Fin de vie, IA et fraudes : l'innovation française face à ses tabous
La France légifère sur l'aide à mourir tandis que Meta est accusé de tolérer les arnaques. Deux fronts où l'innovation bute sur l'éthique et la régulation.
La France s’apprête à voter une loi sur l’aide à mourir, mais le texte sent déjà le compromis politique. Pendant ce temps, Meta est traîné en justice pour avoir laissé prospérer les arnaques sur Facebook. Deux dossiers qui révèlent la même impuissance : celle d’un pays et d’une industrie incapables d’innover sans se heurter à leurs propres contradictions.
L’aide à mourir, ou l’art de légiférer à moitié
Après 1 800 amendements et une semaine de débats, l’Assemblée nationale a verrouillé un texte « sécurisé », selon ses partisans. Sécurisé pour qui ? Certainement pas pour les patients, dont le droit à une fin de vie digne reste conditionné à un parcours du combattant : deux avis médicaux, un délai de réflexion, une commission de contrôle. La ministre déléguée Camille Galliard-Minier parle d’équilibre. En réalité, c’est une demi-mesure de plus dans un pays qui a déjà mis vingt ans à autoriser la sédation profonde.
Le paradoxe est criant. D’un côté, la France se targue d’être à la pointe de la recherche biomédicale – François Lemaire, pionnier de la loi Jardé, rappelle dans Le Monde que les règles éthiques en recherche clinique ont mis des décennies à s’imposer. De l’autre, elle tergiverse sur l’application de ces mêmes principes à la fin de vie. Résultat : un texte qui satisfait les politiques, mais qui laisse les soignants et les familles dans le flou. Comme si l’innovation médicale devait s’arrêter aux portes des Ehpad.
Meta et les arnaques : quand l’inaction devient une stratégie
Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, Meta est accusé de fermer les yeux sur les publicités frauduleuses qui inondent Facebook. Des documents internes, révélés par Futura, suggèrent que le géant californien aurait sciemment laissé prospérer ces arnaques, jugées plus rentables que leur répression. Une stratégie cynique, mais cohérente avec un modèle économique qui monétise l’attention, pas la confiance.
La France, elle, se contente de regarder. Pas un mot de Bercy, pas une réaction de l’Arcom. Pourtant, les victimes sont aussi françaises : des milliers de particuliers escroqués via des placements bidon ou des faux concours. L’inaction de Meta est un aveu : dans l’économie numérique, la régulation est un coût, pas une priorité. Et tant pis si cela sape la souveraineté européenne, déjà fragilisée par la domination des GAFAM.
L’innovation, otage des tabous
Ces deux dossiers illustrent une même réalité : l’innovation, en France, bute sur des tabous. Celui de la mort, d’abord, que la société refuse d’affronter autrement que par des lois alambiquées. Celui de la régulation numérique, ensuite, où l’État préfère les déclarations d’intention aux actes concrets.
Pourtant, les solutions existent. En biomédecine, la transparence et l’accompagnement des soignants pourraient éviter les dérives sans étouffer l’innovation. Dans le numérique, une régulation européenne plus ferme – comme le Digital Services Act – pourrait contraindre Meta à agir. Mais encore faudrait-il que la France cesse de jouer les pompiers pyromanes : légiférer d’une main, saboter de l’autre.
Reste une question : jusqu’à quand l’innovation française devra-t-elle se contenter de demi-mesures ?