Dirham en baisse, échanges Espagne-Maroc et tensions bancaires : les signaux économiques du 5 octobre

Le dirham recule pour la cinquième semaine consécutive face à l’euro et au dollar, tandis que les ports espagnols exportent davantage vers le Maroc. Analyse des tensions sur les liquidités bancaires.

Dirham en baisse, échanges Espagne-Maroc et tensions bancaires : les signaux économiques du 5 octobre
Photo de Steffen Albrecht sur Unsplash

Le dirham marocain a franchi un seuil symbolique ce week-end, s’échangeant à plus de 11 dirhams pour un euro pour la première fois depuis le début de l’année. Cette dépréciation, qui s’inscrit dans une tendance de cinq semaines consécutives, intervient alors que les échanges commerciaux avec l’Espagne révèlent une dynamique singulière : le royaume exporte moins qu’il n’importe depuis les ports ibériques, un déséquilibre qui interroge sur la compétitivité de certains secteurs. Parallèlement, les indicateurs bancaires suggèrent des tensions persistantes sur les liquidités, dans un contexte où la Banque centrale maintient une politique monétaire prudente.

Le dirham sous pression : une baisse qui s’installe

Selon les données hebdomadaires de Bank Al-Maghrib, le dirham a perdu 0,5 % face à l’euro et 0,9 % face au dollar entre le 24 et le 30 septembre. L’euro s’échangeait ainsi à 10,998 dirhams le 2 octobre, contre 10,945 dirhams une semaine plus tôt. Cette baisse, bien que modérée, marque une rupture avec la relative stabilité observée au premier semestre 2026. Elle s’explique en partie par la vigueur de l’euro sur les marchés internationaux, mais aussi par des facteurs internes, comme la demande accrue en devises pour financer les importations énergétiques et les projets d’infrastructure.

Les analystes de la place casablancaise soulignent que cette tendance pourrait se poursuivre dans les prochaines semaines, en l’absence d’un rebond significatif des réserves de change ou d’un assouplissement de la politique monétaire. "Le dirham reste sensible aux chocs externes, notamment aux fluctuations des prix des matières premières et aux décisions de la Fed", explique un économiste basé à Rabat. Pour l’instant, Bank Al-Maghrib n’a pas réagi officiellement, mais une intervention sur le marché des changes n’est pas exclue si la dépréciation s’accélérait.

Espagne-Maroc : un commerce déséquilibré, mais stratégique

Les ports espagnols ont échangé 26,3 millions de tonnes de marchandises avec le Maroc en 2025, faisant du royaume leur troisième partenaire extérieur, derrière les États-Unis et le Brésil. Mais contrairement à ces deux pays, où les flux sont globalement équilibrés, le Maroc présente un déficit structurel : l’Espagne exporte 15,6 millions de tonnes vers le royaume, contre seulement 10,7 millions en sens inverse.

Ce déséquilibre s’explique en grande partie par la nature des échanges. L’Espagne fournit au Maroc des produits énergétiques (pétrole, gaz), des biens d’équipement et des produits manufacturés, tandis que les exportations marocaines vers l’Espagne sont davantage concentrées sur des produits agricoles (agrumes, légumes) et des textiles. "Le Maroc reste un marché clé pour les entreprises espagnoles, notamment dans les secteurs de l’automobile et de l’énergie", note Puertos del Estado, l’organisme public qui supervise les ports ibériques.

Pour le Maroc, cette relation commerciale est à double tranchant. D’un côté, elle garantit un approvisionnement stable en biens essentiels ; de l’autre, elle creuse le déficit commercial et expose le pays aux fluctuations des prix internationaux. Les autorités marocaines misent sur la diversification des partenariats – notamment avec l’Afrique subsaharienne – pour réduire cette dépendance, mais les résultats restent limités à ce stade.

Liquidités bancaires : des tensions qui persistent

En parallèle, les indicateurs bancaires révèlent des tensions sur les liquidités, un sujet récurrent depuis le début de l’année. Les banques marocaines font face à une demande croissante de crédits, notamment pour financer les projets d’infrastructure et les besoins des entreprises, tandis que les dépôts stagnent. Cette situation a poussé Bank Al-Maghrib à maintenir des taux directeurs élevés, afin d’éviter une surchauffe du crédit et de préserver la stabilité financière.

Les dernières données de la Banque centrale montrent que les injections de liquidités sur le marché interbancaire restent fréquentes, signe que les banques peinent à se refinancer auprès de leurs pairs. "Les tensions sur les liquidités reflètent une économie en transition, où la demande de financement dépasse l’épargne disponible", analyse un banquier casablancais. Pour les entreprises, cela se traduit par des conditions de crédit plus strictes et des taux d’intérêt en hausse, ce qui pourrait freiner l’investissement à moyen terme.

Ce qu’il faut retenir

Trois dynamiques économiques se dégagent ce 5 octobre :

  1. Le dirham continue de se déprécier, sous l’effet de facteurs externes (euro fort) et internes (demande en devises). Une tendance à surveiller, surtout si elle s’accélère.
  2. Les échanges avec l’Espagne restent déséquilibrés, avec un déficit structurel qui expose le Maroc aux chocs d’approvisionnement. La diversification des partenariats commerciaux devient un enjeu clé.
  3. Les liquidités bancaires restent sous tension, ce qui pourrait peser sur le financement de l’économie. Bank Al-Maghrib devra trouver un équilibre entre soutien à la croissance et stabilité financière.

Dans un contexte marqué par l’incertitude géopolitique et les fluctuations des marchés, ces signaux rappellent que l’économie marocaine, bien que résiliente, reste vulnérable aux chocs externes. La capacité des autorités à gérer ces défis – tout en maintenant la confiance des investisseurs – sera déterminante pour les mois à venir.