Société : financements étrangers des ONG, un pavé dans la mare
Société marocaine sous tension : 848 millions de dirhams de financements étrangers déclarés par les ONG, pharmacies vent debout, élus en révolte.
Revue de presse du 22 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:18
Un chiffre, et soudain la société civile marocaine se retrouve sur la sellette. 848 millions de dirhams versés par l'étranger à 401 associations en à peine plus d'un an. Le gouvernement promet une révision de la loi. Pendant ce temps, les pharmaciens se cabrent, des élus locaux désertent les urnes. Trois fronts, un même symptôme : la confiance s'effrite entre l'État, les corps intermédiaires et les citoyens.
Pourquoi 848 millions de dirhams font-ils débat ?
Les chiffres sont sortis, et ils piquent. Selon le ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement Mustapha Baitas, les associations marocaines ont reçu 848 483 974,81 dirhams de financements étrangers entre 2025 et fin mars 2026. Près de 1 314 déclarations, 3 719 aides, 401 structures bénéficiaires. Le tout présenté devant la Chambre des représentants, suivi d'une annonce qui n'a rien d'anodin : la loi encadrant ces financements sera révisée.
La question qui dérange : réviser pour protéger la transparence, ou pour serrer la vis ? Les associations marocaines couvrent des pans entiers que l'État laisse en friche — droits humains, éducation, santé, culture. Couper ou conditionner les financements extérieurs, c'est toucher à une béquille devenue structurelle. À Rabat, le débat va enfler. Entre souveraineté budgétaire affichée et asphyxie potentielle du tissu associatif, la ligne de crête sera étroite.
Pharmacies : pourquoi le ministre bat-il en retraite ?
Même semaine, autre crispation. Le ministre de la Santé Amine Tahraoui est monté au créneau devant la Chambre des Conseillers pour éteindre l'incendie. Les pharmaciens étaient montés au front après la publication du rapport du Conseil de la concurrence évoquant une ouverture du capital des officines. Le ministre promet désormais qu'aucune réforme ne se fera sans les professionnels concernés.
Le signal est clair : face à une profession organisée, le gouvernement recule. Tahraoui rappelle que le Conseil de la concurrence est une institution constitutionnelle dont le rôle est d'émettre des avis — traduction diplomatique : un avis n'est pas une feuille de route. La pharmacie est un secteur sensible, mi-commerce mi-santé publique, où chaque village compte sur son officine. Ouvrir le capital à des investisseurs extérieurs, c'est potentiellement changer la logique d'implantation territoriale. Les pharmaciens l'ont bien compris, le ministre aussi.
Fkih Ben Salah : quand les élus boycottent les urnes
Le troisième signal vient de loin, de la commune de Sidi Hammadi, dans la province de Fkih Ben Salah. Plusieurs conseillers communaux ont annoncé, selon Kech24, leur boycott officiel des élections partielles à venir. Motif invoqué : des dysfonctionnements dans la gestion des affaires locales, une absence de réponse aux réclamations adressées aux autorités compétentes.
Le geste n'est pas juridique — rien ne les empêche de concourir. Il est politique. Des élus locaux considèrent que participer à un scrutin revient à cautionner un système qu'ils jugent bloqué. Dans un pays où l'abstention ronge déjà la légitimité locale, voir des conseillers eux-mêmes déserter l'arène interroge. Ce n'est plus seulement le citoyen distant qui tourne le dos aux urnes : ce sont les acteurs de la démocratie locale qui lâchent la rampe.
Et, en marge, l'université bouge
Signal plus discret mais structurant : l'Institut Supérieur des Métiers de l'Audiovisuel et du Cinéma (ISMAC) et l'Université Ibnou Zohr ont signé mardi à Es-Smara une convention-cadre pour former aux métiers de l'image, du son, du cinéma et du gaming. Portée par le Pr Abdessamad Moutei (ISMAC) et le Pr Nabil Hmina (UIZ), l'initiative positionne les provinces du Sud comme un pôle de formation créative. Un contrepoint utile à la morosité politique : pendant que l'État et les corps intermédiaires se regardent en chiens de faïence, les universités tissent des ponts avec les industries culturelles.
Ce qu'il faut retenir
Trois tensions, un dénominateur commun : le rapport entre l'État marocain et ses contre-pouvoirs. Les ONG sous la loupe, les pharmaciens qui imposent une concertation, des élus qui boycottent — à chaque fois, la même question posée différemment. Jusqu'où l'exécutif accepte-t-il de négocier avec les corps intermédiaires ? Et à l'inverse, jusqu'où ces corps intermédiaires pèsent-ils vraiment ? La réponse des prochains mois dessinera le visage de la société civile marocaine pour la décennie qui vient.