Économie : pêche à Tanger, pharmacies, l'État aux commandes

Pêche qui explose à Tanger, pharmacies sous pression, associations largement subventionnées : l'économie marocaine reste sous pilotage de l'État.

Économie : pêche à Tanger, pharmacies, l'État aux commandes
Photo de Mario La Pergola sur Unsplash

Revue de presse du 22 avril 2026
Dernière mise à jour : 09:18

Trois dossiers tombés le même jour, un même dénominateur. Le port de Tanger qui s'envole, des associations sous perfusion publique, un lobby des pharmaciens qui fait plier le politique : l'économie marocaine avance toujours à la main de l'État. Reste à savoir si cette main pilote ou si elle retient.

Pêche à Tanger : les chiffres flambent, la ressource suit-elle ?

L'Office national des pêches communique des chiffres qui ont de quoi faire saliver. +63% de débarquements au port de Tanger au premier trimestre 2026, à 1.479 tonnes selon l'ONP. La valeur marchande grimpe plus modestement, à 36,87 millions de dirhams (+13%). L'écart entre volume et valeur n'est pas anodin : on prend plus, on vend moins cher au kilo.

Dans le détail, les pélagiques progressent de 55% (681 tonnes, 6,69 MDH, +46% en valeur). Les poissons blancs explosent de 180% sur les débarquements. Bonne nouvelle, sur le papier. À condition d'oublier les questions qui fâchent. Cette envolée soudaine vient-elle d'une ressource mieux portante, ou d'une pression de pêche qui tire sur des stocks fragiles ? L'ONP publie des pourcentages. Pas de réponse.

Associations : 5,6 milliards de perfusion publique

5,6 milliards de dirhams. C'est ce que l'État marocain a injecté en 2024 dans les associations, a annoncé mardi à Rabat Mustapha Baitas, porte-parole du gouvernement. Plus de 2 MMDH viennent directement des départements ministériels, plus de 3,3 MMDH des établissements et entreprises publics. Le tout s'appuie sur 12.830 conventions signées dans l'année, selon le rapport annuel présenté.

À côté, les financements étrangers déclarés culminent à 848 millions de dirhams. Six fois moins que l'argent public marocain. Conclusion brute : le tissu associatif tient debout grâce au Trésor, pas grâce aux bailleurs internationaux. Ce n'est pas nouveau. C'est désormais chiffré.

La question que le rapport ne pose pas : qui audite, convention par convention, ce que ces 5,6 milliards financent réellement ? 12.830 partenariats, c'est un maillage dense — ou une forêt opaque, selon l'angle. Dans un pays où l'État finance à ce point la société civile, la frontière entre soutien public et dépendance mérite mieux qu'un communiqué.

Pharmacies : le Conseil de la concurrence bouscule, le ministre temporise

Le Conseil de la concurrence a publié un rapport qui fait grincer : il suggère, entre autres pistes, d'ouvrir le capital des pharmacies à des investisseurs non pharmaciens. Levée de boucliers immédiate chez les professionnels, qui voient arriver le rouleau compresseur des chaînes de parapharmacie à la française.

Face à la Chambre des Conseillers, le ministre de la Santé Amine Tahraoui a joué l'apaisement : aucune réforme ne se fera sans les acteurs concernés, la concertation est promise. Le ministre rappelle au passage que le Conseil de la concurrence émet des avis, en tant qu'institution constitutionnelle — sans les endosser pour autant.

Traduction pour qui lit entre les lignes : le gouvernement n'assume pas, pour l'instant, les recommandations de l'institution qu'il a pourtant mandatée. Entre la défense d'un monopole professionnel bien organisé et l'ouverture à des capitaux extérieurs, le Maroc choisit la voie marocaine — celle du statu quo poli, habillé en dialogue social.

Ce qu'il faut retenir

Trois signaux, une même lecture. Le port de Tanger gagne en volume mais peine à transformer ses tonnes en valeur : la pêche reste une économie fragile, pilotée par des chiffres bruts plus que par une stratégie lisible. Les associations tiennent grâce au robinet public, six fois plus généreux que les bailleurs étrangers. Et la réforme des pharmacies bute, encore, sur un corps professionnel soudé capable de faire reculer le politique en quelques semaines.

L'État marocain arbitre, encaisse, redistribue, temporise. Ce qu'il fait moins : laisser les marchés trancher à sa place.