Fifa renonce aux investisseurs privés après un tollé, Infantino recule
Gianni Infantino annonce l'abandon du projet de société commerciale pour la Fifa, sous la pression des fédérations et des critiques sur l'opacité. Un recul stratégique à trois mois des élections.
Samedi 1er août 2026 — La journée aura été marquée par un recul spectaculaire dans le monde du football, une crise politique au Pérou qui rebat les cartes de la lutte anticorruption, et une alerte agricole sans précédent en France. Trois dossiers qui dessinent les contours d’un été où les institutions, qu’elles soient sportives, judiciaires ou économiques, sont sommées de rendre des comptes.
Fifa : Infantino cède face au front des fédérations
Gianni Infantino a annoncé hier le retrait pur et simple du projet de création d’une société commerciale destinée à attirer des investisseurs privés au sein de la Fifa. Une volte-face qui intervient après des semaines de critiques virulentes, émanant aussi bien des fédérations nationales que des observateurs du sport business. Le président de la Fifa, dont le mandat arrive à échéance en mars 2027, avait pourtant défendu bec et ongles cette initiative, présentée comme un moyen de « moderniser » les revenus de l’instance et de financer des projets de développement à l’échelle mondiale.
Le projet, révélé fin juin, prévoyait la création d’une entité distincte, chargée de gérer les activités commerciales de la Fifa et d’attirer des capitaux extérieurs. Une idée qui avait immédiatement suscité des inquiétudes sur la transparence et l’indépendance du football, déjà ébranlé par des scandales de corruption et de gouvernance. Plusieurs fédérations, dont celles de l’Allemagne, de l’Angleterre et de la France, avaient exprimé leur hostilité, craignant une perte de contrôle sur les décisions stratégiques. « Ce n’est pas une question d’argent, mais de souveraineté », avait déclaré le président de la DFB, Bernd Neuendorf, dans une interview au Frankfurter Allgemeine Zeitung la semaine dernière.
Le recul d’Infantino, annoncé sans conférence de presse ni communiqué détaillé, ressemble à une opération de damage control à quelques mois des élections à la tête de la Fifa. Le Suisse, qui brigue un troisième mandat, devra désormais composer avec un paysage institutionnel méfiant. Son rival déclaré, le prince jordanien Ali ben Al Hussein, a d’ores et déjà salué « une victoire pour la transparence », tout en rappelant que « la gouvernance du football ne se résume pas à des reculs tactiques ».
Pour les observateurs, cette affaire illustre les tensions croissantes entre la logique commerciale du sport et les exigences démocratiques des fédérations. « La Fifa est devenue un laboratoire des dérives du capitalisme sportif », analyse Le Monde, qui souligne que le projet initial aurait pu ouvrir la porte à des partenariats avec des fonds souverains ou des investisseurs privés, sans garantie sur leur influence réelle. Reste à savoir si ce retrait suffira à apaiser les critiques, ou s’il ne s’agit que d’un repli temporaire en attendant des jours plus favorables.
Pérou : Humala libre, la justice en accusation
L’ancien président péruvien Ollanta Humala a recouvré sa liberté hier, après l’annulation par la Cour suprême de sa condamnation pour blanchiment d’argent. Une décision qui relance le débat sur l’indépendance de la justice dans un pays où quatre des cinq derniers chefs d’État ont été impliqués dans des affaires de corruption liées au géant brésilien Odebrecht.
Humala, qui a dirigé le Pérou de 2011 à 2016, avait été condamné en 2022 à 19 ans de prison pour avoir reçu des pots-de-vin de la part d’Odebrecht en échange de contrats publics. Son épouse, Nadine Heredia, avait également été condamnée dans la même affaire. Mais la Cour suprême a estimé que les preuves présentées par le parquet étaient insuffisantes, ouvrant la voie à sa libération immédiate.
Cette décision intervient dans un contexte politique explosif. Le Pérou traverse une crise institutionnelle depuis la destitution de Pedro Castillo en 2022, suivie de l’arrivée au pouvoir de Dina Boluarte, dont le gouvernement est accusé de répression violente contre les manifestations. Humala, qui reste une figure influente de la gauche péruvienne, a immédiatement appelé à « reconstruire la démocratie », tout en se défendant de toute implication dans les malversations d’Odebrecht. « Je n’ai jamais trahi le peuple péruvien », a-t-il déclaré à sa sortie de prison, sous les applaudissements de ses partisans.
Pour les analystes, cette annulation judiciaire est un nouveau coup porté à la crédibilité des institutions. « La justice péruvienne donne l’impression de naviguer à vue, entre pressions politiques et manque de moyens », note El Comercio, qui souligne que les enquêtes sur les autres ex-présidents – Alejandro Toledo, Alan García et Pedro Pablo Kuczynski – sont toujours en cours, sans garantie de résultats. Dans un pays où 60 % de la population estime que la corruption est le principal problème, selon un récent sondage de l’institut Ipsos, la libération d’Humala risque d’alimenter un peu plus la défiance envers les élites.
Sécheresse : l’agriculture française face à un « effondrement » sans précédent
« Même irrigués, les jeunes plants n’ont pas survécu. » Le constat dressé par Pierre Cellier, maraîcher en Isère, résume l’ampleur de la crise qui frappe l’agriculture française cet été. Après trois années de sécheresse successive, aggravées par des canicules à répétition, la production de légumes s’effondre dans plusieurs régions, menaçant l’approvisionnement des marchés et les revenus des exploitants.
Les chiffres sont alarmants. En Bretagne, premier bassin légumier du pays, la production de choux-fleurs a chuté de 40 % par rapport à la moyenne quinquennale, selon la chambre d’agriculture régionale. Dans le Sud-Ouest, les producteurs de petits pois et de haricots verts font état de pertes similaires, tandis que les salades, pourtant moins gourmandes en eau, souffrent de la chaleur qui accélère leur montée en graine. « On a des sols qui ressemblent à du béton, et des nappes phréatiques à des niveaux historiquement bas », explique un technicien de la coopérative Terrena, en Loire-Atlantique.
Le gouvernement a annoncé hier le déblocage d’une enveloppe de 200 millions d’euros pour soutenir les agriculteurs les plus touchés, mais les professionnels jugent ces mesures insuffisantes. « On nous parle de subventions, mais ce dont on a besoin, c’est d’une stratégie à long terme pour adapter nos cultures au changement climatique », souligne Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. Parmi les pistes évoquées : le développement de variétés plus résistantes à la sécheresse, l’optimisation des systèmes d’irrigation, ou encore la révision des calendriers de semis.
La crise actuelle interroge aussi les choix politiques des dernières décennies. La France, qui a longtemps misé sur une agriculture intensive et spécialisée, se retrouve aujourd’hui vulnérable face aux aléas climatiques. « On a sacrifié la résilience au profit de la productivité », estime un rapport du Sénat publié en juin, qui préconise une refonte des politiques agricoles pour intégrer davantage de diversité et de sobriété. En attendant, les consommateurs pourraient voir les prix des légumes frais augmenter de 15 à 20 % d’ici la fin de l’été, selon les premières estimations des distributeurs.
Ce qu’il faut retenir — La Fifa enterre un projet controversé, mais la question de sa gouvernance reste entière. Au Pérou, la libération d’Humala rappelle que la lutte contre la corruption est un combat de longue haleine. En France, la sécheresse met à nu les fragilités d’un modèle agricole à bout de souffle. Trois dossiers qui, chacun à leur manière, soulignent l’urgence d’adapter les institutions et les économies aux défis du XXIe siècle.