Économie marocaine : prix tenus, marchés publics passés au crible

Économie marocaine : malgré le choc du Moyen-Orient, les prix résistent. Pendant ce temps, l'IGF passe au crible 67 marchés publics suspects.

Économie marocaine : prix tenus, marchés publics passés au crible
Photo de Evgeny Matveev sur Unsplash

L'économie marocaine joue cette semaine sur deux fronts simultanés. D'un côté, elle absorbe l'onde de choc d'une crise moyen-orientale qui désorganise les chaînes d'approvisionnement mondiales sans que les prix domestiques ne s'affolent. De l'autre, l'État engage un nettoyage interne dont l'ampleur — 67 marchés publics audités par l'Inspection générale des finances — en dit long sur les défaillances accumulées.

Pourquoi les prix tiennent-ils malgré la crise ?

L'indice des prix à la consommation raconte une histoire que peu anticipaient : la résilience. Selon Aujourd'hui le Maroc, les chiffres officiels de l'inflation montrent que les prix ont mieux résisté qu'attendu, alors même que le contexte international restait sous tension extrême. Disponibilité des intrants, coût de l'énergie, ruptures dans les chaînes d'approvisionnement — la mécanique habituelle aurait dû produire une flambée.

Elle n'a pas eu lieu. La raison est connue : des décisions ont été prises dès les premiers signaux de la crise, notamment la reconduction des dispositifs de soutien et de stabilisation des prix. C'est l'arbitrage classique d'un État qui choisit de payer aujourd'hui pour éviter de payer demain — en pouvoir d'achat perdu, en grogne sociale, en confiance entamée.

Le pari fonctionne, mais il a un prix. Maintenir des subventions sur des intrants importés en pleine flambée mondiale, c'est creuser quelque part : dans les comptes publics, dans les réserves de change, dans les marges de manœuvre budgétaires futures. La résilience apparente du consommateur marocain est financée par un État qui encaisse à sa place. Ce qu'on ne paie pas à la pompe ou au panier, on le paiera ailleurs — déficits, dette, fiscalité.

Que cherche vraiment l'IGF dans 67 marchés publics ?

Pendant que le ministère de l'Économie protège le pouvoir d'achat, l'Inspection générale des finances passe au scalpel des marchés évalués à plusieurs milliards de centimes. Selon Hespress, les inspecteurs accélèrent leurs missions sur des marchés de travaux liés à des institutions et entreprises publiques, avec un périmètre précis : 67 marchés examinés, vérification des cahiers des clauses administratives générales, contrôle de la délivrance des ordres de service et de leur disponibilité.

La cible n'est pas anodine. Quand l'IGF parle de « blocages » et de « dysfonctionnements techniques et procéduraux » sur les phases de préparation et d'exécution, ce vocabulaire administratif désigne des réalités très concrètes : marchés mal ficelés, retards opportuns, contrôles défaillants, fournisseurs sélectionnés sur des critères discutables. Tout ce qui transforme un budget public en argent qui n'arrive pas, ou qui arrive mal.

Cette intensification n'est pas un hasard de calendrier. Le Maroc affiche depuis plusieurs mois une volonté de discipline budgétaire renforcée, et la rationalisation de la commande publique en est un pilier. Les milliards de centimes évoqués par l'enquête ne sont pas des chiffres abstraits : ce sont des routes non livrées, des bâtiments qui prennent l'eau, des chantiers qui dérapent. Quand on subventionne d'un côté pour tenir l'inflation, on n'a plus le luxe de gaspiller de l'autre.

Almería, l'autre face de l'économie marocaine

Plus discrètement, le consulat général à Almería poursuit le déploiement d'un dispositif renforcé pour la communauté marocaine d'Andalousie, avec ouverture le week-end pour absorber une demande qui ne désemplit pas. Sujet apparemment administratif. Sujet en réalité économique.

Les Marocains résidant à l'étranger restent l'un des piliers de la balance des paiements du Royaume, à travers leurs transferts de fonds. Faciliter leur relation avec l'administration n'est pas qu'un service public — c'est aussi un acte de fidélisation économique. Plus la diaspora se sent traitée correctement, plus le lien se maintient. Et plus le lien se maintient, plus les flux financiers vers le Maroc continuent d'irriguer l'économie domestique. La politique de proximité revendiquée par le Royaume a une dimension monétaire que personne n'affiche, mais que tout le monde calcule.

Ce qu'il faut retenir

Trois lignes de tension structurent l'économie marocaine cette semaine. Une demande extérieure perturbée que l'État absorbe à coups de subventions — efficace à court terme, coûteux à long terme. Un appareil public dont les marchés de travaux sont passés au crible, signe que le contrôle interne se durcit après des années d'indulgence. Et une diaspora dont la valeur économique réelle est entretenue par des gestes administratifs dont la dimension financière reste soigneusement euphémisée.

La résilience n'est pas un état naturel, c'est un arbitrage permanent entre ce qu'on paie maintenant et ce qu'on paiera plus tard. La vraie question n'est pas de savoir si l'économie marocaine tient. C'est de savoir combien de temps elle peut continuer à tenir comme ça.