Football et terroir : le Maroc s'impose sur deux terrains

La Liga envisage des matchs au Maroc, la CAF défend le sacre marocain et la filière des plantes aromatiques renaît après sept ans de sécheresse.

Football et terroir : le Maroc s'impose sur deux terrains
Photo de Hasmik Ghazaryan Olson sur Unsplash

Revue de presse du 11 avril 2026
Dernière mise à jour : 14:35

Un stade flambant neuf à Casablanca qui attire les convoitises de la Liga espagnole, un président de la CAF qui monte au créneau pour défendre le titre continental marocain, et des champs de romarin qui reverdissent après sept années de soif. Cette semaine, le Maroc marque des points — sur la pelouse comme dans les sillons.

La Liga espagnole bientôt à Casablanca ?

L'idée aurait semblé fantaisiste il y a dix ans. Elle ne l'est plus. Javier Tebas, président de la Liga, a déclaré à la MAP envisager « un match dans le nouveau stade de Casablanca » du championnat espagnol. Son argument tient en un mot : les supporters. Le Maroc est un bassin massif de fans du football espagnol — Real Madrid, Barça, Atlético —, et Tebas le sait parfaitement.

Derrière l'enthousiasme affiché, une logique froide. La Liga, engagée depuis des années dans une bataille d'influence mondiale face à la Premier League anglaise, cherche à « délocaliser » des rencontres pour conquérir de nouveaux marchés. L'Arabie Saoudite l'a fait avec la Supercoupe d'Espagne. Le Maroc, géographiquement proche et footballistiquement acquis, représente une option à moindre coût logistique — Tebas le concède lui-même.

Reste la question que personne ne pose à voix haute : à qui profite réellement ce type d'opération ? Aux supporters marocains, qui pourraient voir un Clasico en chair et en os ? Ou à une ligue espagnole qui monétise sa marque sur le continent africain ? Le mémorandum d'entente signé entre la Liga et le Maroc laisse entendre que les deux parties y trouvent leur compte. Mais l'équilibre de cette relation mérite d'être scruté de près à mesure qu'elle se concrétise.

La CAF, le Maroc et le Sénégal : quand un titre déclenche une tempête

Autre terrain, autre bataille. Patrice Motsepe, président de la Confédération africaine de football, a tenu une conférence de presse au Complexe Mohammed VI à Salé pour répondre frontalement aux accusations de corruption formulées par le gouvernement sénégalais. En cause : le retrait du titre de champion d'Afrique au Sénégal au profit du Maroc.

« Si quelqu'un veut engager une action en justice en alléguant qu'il y a de la corruption à la CAF, non seulement je l'accueille favorablement, mais je l'encourage », a lancé Motsepe, selon Libération. Le ton est offensif, presque provocateur. Le message, limpide : venez avec des preuves, pas avec des communiqués.

Motsepe a par ailleurs salué l'organisation de la CAN par le Maroc, la qualifiant de « plus réussie de l'histoire ». Un satisfecit appuyé, qui ne calmera probablement pas Dakar. Car au-delà de la polémique sportive, c'est une rivalité d'influence continentale qui affleure. Le Maroc, qui accueillera la Coupe du monde 2030, consolide son statut de puissance footballistique africaine. Le Sénégal, puissance montante du ballon rond continental, refuse d'être relégué sans combattre. La CAF, prise entre les deux, tente de projeter une image de transparence. Le feuilleton est loin d'être terminé.

Plantes aromatiques : après sept ans de sécheresse, la pluie et ses paradoxes

Changement de décor radical. Loin des pelouses et des tribunes, c'est dans les terroirs du Maroc qu'une autre reprise se dessine — silencieuse mais économiquement significative. Selon Hespress, la filière des plantes aromatiques et médicinales entre dans ce que les acteurs du secteur appellent « une phase de redressement » après près de sept campagnes marquées par la rareté et l'envolée des prix.

Le retour des pluies a relancé la production. Thym, romarin, origan, verveine — ces cultures qui font la réputation du Maroc à l'export retrouvent des volumes plus conformes à la demande. Mais la reprise n'est pas sans embûches. Les inondations récentes ont perturbé certaines zones de production, créant un paradoxe cruel : trop peu d'eau pendant sept ans, puis trop d'un coup.

Cette filière, souvent invisible dans le débat public, pèse pourtant lourd. Le Maroc figure parmi les principaux exportateurs mondiaux de plantes aromatiques et médicinales. Les tensions sur l'offre avaient renchéri les cours, pénalisant les coopératives locales autant que les acheteurs internationaux. Le rééquilibrage en cours est une bonne nouvelle, à condition que les leçons de la sécheresse soient tirées : diversification des sources d'approvisionnement en eau, stockage, et surtout valorisation locale plutôt qu'exportation brute. Sept ans de crise devraient suffire à convaincre que le statu quo n'est pas une option.

Ce qu'il faut retenir

Le Maroc de ce printemps 2026 avance sur plusieurs fronts simultanément. Sur le terrain du football, il attire les regards — et les intérêts — de la Liga tout en défendant un titre continental contesté. Sur celui de l'environnement et du terroir, il mesure à quel point la dépendance au climat reste sa vulnérabilité structurelle. Deux récits en apparence distincts, mais un fil commun : un pays qui capitalise sur ses atouts tout en découvrant que chaque avancée s'accompagne de nouvelles lignes de friction.