Géopolitique 2026 : quand les détroits deviennent des armes et les maires RN des symboles

Entre la crise d'Ormuz, l'expulsion de militants pro-Gaza et la radicalisation des maires RN, la France découvre une géopolitique où les mers et les mairies deviennent des champs de bataille.

Géopolitique 2026 : quand les détroits deviennent des armes et les maires RN des symboles
Photo de Jamie O’Sullivan sur Unsplash

La géopolitique ne se joue plus seulement dans les palais présidentiels ou les salles de négociation. En 2026, elle s’invite dans les détroits étroits, sur les ponts des bateaux militants, et jusque dans les mairies de petites villes françaises. Trois fronts, trois symptômes d’un monde où les lignes de fracture se déplacent – et où la France, malgré ses prétentions à l’équilibre, se retrouve souvent en position de spectatrice embarrassée.


Ormuz : quand un détroit devient une arme de guerre économique

Le détroit d’Ormuz n’est pas qu’un passage maritime. C’est une artère vitale, un goulot d’étranglement où transite près d’un tiers du pétrole mondial. Et depuis que les États-Unis et l’Iran s’y affrontent par pétroliers interposés, le monde redécouvre une vérité cruelle : les détroits sont les nouvelles lignes de front. Pas besoin d’envahir un pays. Il suffit de bloquer un chenal large de 39 kilomètres pour paralyser l’économie mondiale.

Les cartes publiées par Le Monde révèlent l’ampleur du problème : Malacca, Bab Al-Mandab, le Bosphore… Autant de points de passage où une poignée de navires ou de mines peuvent faire basculer les cours du brut. La crise actuelle n’est pas un accident. C’est une démonstration de force. L’Iran menace de frapper des "sites américains" si Washington persiste à cibler ses tankers. Les États-Unis, eux, jouent la carte de la dissuasion – mais jusqu’où ? Un pétrolier coulé, et c’est l’escalade. Un détroit miné, et c’est la récession en Europe.

La France, dépendante à 99 % de ses importations d’hydrocarbures, regarde ce jeu dangereux avec inquiétude. Mais que peut-elle faire ? Ses porte-avions sont engagés ailleurs, ses alliances fragilisées. Elle mise sur la diplomatie – une diplomatie qui, ces derniers mois, a surtout consisté à éviter les caméras.


Gaza : la flottille, ou l’art de l’humiliation calculée

Deux militants. Un bateau. Une interception en pleine mer. Et une expulsion qui ressemble à s’y méprendre à une leçon de realpolitik. L’Espagnol Saif Abukeshek et le Brésilien Thiago Avila, membres de la "flottille pour Gaza", ont été arrêtés par la marine israélienne le 30 avril, puis expulsés vers l’Espagne et le Brésil après une semaine de détention. Leur crime ? Avoir tenté de briser le blocus de Gaza – un blocus que la communauté internationale condamne, mais que personne ne fait vraiment cesser.

Israël a choisi son moment. Alors que l’attention se porte sur Ormuz, l’État hébreu rappelle qu’il contrôle toujours les accès à Gaza, et qu’il n’hésitera pas à humilier ceux qui défient son autorité. Pas de procès, pas de médiatisation excessive. Juste une expulsion discrète, comme on écrase une mouche d’un revers de main.

Pour la France, c’est un camouflet. Paris a toujours affiché son soutien à une solution à deux États, mais sans jamais oser froisser Tel-Aviv. Résultat : des militants pro-palestiniens français ont participé à la flottille, mais aucun n’a été expulsé – pour l’instant. La question se pose : jusqu’où Israël peut-il aller avant que la France ne réagisse ? Ou plutôt : jusqu’où la France est-elle prête à fermer les yeux ?


Les maires RN : quand l’extrême droite passe à l’offensive locale

À Liévin, dans le Pas-de-Calais, Dany Paiva applique méthodiquement le programme du Rassemblement national. Priorité nationale dans les logements sociaux. Drapeaux étrangers décrochés. 1er-Mai réduit à une commémoration aseptisée. Et, bien sûr, une augmentation des indemnités des élus – parce que, après tout, gouverner, ça se paie.

Le Monde a passé au crible les premières mesures des maires RN élus en mars. Le constat est sans appel : ils ne perdent pas de temps. Pas de révolution fiscale (les promesses de baisse d’impôts restent lettre morte), mais une radicalisation symbolique, ciblée, et surtout, très visible. Les syndicats, les associations, les médias locaux – tous ceux qui pourraient leur résister sont systématiquement marginalisés.

Le plus inquiétant ? Leur stratégie de normalisation. À La Flèche, Romain Lemoigne, maire RN de la Sarthe, pose fièrement avec Jordan Bardella lors des commémorations du 8 mai. Plus de provocations inutiles. Juste une image : celle d’une extrême droite responsable, prête à gouverner.

La gauche, elle, regarde ailleurs. Jean-Luc Mélenchon, selon un sondage Ipsos BVA pour La Tribune Dimanche, est perçu comme un "handicap" pour la gauche par 70 % des Français. Une gauche divisée, affaiblie, incapable de proposer une alternative crédible. Pendant ce temps, les maires RN avancent, méthodiquement, sans opposition.


Ce qu’il faut retenir : la géopolitique des petits espaces

Trois fronts, trois échelles. Ormuz, c’est la géopolitique des grands équilibres, celle qui fait trembler les marchés. Gaza, c’est la géopolitique des symboles, celle qui teste les limites de la realpolitik. Les mairies RN, c’est la géopolitique du quotidien, celle qui change les vies sans faire la une des journaux.

La France, dans tout ça ? Elle navigue à vue. Entre une diplomatie qui peine à peser et une politique intérieure qui se radicalise, elle découvre que les lignes de front ne sont plus seulement à l’extérieur. Elles sont aussi dans ses ports, sur ses côtes, et dans ses conseils municipaux.

Et le pire ? Personne ne semble savoir comment les arrêter.