Maroc 2026 : l'État social à l'épreuve de la fracture numérique

Le Maroc déploie son État social à marche forcée, mais la "pandémie numérique" menace ses fondations. Entre ultra-riches en hausse et vulnérabilités systémiques, l'équation sociale se complique.

Maroc 2026 : l'État social à l'épreuve de la fracture numérique
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L'État social marocain : une révolution en trompe-l'œil ?

Le Maroc célèbre une "révolution historique" : en quelques années, protection sociale, aides directes et filets de sécurité ont transformé le paysage social. Mais derrière les annonces, une question persiste : cet État social tiendra-t-il face aux fractures qui le minent ? Car si les chiffres impressionnent – 432 ultra-riches en 2026 contre 305 en 2021, selon Knight Frank –, ils révèlent aussi une société à deux vitesses, où la richesse se concentre tandis que les vulnérabilités systémiques s'aggravent.

Le rapport de l'ONU sur la "pandémie numérique" tombe à point nommé. Il décrit un scénario catastrophe : un effondrement des infrastructures numériques qui paralyserait paiements, hôpitaux et réseaux électriques. Un risque que le Maroc, en pleine digitalisation de ses services sociaux, ne peut ignorer. "Plus l'État social s'élargit, plus la question n'est plus seulement de le déployer. Elle devient celle de sa qualité, de son efficacité et de sa capacité à tenir dans la durée", souligne Aujourd'hui le Maroc. Une mise en garde qui résonne alors que le pays mise sur le numérique pour rationaliser ses aides.

La fracture numérique, talon d'Achille de l'inclusion

La digitalisation des services publics, présentée comme une solution miracle, pourrait bien creuser les inégalités. L'OMPIC se félicite des 50 300 entreprises créées via DirectEntreprise depuis 2023, mais cette plateforme, comme les autres outils numériques, reste inaccessible à une partie de la population. Selon le HCP, le glissement sémantique de "emploi" à "main-d'œuvre" révèle une réalité crue : des centaines de milliers de postes vacants coexistent avec un chômage endémique. Un paradoxe qui s'explique en partie par l'illettrisme numérique, encore massif dans les zones rurales.

L'exercice FOREX'26, organisé dans les forêts de Tanger, montre que l'État marocain anticipe les crises – mais uniquement celles qu'il peut contrôler. Les incendies de forêts, comme les tempêtes solaires évoquées par l'ONU, relèvent de risques prévisibles. En revanche, personne ne semble préparé à l'effondrement des systèmes numériques qui sous-tendent désormais les aides sociales. "Les défaillances des infrastructures numériques pourraient déclencher des perturbations en cascade", avertit le rapport onusien. Un scénario d'autant plus inquiétant que le Maroc, comme le rappelle Hespress, connaît des "rafales de vent modérées à assez fortes" – un détail météorologique qui prend une dimension symbolique quand on sait que les réseaux électriques sont vulnérables aux intempéries.

Les ultra-riches et la machine à exclure

Le rapport Knight Frank révèle une dynamique inquiétante : le nombre d'ultra-riches marocains (patrimoine > 30 millions de dollars) a bondi de 41 % en cinq ans. Une progression fulgurante, portée par l'immobilier, la finance et les services. Mais cette élite patrimoniale, si elle dynamise certains secteurs, accentue aussi les disparités. "Le vrai problème de l'emploi", comme le souligne Aujourd'hui le Maroc, n'est pas seulement le chômage, mais l'inadéquation entre une offre de travail qualifiée et une demande souvent précaire.

L'État social marocain, en se déployant, révèle ses limites structurelles. D'un côté, des aides qui peinent à atteindre les plus vulnérables ; de l'autre, une digitalisation qui exclut ceux qui en ont le plus besoin. Entre les deux, une minorité d'ultra-riches dont la fortune contraste avec la précarité du plus grand nombre. Le Maroc innove, certes, mais à quel prix ? La "révolution historique" de l'État social risque bien de se heurter à la réalité d'un système où l'inclusion numérique reste un privilège.