Dirham, chaleur et tensions sahéliennes : les équilibres géopolitiques du Maroc

Le dirham s’apprécie face au dollar et à l’euro, tandis que la canicule et les alliances sahéliennes redessinent les priorités stratégiques du royaume. Analyse des enjeux économiques et sécuritaires.

Dirham, chaleur et tensions sahéliennes : les équilibres géopolitiques du Maroc
Photo de Philip Strong sur Unsplash

Le dirham résiste, mais pour combien de temps ?

Le dirham marocain a enregistré une appréciation de 0,4 % face au dollar et de 0,2 % face à l’euro au cours de la semaine du 2 au 8 juillet, selon les données de Bank Al-Maghrib (BAM). Une performance notable dans un contexte où les devises émergentes subissent souvent des pressions, notamment en période de tensions géopolitiques ou de fluctuations des cours des matières premières. Les réserves de change du royaume, quant à elles, ont atteint 498,2 milliards de dirhams au 3 juillet, en hausse de 0,5 % sur une semaine et de 23 % en glissement annuel. Ces chiffres, publiés par la banque centrale, soulignent une relative stabilité monétaire, mais ils masquent des fragilités structurelles.

Aucune opération d’adjudication n’a été réalisée sur le marché des changes durant cette période, ce qui suggère une intervention limitée de BAM pour soutenir la monnaie. Les avoirs officiels de réserve, bien qu’en progression, restent exposés aux aléas des exportations – notamment agricoles – et aux fluctuations des prix de l’énergie. Par ailleurs, les interventions de la banque centrale, totalisant 148,5 milliards de dirhams en moyenne quotidienne, se répartissent entre avances à court terme et prêts garantis, révélant une dépendance persistante aux mécanismes de liquidité.

Pour les observateurs, cette appréciation du dirham pourrait n’être que temporaire. Les prochains mois seront marqués par des défis majeurs : la saison des récoltes, les négociations commerciales avec l’Union européenne et les incertitudes liées aux investissements étrangers dans les secteurs de l’hydrogène vert et des énergies renouvelables. Autant de facteurs susceptibles de peser sur la devise marocaine, dont la résilience sera mise à l’épreuve d’ici la fin de l’année.


Canicule : un été sous haute tension

Les prévisions météorologiques pour ce samedi 11 juillet confirment une tendance déjà observée depuis plusieurs semaines : le Maroc subit une vague de chaleur persistante, avec des températures dépassant localement les 40°C. Selon la Direction générale de la météorologie, le Sud-Est, l’Oriental, la vallée de la Moulouya et l’extrême Sud du pays sont particulièrement touchés, tandis que des nuages bas et des brumes matinales persistent sur les côtes atlantiques. Les rafales de vent, atteignant des vitesses élevées dans l’Atlas et le Sud, aggravent les risques de chasse-sable et d’incendies.

Cette situation climatique n’est pas sans conséquences. Les autorités locales, déjà mises sous pression par les défis hydriques et énergétiques, doivent composer avec une demande accrue en électricité et en eau, notamment dans les zones touristiques et les grandes villes. À Marrakech, où les températures oscillent entre 38°C et 42°C, les services municipaux ont renforcé les mesures de prévention contre les incendies et les coupures de courant. Dans les régions rurales, les agriculteurs s’inquiètent pour les récoltes, alors que les réserves d’eau s’amenuisent.

La canicule de 2026 s’inscrit dans une tendance plus large de réchauffement climatique, qui expose le Maroc à des épisodes extrêmes de plus en plus fréquents. Les experts soulignent la nécessité d’accélérer les investissements dans les infrastructures de désalinisation et de gestion des ressources hydriques, mais aussi d’adapter les politiques agricoles pour limiter les pertes. Pour l’instant, les mesures prises restent en deçà des besoins, et les populations les plus vulnérables – notamment dans les zones désertiques et les bidonvilles – paient le prix fort de cette inertie.


Le Sahel, nouvelle ligne de front pour Rabat

Alors que le Maroc consolide ses positions économiques et diplomatiques en Afrique, la situation au Sahel représente un défi majeur pour ses ambitions régionales. L’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, a récemment durci son discours anti-occidental, rejetant les partenariats traditionnels au profit d’alliances avec la Russie et d’autres acteurs non alignés. Cette reconfiguration géopolitique place Rabat dans une position délicate : comment maintenir son influence dans une région où ses partenaires historiques – comme la France – sont de plus en plus contestés ?

Le Maroc a longtemps joué la carte de la stabilité et du développement économique pour renforcer ses liens avec les pays sahéliens. Ses investissements dans les infrastructures, l’éducation et les énergies renouvelables ont été salués, mais ils peinent aujourd’hui à contrebalancer l’influence croissante de Moscou et des groupes jihadistes. La récente offensive des forces maliennes et de leurs alliés russes à Anéfis, dans le nord du Mali, illustre la volatilité de la région. Pour Rabat, qui mise sur une approche pragmatique mêlant sécurité et développement, cette escalade militaire complique ses efforts de médiation.

Par ailleurs, les tensions entre le Maroc et l’Algérie, exacerbées par la question du Sahara occidental, limitent la marge de manœuvre du royaume. Alger, qui soutient le Front Polisario, a renforcé ses liens avec l’AES, offrant une alternative aux pays sahéliens en quête de nouveaux partenaires. Dans ce contexte, le Maroc doit naviguer entre ses alliances traditionnelles – notamment avec la France et les États-Unis – et la nécessité de ne pas s’aliéner les régimes sahéliens, de plus en plus méfiants envers l’Occident.

Les prochains mois seront cruciaux. Le Maroc pourrait être amené à ajuster sa stratégie, en misant davantage sur les organisations régionales comme la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ou l’Union africaine, où son influence reste forte. Mais une chose est certaine : dans un Sahel en pleine recomposition, les équilibres géopolitiques sont plus fragiles que jamais.