Hakimi blessé, Ndala arbitre : le foot marocain entre gloire et suspicion
Achraf Hakimi absent en Ligue des champions, controverse autour de l'arbitre Ndala pour la finale CAF : le football marocain oscille entre exploits et polémiques.
Le football marocain vit une schizophrénie permanente. D’un côté, ses stars brillent sur les pelouses européennes. De l’autre, ses institutions trébuchent sur des polémiques qui sentent la poudre. Ce mercredi 6 mai 2026, les deux visages de ce sport-roi se télescopent avec une violence rare.
Hakimi, l’absent qui pèse plus lourd que son absence
Achraf Hakimi ne jouera pas la demi-finale retour de Ligue des champions contre le Bayern Munich. Une blessure à la cuisse droite, contractée à la 89e minute du match aller, le prive d’une échéance cruciale pour le PSG. Les médias français, L’Équipe en tête, soulignent l’impact de cette absence : Hakimi est "l’un des éléments clés" du dispositif parisien, un "pilier du couloir droit".
Pour le Maroc, cette blessure est un coup dur bien au-delà du terrain. Hakimi incarne la réussite sportive du pays – un joueur formé à l’Académie Mohammed VI, devenu star mondiale, et qui porte les couleurs des Lions de l’Atlas avec une régularité rare. Son absence rappelle une réalité cruelle : le football marocain reste dépendant de ses individualités. Quand l’une d’elles trébuche, c’est tout un récit national qui vacille.
Mais cette fois, la blessure de Hakimi n’est pas qu’un aléa sportif. Elle intervient dans un contexte où le football marocain est scruté comme jamais. Entre les soupçons d’ingérence politique dans les clubs, les polémiques récurrentes sur l’arbitrage, et les tensions géopolitiques qui transpirent jusque dans les stades, chaque détail prend une dimension symbolique. Hakimi blessé, c’est aussi le symbole d’un système qui peine à se professionnaliser – où les joueurs sont des héros, mais où les structures, elles, restent fragiles.
Ndala, l’arbitre qui cristallise toutes les méfiances
Pendant ce temps, à Pretoria, une autre tempête se prépare. La désignation de Jean-Jacques Ndala Ngambo pour arbitrer la finale aller de la Ligue des champions africaine entre Mamelodi Sundowns et l’AS FAR a déclenché une fronde sans précédent. Les deux clubs ont exprimé leur opposition. Mais le plus inquiétant, c’est que la contestation vient aussi de l’intérieur de la CAF.
Ndala n’est pas un inconnu. Son nom traîne derrière lui une réputation sulfureuse, faite de décisions controversées et de soupçons de partialité. En 2023, il avait déjà été au cœur d’une polémique lors d’un match de Coupe d’Afrique des Nations, où ses choix avaient été vivement critiqués par plusieurs fédérations. Cette fois, la CAF semble avoir ignoré les signaux d’alerte. Pire : des sources internes à la confédération évoquent des "pressions" pour imposer cet arbitre, sans préciser d’où elles viennent.
Pour l’AS FAR, club historique des Forces Armées Royales, la pilule est amère. Les FAR, c’est l’institution sportive la plus prestigieuse du Maroc, un symbole de discipline et d’excellence. Les voir ainsi marginalisés dans une compétition continentale, au profit d’un arbitrage jugé douteux, c’est une gifle. D’autant que le club a tout fait pour se hisser en finale : une campagne européenne remarquée, une équipe soudée autour de son entraîneur, et une ambition affichée de ramener le trophée à Rabat.
Mais au-delà du cas FAR, c’est toute la crédibilité de la CAF qui est en jeu. Comment expliquer que la confédération, déjà ébranlée par des scandales de corruption ces dernières années, persiste à désigner des arbitres aussi clivants ? Les rumeurs d’influence politique, de deals en coulisses, ou de simples négligences reviennent en boucle. Et dans un continent où le football est un enjeu de soft power, ces polémiques alimentent un sentiment plus large : celui d’un sport africain qui peine à se réformer, malgré les promesses.
Le foot marocain, miroir d’un pays en tension
Ces deux affaires – Hakimi blessé, Ndala arbitre – ne sont pas anodines. Elles révèlent les fractures d’un football marocain pris entre deux feux.
D’un côté, il y a les succès individuels. Hakimi, El Aynaoui, Ziyech… Des joueurs qui brillent en Europe et portent haut les couleurs du Maroc. Leur réussite est indéniable, et elle participe à la construction d’une image positive du pays à l’international. Mais ces succès masquent mal les faiblesses structurelles : un championnat local (la Botola) qui peine à rivaliser avec les grands championnats européens, des clubs en difficulté financière, et une fédération souvent critiquée pour son manque de transparence.
De l’autre, il y a les polémiques institutionnelles. L’arbitrage, les soupçons de corruption, les interférences politiques… Autant de sujets qui minent la confiance des supporters et des acteurs du football. Le cas Ndala n’est que la partie émergée de l’iceberg. En 2025, plusieurs matchs de Botola avaient déjà été entachés de soupçons de matchs arrangés, poussant la Fédération royale marocaine de football (FRMF) à promettre des réformes. Un an plus tard, les mêmes questions resurgissent.
Et puis, il y a la dimension géopolitique. Le football marocain est un outil de soft power, utilisé pour renforcer les alliances du pays (avec les États-Unis, l’Europe, ou les pays africains). Mais cette stratégie a un prix : elle expose le Maroc aux critiques dès que ses clubs ou sa sélection sont impliqués dans des controverses. La finale de la Ligue des champions africaine, par exemple, est suivie de près par les diplomates. Une décision arbitrale perçue comme injuste pourrait avoir des répercussions bien au-delà du terrain.
Ce qu’il faut retenir
- Hakimi, symbole d’une dépendance aux individualités : Son absence contre le Bayern rappelle que le football marocain repose encore trop sur ses stars. Quand elles trébuchent, c’est tout le récit national qui en pâtit.
- Ndala, symptôme d’un arbitrage africain en crise : La désignation de cet arbitre controversé pour la finale CAF n’est pas un hasard. Elle révèle les dysfonctionnements persistants de la confédération, et la défiance des clubs envers ses décisions.
- Un football marocain à deux vitesses : D’un côté, des joueurs qui brillent en Europe. De l’autre, des institutions locales en difficulté, minées par les polémiques et les soupçons de corruption. Cette dualité est le reflet d’un pays en pleine mutation, mais où les réformes peinent à suivre.
- Le soft power a un prix : Le Maroc utilise son football comme un outil diplomatique. Mais chaque polémique (arbitrage, gestion des clubs) risque de fragiliser cette stratégie.
Le football marocain est à un carrefour. Soit il profite de ses succès pour engager des réformes profondes – transparence, professionnalisation, indépendance des institutions. Soit il continue à naviguer entre gloire et suspicion, au risque de voir ses exploits éclipsés par les scandales. Une chose est sûre : les prochains mois seront décisifs.