Fès réinvente son patrimoine, Belmrah conquiert l'Afrique : le Maroc rayonne
Revue de presse du 9 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:22
À Fès, des étudiants en architecture exposent leur vision de la ville. En Namibie, un skieur nautique de 21 ans décroche l'or continental. À l'étranger, les supporters marocains sont classés parmi les meilleurs au monde. Trois scènes, un même fil : la créativité marocaine ne demande plus la permission. Elle s'impose.
Fès vue par ceux qui la construiront demain
Le festival printanier de l'École nationale d'architecture de Fès en est à sa troisième édition. Cette année, l'exposition « Cosmos », inaugurée lundi à la galerie Mohamed Kacimi, réunit les travaux d'étudiants et de professeurs autour d'un sujet qu'ils connaissent mieux que quiconque : la ville elle-même.
Ce qui frappe, c'est l'approche. Pas de nostalgie figée, pas de carte postale. Les œuvres mêlent précision architecturale et interprétation sensible du tissu urbain de la capitale spirituelle. Ses ruelles, ses fondouks, ses perspectives — tout est relu à travers un regard contemporain. L'événement, organisé en partenariat avec le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, donne à voir ce que la prochaine génération d'architectes marocains compte faire de l'héritage qu'on leur confie.
C'est un signal discret mais important. Le Maroc investit massivement dans les infrastructures — stades, lignes à grande vitesse, zones logistiques. Mais la question de comment on construit, de quel dialogue on entretient avec le patrimoine existant, reste souvent secondaire dans le débat public. À Fès, les étudiants de l'ENA rappellent que l'architecture n'est pas qu'une affaire de béton et de délais. C'est aussi une forme de culture, et peut-être la plus visible de toutes.
Belmrah, premier de cordée sur l'eau
L'information est passée presque inaperçue, et c'est dommage. Kamil Belmrah, 21 ans, vient de remporter le titre de champion d'Afrique toutes catégories de ski nautique, doublé du titre de meilleur skieur africain de l'année. La compétition s'est tenue du 2 au 5 avril au barrage de Van Bach, en Namibie.
Sur l'épreuve du slalom, Belmrah a détroné les Sud-Africains, qui dominaient la discipline depuis des années. Ce n'est pas un coup d'éclat isolé. En 2021, à Madrid, il devenait le premier Africain à décrocher l'or en slalom chez les moins de 17 ans lors des championnats d'Europe et d'Afrique. Sa trajectoire est celle d'une progression méthodique, loin des projecteurs du football mais avec la même ambition : exister au plus haut niveau.
Le ski nautique n'est pas un sport populaire au Maroc. Il n'a ni le glamour du tennis ni les foules du ballon rond. Mais c'est précisément ce qui rend le parcours de Belmrah remarquable. Performer dans une discipline où rien n'est balisé — pas de filière structurée, pas de modèle local — demande une détermination qui dépasse le cadre sportif. C'est une forme de conquête culturelle : prouver que le talent marocain peut émerger partout, y compris là où personne ne l'attend.
Les supporters, ambassadeurs malgré eux
Fox Sports a classé le public marocain parmi les meilleures bases de supporters du football mondial, à l'approche du Mondial 2026. Sixième place lors de la première phase d'un vote qui mesure l'engagement numérique — Facebook, Instagram, TikTok, X, YouTube — et la ferveur collective.
Depuis le parcours historique des Lions de l'Atlas au Qatar en 2022, la réputation des supporters marocains n'a cessé de grandir. Ce que relève Fox Sports, c'est le caractère constant de ce soutien. Pas seulement les soirs de match. Pas seulement en phase finale. Un engagement permanent, créatif, qui transforme chaque compétition en événement communautaire.
Ce classement dit quelque chose de plus large. La culture populaire marocaine — ses chants, ses tifos, son énergie — est devenue un produit d'exportation. Les stades américains, cet été, en feront l'expérience. Et ce soft power-là, aucun partenariat stratégique ne peut l'acheter. Il se construit dans les tribunes, dans les quartiers, dans l'attachement viscéral à un maillot.
Ce qu'il faut retenir
Trois histoires, trois échelles — une galerie d'art à Fès, un podium en Namibie, un classement mondial des supporters. Le point commun : la capacité marocaine à produire de la culture, au sens le plus large du terme, et à la projeter au-delà des frontières. Pas par décret, pas par stratégie gouvernementale. Par le talent individuel, l'énergie collective, et cette obstination tranquille qui finit toujours par payer.