Culture et climat : Essaouira accorde, Santa Marta négocie
Essaouira prépare la 22e édition des Alizés, Santa Marta ouvre une conférence sur la sortie des fossiles, et le Maroc vit un ciel à double visage.
Revue de presse du 23 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:23
Deux capitales, deux tempos. À Essaouira, la musique de chambre s'apprête à reprendre ses droits sur la Cité des Alizés. À Santa Marta, la communauté internationale tente, une fois de plus, de trancher le nœud gordien des énergies fossiles. Entre les deux, un ciel marocain qui tangue — bruines atlantiques, orages sur l'Atlas, rafales sahariennes. La culture cherche l'harmonie quand le climat, lui, refuse toujours de se laisser écrire.
Essaouira, le pari du dialogue par la musique de chambre
Du 30 avril au 3 mai, le Festival Printemps Musical des Alizés revient pour sa 22e édition. Douze concerts, gratuits, dans les lieux emblématiques de la ville. Sur le papier, la recette n'a pas bougé : la musique de chambre au cœur de la médina, organisée par l'Association Essaouira-Mogador et la Fondation Ténor pour la Culture. Mais cette année, les organisateurs placent l'édition sous le signe du « dialogue et de l'excellence musicale », selon leur communiqué.
Le mot est choisi. À une époque où les festivals de musique classique peinent à renouveler leurs publics partout dans le monde, Essaouira maintient deux paris qui méritent d'être soulignés : la gratuité totale et l'ancrage dans le tissu urbain. Le modèle fonctionne, il rayonne, et il résiste. Dans un paysage culturel marocain où l'offre premium se concentre sur Marrakech ou Rabat, voir une ville de 80 000 habitants tenir son rang sur la scène classique internationale depuis vingt-deux ans n'a rien d'anodin. C'est du soft power local, et il se passe des discours.
Reste la question qui taraude le secteur : quelle relève ? Le Festival Gnaoua fête ses classiques, les Alizés aussi. L'écosystème culturel d'Essaouira vit beaucoup de ses festivals, peu de sa scène permanente. La 22e édition pose, en creux, ce problème qu'aucun communiqué ne règle : un festival n'est pas une politique culturelle.
Santa Marta, la sortie des fossiles à l'épreuve du réel
Pendant ce temps, à Santa Marta, en Colombie, une conférence internationale tente de remettre la sortie des énergies fossiles sur les rails. Courrier international, reprenant la presse internationale, pose la question sans détour : sortira-t-on enfin du pétrole, du gaz et du charbon ? La formule est rituelle. Les sommets se succèdent, les engagements se multiplient, les émissions continuent de grimper.
Le Maroc regarde ce rendez-vous avec des intérêts très concrets. Le Royaume a construit son discours énergétique autour du solaire, de l'éolien et, plus récemment, de l'hydrogène vert. Il a vendu ce positionnement à l'Europe, aux Émirats, aux bailleurs internationaux. Mais la diplomatie climatique reste prise dans une contradiction que Santa Marta incarne bien : ceux qui parlent le mieux de la sortie des fossiles restent, pour la plupart, ceux qui en produisent ou en importent le plus.
Pour Rabat, qui ne produit ni pétrole ni gaz, l'enjeu est inverse. Plus l'agenda climatique avance, plus les investissements verts affluent. Moins il avance, plus la facture énergétique s'alourdit. La conférence de Santa Marta n'est pas un débat lointain : c'est un indicateur économique direct pour le pays.
Un ciel marocain en tension, mode d'emploi
Retour au concret. Selon la Direction générale de la météorologie, ce jeudi marocain n'a rien d'uniforme. Brumes matinales sur les plaines atlantiques nord et centre et les côtes sud. Averses orageuses avec risque de grêle sur le Haut et le Moyen Atlas et l'Oriental. Ondées éparses sur le Rif, le Saiss, la façade méditerranéenne, le Sud-Est, les plaines à l'ouest de l'Atlas et le Souss. Et, pour compléter le tableau, des rafales marquées sur le Sud-Est, l'Oriental et les provinces sahariennes, avec chasse-sables par endroits.
Les minimales racontent à elles seules l'étirement du territoire : 3 à 9 °C sur l'Atlas, 17 à 22 °C sur le sud de l'Oriental, la vallée de la Moulouya et le Sud-Est, 14 à 17 °C près des côtes atlantiques. Un pays qui, en une journée, joue sur trois climats différents. Ce n'est pas une anomalie, c'est une donnée structurelle — et c'est précisément ce qui rend les politiques d'adaptation climatique si complexes à calibrer au Maroc.
Ce qu'il faut retenir
Essaouira prouve qu'un festival gratuit et bien ancré peut tenir vingt-deux ans sans s'épuiser, mais la question de la scène culturelle permanente reste entière. Santa Marta remet sur la table une sortie des fossiles dont le Maroc est, par défaut, un bénéficiaire économique potentiel. Et le ciel du jour rappelle que dans ce pays, parler d'adaptation climatique au singulier n'a tout simplement pas de sens.