectificatif pour renforcer les moyens de lutte contre les incendies, suggérant une taxe sur les superprofits des grandes entreprises. Une proposition qui divise, alors que l’État et les collectivités locales cherchent déjà des solutions pour éviter une répétition du scénario de 2022, où près de 30 000 hectares avaient brûlé dans le même département.


André Degorças, ou l’art brut comme résistance poétique

À Genté, en Charente, André Degorças, 84 ans, sculpte des statues de béton dans un ancien chai transformé en atelier. Surnommé « Loulou », cet ancien maçon autodidacte crée des œuvres à mi-chemin entre le kitsch et la poésie, représentant aussi bien des animaux que des personnalités politiques ou des stars de la variété. Ses bas-reliefs à l’effigie de Johnny Hallyday ou de la princesse Charlène côtoient des portraits de François Hollande, le tout dans un style naïf et coloré.

Son travail, exposé dans le cadre d’une série du Monde sur « la France de l’art brut », interroge les frontières entre art populaire et création légitime. « Je ne sais pas si c’est de l’art, mais ça me plaît », confie-t-il, assumant une démarche intuitive, loin des circuits traditionnels. Son « P’tit Musée », comme il l’appelle, attire pourtant les curieux, preuve que l’art brut – longtemps marginalisé – trouve aujourd’hui une place dans le paysage culturel français.


L’édition en ébullition : après Grasset, le pari risqué d’Olivier Nora

Le limogeage d’Olivier Nora de la tête des éditions Grasset, en juin dernier, avait provoqué une onde de choc dans le milieu littéraire. Symbole de la résistance face à la mainmise de Vincent Bolloré sur l’industrie du livre, son éviction avait suscité des protestations parmi les auteurs et les salariés. Deux mois plus tard, l’ancien patron annonce la création de sa propre maison d’édition, Bartleby, dont le nom évoque la célèbre nouvelle de Melville, Bartleby, the Scrivener – une référence à la résistance passive.

Selon Le Canard enchaîné, Nora pourrait rejoindre le groupe Editis, propriété du milliardaire Daniel Křetínský, ce qui relancerait les spéculations sur une recomposition du secteur. Son départ de Grasset avait été perçu comme un signe de la fragilisation de l’indépendance éditoriale, dans un contexte où les rachats se multiplient (Hachette, Editis, Gallimard…). Avec Bartleby, Nora mise sur un positionnement littéraire exigeant, loin des logiques purement commerciales. Reste à savoir si cette nouvelle structure parviendra à concurrencer les géants du secteur – ou si elle deviendra un symbole de plus de la fragmentation d’un milieu en crise.


Photographie : la collection Elton John, entre nostalgie et manque de cohérence

Le musée du Jeu de Paume présente Fragile Beauté, une exposition de 300 photographies issues de la collection personnelle d’Elton John et de son mari, David Furnish. L’accrochage, qui couvre la fin du XXe et le début du XXIe siècle, mêle des clichés de stars (Marilyn Monroe, Elizabeth Taylor) à des œuvres plus confidentielles, signées par des photographes comme Nan Goldin ou Robert Mapplethorpe.

Si l’exposition séduit par son éclectisme, elle peine à convaincre sur le plan conceptuel. Libération souligne un « manque de cohérence », regrettant que la sélection, bien que riche, apparaisse comme un simple inventaire des goûts du couple plutôt qu’une réflexion sur l’histoire de la photographie. « On passe d’une icône pop à une image documentaire sans transition, comme si le fil rouge était avant tout le caprice des collectionneurs », note le critique. Un constat qui interroge : une collection privée doit-elle nécessairement avoir une ligne directrice, ou peut-elle se contenter d’être le reflet d’une passion ?


Ce qu’il faut retenir

  1. Reconstruire les forêts : En Gironde, la question n’est plus seulement d’éteindre les feux, mais de repenser les écosystèmes pour les rendre plus résilients. Diversification des essences, gestion des sous-bois, financements… Les solutions existent, mais leur mise en œuvre se heurte à des contraintes économiques et politiques.
  2. L’art brut en lumière : Des figures comme André Degorças rappellent que la création ne se limite pas aux galeries et aux institutions. Leur travail, souvent marginalisé, gagne en visibilité, interrogeant les hiérarchies traditionnelles de l’art.
  3. L’édition en recomposition : Le lancement de Bartleby par Olivier Nora illustre les tensions qui traversent le secteur. Entre concentration des maisons et quête d’indépendance, l’équilibre reste précaire.
  4. Collections privées et musées : L’exposition Fragile Beauté pose la question du rôle des collections personnelles dans les institutions publiques. Faut-il y voir une opportunité ou un symptôme de la privatisation de la culture ?