Marché du travail marocain : 279 000 emplois créés au T2 2026, mais les défis persistent

Le Maroc a créé 279 000 emplois rémunérés au deuxième trimestre 2026, portant le taux d'emploi à 38,2%. Malgré cette embellie, la sous-utilisation de la main-d'œuvre et les inégalités de genre restent des enjeux majeurs.

Marché du travail marocain : 279 000 emplois créés au T2 2026, mais les défis persistent
Photo de Fons Heijnsbroek sur Unsplash

Une embellie sur le front de l'emploi, mais des fragilités structurelles persistent

Le marché du travail marocain a enregistré une progression notable au deuxième trimestre 2026, avec la création de 279 000 emplois rémunérés, selon les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP). Ce rebond, qui porte le nombre total de personnes pourvues d'un emploi contre revenu à 10,643 millions, marque une hausse de 2,7 % par rapport au premier trimestre. En milieu urbain, 187 000 postes ont été créés, contre 92 000 en zone rurale, où l'emploi reste pourtant plus répandu (41,6 % contre 36,3 % en ville). Le taux d'emploi national s'établit ainsi à 38,2 %, avec des disparités marquées entre hommes (61,1 %) et femmes (15,4 %).

Cette dynamique positive s'inscrit dans un contexte économique plus large, où les levées de capitaux ont atteint 55,04 milliards de dirhams (MMDH) à fin juin, en légère progression par rapport à 2025 (53,72 MMDH). Les émissions de titres de créances négociables (39,29 MMDH) et obligataires (14,35 MMDH) dominent ce marché, tandis que les titres de capital ne représentent qu'1,4 MMDH. Ces chiffres, publiés par l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), reflètent une confiance accrue des investisseurs, mais aussi une préférence persistante pour les instruments de dette, moins risqués.

La sous-utilisation de la main-d'œuvre : un angle mort des politiques publiques

Malgré ces indicateurs encourageants, le HCP souligne une réalité moins reluisante : le taux de sous-utilisation de la main-d'œuvre reste élevé, à 18,9 %. Ce concept, qui englobe le chômage strict (9,5 %), le sous-emploi et les travailleurs découragés, révèle les limites des créations d'emplois actuelles. "La sous-utilisation est un marqueur des déséquilibres du marché", explique un économiste marocain interrogé par Médias24. "Elle touche particulièrement les jeunes et les femmes, dont les compétences ne correspondent pas toujours aux besoins des secteurs en croissance, comme l'industrie automobile ou les services numériques."

L'Agence nationale de promotion de l'emploi et des compétences (ANAPEC) tente d'y répondre avec un projet pilote d'"Agence Digitale Immersive", dédiée aux métiers des soins. Ce dispositif, financé en partie par l'Agence belge de développement (Enabel), vise à faciliter l'orientation et la formation dans un secteur en tension. "L'immersion numérique permet de casser les barrières géographiques et de toucher des publics éloignés de l'emploi", précise le cahier des charges du projet. Une initiative qui, si elle est généralisée, pourrait contribuer à réduire les inégalités territoriales et genrées.

Les femmes, grandes absentes du marché du travail

La faible participation des femmes à l'emploi rémunéré (20,3 % des actifs) reste l'un des défis les plus prégnants. Avec un taux d'emploi féminin de 15,4 %, le Maroc se situe bien en deçà de la moyenne mondiale (47 % en 2023, selon la Banque mondiale) et même de celle des pays arabes (19 %). "Les freins sont multiples : culturels, mais aussi liés à l'accès à l'éducation et aux infrastructures de garde d'enfants", analyse une étude récente de l'OCDE. Les secteurs traditionnellement féminisés, comme le textile ou l'agroalimentaire, peinent à offrir des conditions de travail attractives, tandis que les métiers en tension (tech, santé) restent largement masculins.

Cette situation contraste avec les ambitions affichées par le Royaume en matière d'égalité professionnelle. Le Code du travail marocain interdit pourtant les discriminations salariales, mais son application reste inégale, notamment dans les petites et moyennes entreprises. "Les mentalités évoluent, mais trop lentement", estime une responsable associative. "Il faut des politiques volontaristes, comme des quotas dans les secteurs porteurs ou des incitations fiscales pour les entreprises qui embauchent des femmes."

Ce qu'il faut retenir

  1. Une reprise fragile : Les 279 000 emplois créés au T2 2026 marquent une amélioration, mais le taux de sous-utilisation de la main-d'œuvre (18,9 %) rappelle que la qualité de l'emploi reste un enjeu majeur.
  2. Des inégalités persistantes : Le taux d'emploi féminin (15,4 %) et rural (41,6 %) souligne les déséquilibres structurels du marché du travail.
  3. Un marché des capitaux dynamique, mais déséquilibré : Les levées de fonds atteignent 55,04 MMDH, mais les investisseurs privilégient les titres de dette, moins risqués.
  4. L'innovation comme levier : Le projet d'Agence Digitale Immersive de l'ANAPEC montre une volonté de moderniser l'accompagnement vers l'emploi, mais son impact reste à évaluer.

Dans un contexte économique marqué par la transition industrielle et les défis climatiques, le Maroc devra concilier création d'emplois et inclusion sociale. Les prochains mois seront cruciaux, avec la mise en œuvre de la Stratégie nationale pour l'emploi 2025-2030, qui prévoit notamment des mesures ciblées pour les jeunes et les femmes. "L'enjeu n'est pas seulement quantitatif, mais qualitatif", résume un expert. "Il faut des emplois stables, bien rémunérés, et accessibles à tous."