Fraises, coopératives et hydrogène : les trois fronts de l'économie marocaine

Baisse historique des exportations de fraises, réforme de l'accompagnement des coopératives et tensions géopolitiques autour de l'hydrogène vert : les défis économiques du Maroc en juillet 2026.

Fraises, coopératives et hydrogène : les trois fronts de l'économie marocaine
Photo de Philip Strong sur Unsplash

La fraise marocaine en crise : un secteur à l'épreuve des marchés

Les exportations marocaines de fraises fraîches ont atteint leur niveau le plus bas depuis au moins cinq ans. Selon les données d'EastFruit, seulement 8 700 tonnes ont été expédiées entre octobre 2025 et avril 2026, soit une chute de près de 50 % par rapport à la saison précédente. Cette quatrième année consécutive de déclin marque un tournant pour une filière qui avait connu un essor fulgurant au début de la décennie, avec un pic à 23 000 tonnes en 2021-2022.

Plusieurs facteurs expliquent ce recul. La concurrence accrue des producteurs espagnols et péruviens sur les marchés européens, traditionnellement principaux débouchés pour le Maroc, a joué un rôle déterminant. Les coûts de production, notamment énergétiques et logistiques, ont également pesé sur la compétitivité des exploitants marocains. Enfin, les aléas climatiques – sécheresses répétées et températures extrêmes – ont affecté les rendements, comme en témoignent les données de la Direction générale de la météorologie.

Cette situation interroge la stratégie agricole du pays, qui mise depuis plusieurs années sur les cultures à haute valeur ajoutée pour réduire sa dépendance aux importations alimentaires. Le secteur de la fraise, qui emploie directement et indirectement des milliers de personnes dans la région de Kénitra, pourrait nécessiter un plan de relance ciblé pour éviter des conséquences sociales et économiques durables.

Coopératives : l'ODCO repense son accompagnement

L'Office du développement de la coopération (ODCO) a présenté mardi 7 juillet une nouvelle approche pour son programme "Génération solidaire", destiné à soutenir les coopératives de jeunes. Cette sixième édition marque un tournant dans la philosophie d'accompagnement de l'établissement public, qui entend désormais suivre les structures bien au-delà de leur phase de création.

Parmi les innovations présentées figure un accent renforcé sur la professionnalisation des coopératives, avec des modules de formation en gestion, marketing et digitalisation. L'ODCO promet également un meilleur accès au financement, un point crucial pour des structures souvent confrontées à des difficultés de trésorerie. "Nous passons d'une logique de subvention à une logique d'investissement dans la pérennité", a déclaré un responsable de l'office lors de la cérémonie de Rabat.

Cette réforme intervient dans un contexte où le modèle coopératif marocain peine à atteindre sa pleine maturité. Selon les dernières statistiques disponibles, près de 30 % des coopératives créées ces cinq dernières années ont cessé leur activité, faute de viabilité économique. Le secteur, qui représente environ 12 000 structures et 300 000 emplois, reste pourtant un levier important pour le développement territorial, notamment dans les zones rurales.

Hydrogène vert : le Maroc dans la tourmente géopolitique

Les frappes américaines contre l'Iran et le rétablissement des sanctions sur le pétrole iranien, annoncés mardi, pourraient avoir des répercussions indirectes mais significatives sur les ambitions marocaines en matière d'hydrogène vert. Le Maroc, qui mise sur cette filière pour devenir un acteur majeur de la transition énergétique en Afrique, se trouve en effet pris dans les tensions régionales autour des routes maritimes stratégiques.

Le détroit d'Ormuz, par où transitent 20 % du brut et du GNL mondial, est redevenu un point de friction après les attaques contre des navires commerciaux ces derniers jours. Bien que le Maroc ne soit pas directement impliqué dans ce conflit, la volatilité des prix de l'énergie et les perturbations potentielles des chaînes d'approvisionnement pourraient affecter ses projets d'infrastructures.

Le pays a investi massivement dans des parcs solaires et éoliens destinés à produire de l'hydrogène vert, avec l'objectif de devenir un exportateur clé vers l'Europe. Plusieurs accords ont été signés avec des partenaires européens, dont l'Allemagne et la France, pour des projets totalisant plusieurs milliards de dollars. Cependant, la dépendance aux équipements importés – électrolyseurs, panneaux solaires, turbines – rend ces initiatives vulnérables aux tensions géopolitiques.

Cette situation rappelle la nécessité pour le Maroc de renforcer sa souveraineté industrielle dans le domaine des énergies renouvelables. Plusieurs voix au sein du gouvernement plaident pour une accélération des programmes de formation et de recherche, ainsi que pour des partenariats technologiques plus équilibrés avec les pays fournisseurs d'équipements.